Chose promise, chose due. Les conseils de quartier verront bien le jour à Troyes. Mais que chacun se rassure, ils seront dès le départ vidés de toute substance et de tout intérêt. C’est ici une habitude. On se souvient que la CCSPL fut, il y a quelques mois, cadenassée par Baroin sans déclencher beaucoup de réactions à l’époque (à l’exception de François Delplanque l’écologiste élue sur la liste Troyes2008). Après une année de travail, la municipalité nous propose donc des conseils de quartier qui ne seront qu’une très pâle copie, pour ne pas dire une grotesque imitation, de la démocratie de la proximité.
D’abord, ces conseils seront au nombre de 6. C’est peu, diront certains, mais en la matière, le nombre et la taille de ces conseils ont peu d’importance. Chaque conseil représentera donc environ 10 000 habitants. C’est grosso-modo ce qu’on peut retrouver dans d’autres villes françaises. L’élément primordial demeure la composition et le mode de fonctionnement de ces conseils.
Les habitants ne seront pas majoritaires dans les conseils de quartier
Et là, les choses deviennent presque absurdes. Chacun de ces conseils sera composé de 30 membres : 15 habitants et 15 « institutions ». Comme pour la CCSPL, une telle composition trahi l’esprit même des conseils de quartier. Ne sont-ils pas créés pour représenter les habitants du quartier ?[* Faut-il considérer les habitants comme une moitié d’un quartier ? Finalement comme des demi-portions ? Partout ailleurs, les habitants sont largement majoritaires.*] A Blois, ville peu réputée pour être un repère de dangereux agitateurs, chaque conseil abrite 20 habitants sur 32 membres. A Montbéliard, ce sont 36 habitant pour 53 membres. A Amiens, les habitants sont 28 sur 35 membres. A Dijon, ils sont 30 habitants pour 40 membres au total. [*Bref, partout les habitants représentent au moins les 2/3, plus souvent les ¾ de ces conseils.*] Le tiers ou le quart restant se répartit entre élus, représentants associatifs ou personnes qualifiés. Troyes sera donc une exception ; une ville où à l’intérieur des conseils de quartier, les habitants du quartier ne seront pas majoritaires !!! Un comble.
Quid du mode de désignation de cette poignée d’habitants. Seront-ils tirés au sort sur une liste de volontaires ? A partir de quel âge pourra-t-on devenir conseiller de quartier [1] ? Les résidents étrangers pourront-ils y siéger ? Autant de points qui restent à préciser.
Le collège « institutions » sera vraisemblablement la représentation des élus, associations et commerçants.[* Avec 15 membres, le poids de ce collège sera largement excessif par rapport à ce qu’on peut observer partout ailleurs.*] Manifestement, ce choix traduit la volonté de limiter l’influence et l’expression des habitants. Comment seront nommés ces "institutionnels" ? Quelles associations seront choisies ? Sur quels critères ? Les membres de ce collège seront-ils désignés par le maire ? L’opposition sera-t-elle représentée ? Là encore, ces éléments devront être préciser.
Des conseils de quartier qui se réuniront à huis-clos
Il convient également d’évoquer le mode de fonctionnement de ces conseils.[* On sait simplement que ces conseils se réuniront à huis-clos !!! Concrètement, cela signifie que ni la presse, ni même les habitants du quartier ne pourront assister à ces réunions.*] Il faut avouer que c’est plutôt futé pour empêcher toute mauvaise publicité de sortir. On ne sait rien non plus sur la maîtrise de l’ordre du jour. Celui-ci sera-t-il fixé par un élu ? Ce serait encore une manière efficace d’éviter les questions qui fâchent. Evidemment, la possibilité que ces conseils de quartier disposent d’un espace d’échange public (type blog de quartier) n’aura sans doute même pas traversé l’esprit de nos élus...
On imagine vite ce qui risque d’arriver dans ces conseils. Une dizaine d’habitants (compte tenu des absences inévitables), pas toujours au courant, encore moins aguerris à ce type de réunion, face à 15 « institutions » qui maîtriseront à la fois les dossiers, sans doute l’ordre du jour et les techniques de communication. Tout cela se passera à huis-clos (on ne sait jamais...) avec pour seule perspective : émettre un avis consultatif que peu de monde connaîtra ! Autant dire qu’on y calmera vite les grandes gueules et que ces conseils n’empêcheront pas François Baroin et ses adjoints de dormir tranquille.
Un an de travail pour un projet grotesque
Faut-il avoir si peur de la démocratie pour présenter un tel projet ? Faut-il avoir si peu de considération pour les troyens pour annoncer des propositions si grotesques [2] ? Car n’importe qui peut aujourd’hui constater que[* ce que nous propose la municipalité est à mille lieux de l’esprit des conseils de quartier.*]
Ailleurs, les habitants composent les ¾ des conseillers de quartier. Le président de chaque conseil est le plus souvent un habitant. Ces conseils sont maîtres de leur ordre du jour et disposent parfois d’un budget propre [3] et de moyens d’expression publique pour rendre compte du travail effectué. Ils décident eux-même, s’il convient, de se réunir publiquement ou à huis-clos. Ils gardent la liberté d’inviter telle ou telle personnalité qualifiée...
[*Bref, partout ailleurs, les conseils de quartier représentent d’abord et principalement les habitants du quartier.*] François Baroin et sa majorité préfèrent qu’ils soient aux ordres.
Finalement, ce projet, timidement porté pendant la campagne pose deux questions :
Peut-on vouloir les conseils de quartier sans en accepter les contraintes ?
Est-il possible, à Troyes, d’installer une démocratie locale vivante, autonome et qui échappe au contrôle politique ?
[1] certaines villes ouvrent ces conseils dès l’âge de 16 ans
[2] Il aura fallu une année de travail pour accoucher de tel projet, si loin des réalités et des principes de ces conseils !
[3] souvent 1 euro par habitant, ce qui à Troyes permettrait des budgets de 10 000 euros pour chaque conseil de quartier









