L'article

12
octo
2007

Collégien : un travail de titan

Quand on va devant n’importe quel collège, le tout premier jour de l’année, il n’y a que les petits mouflets de sixième, chargés comme des mulets le matin car ils ont pris dans leur sac la totalité des fournitures qui étaient marquées sur la liste ! Et quand on voit la liste, déjà ça fait peur ! Mais quand on les retrouve le soir : c’est pire ! Ils ont en plus la totalité des livres qu’on leur a distribués, sans compter les cahiers d’activité assortis au livre, le carnet de correspondance et l’emploi du temps histoire de leur remonter le moral.

A première vue un enfant ça m’a tout l’air d’être un FORÇAT. Bon d’accord, ils ne transportent pas tout ce barda tous les jours, mais vu qu’il y a six ou sept heures de cours par jour, ils en ont au moins les trois quarts, et j’ai pesé le sac de mon fils quand il était en sixième : celui-ci oscillait entre dix et douze kilos pour un petit bonhomme de trente kilos : soit un tiers de son poids de corps . Cette année-là, dans cette sixième, ils étaient une dizaine de modèles réduits du gabarit de mon fils et j’avais posé la question à mes collègues ( je travaillais dans le même collège à l’époque ) de savoir si eux, adultes, accepteraient de porter un tiers de leur poids sur leur dos pour aller travailler ; dans mon souvenir on ne voit ça qu’à l’armée non ? La réponse fut : « mais on ne peut pas faire autrement ! » ( ils ne m’ont pas dit combien ça faisait un tiers de leur poids …) Si bien sûr, on peut faire autrement, quand on veut, on peut ! Encore faudrait-il le vouloir !!!

Il suffirait pourtant que les enfants utilisent un classeur ; au lieu de transporter toute l’année un cahier de cent pages par matière, cahier qui n’est entre parenthèses écrit qu’à quarante pour cent en moyenne ( j’ai compté). Un seul classeur pourrait regrouper toutes les matières, à condition bien évidemment de ne garder que le chapitre en cours. Une fois qu’une séquence est terminée, à quoi bon la garder ? Autant la laisser à la maison et alléger ainsi le sac : de plus quand on travaille sur une photocopie, pourquoi la coller sur une page de cahier et ainsi doubler son poids, alors que quatre petits trous suffisent pour l’insérer dans un classeur ? Un cahier neuf pèse trois cents grammes, le même en fin d’année avec les photocopies et les devoirs collés eux aussi à l’intérieur, voit son poids doubler tout simplement ! Et où est l’intérêt de transporter tous ses devoirs une fois qu’ils ont étés corrigés ?

Pauvres petits bonshommes ! Quand ils marchent ils sont penchés vers l’avant pour équilibrer le poids du cartable, mais à l’arrêt, si un grand couillon appuie dessus (le sac) « histoire de rigoler », ils tombent en arrière et ne peuvent plus se relever, un peu comme une tortue, à moins de retirer le sac !!!

Et comment leur colonne vertébrale vit-elle une telle charge, alors qu’ils sont en pleine croissance, période fragile et précieuse de leur développement ? Puisqu’on a instauré un journée de prévention contre le tabac, à quand la journée de prévention contre la scoliose ???

Manifestement c’est le cadet des soucis de nos enseignants, alors qu’on ne vienne pas me dire que l’on place l’enfant « au cœur du système éducatif » ! Dans le cas présent c’est l’intérêt du professeur qui est mis en avant : chacun veut avoir son matériel personnel sans tenir compte du fait que si l’élève a dix professeurs cela fait dix fois plus de matériel …

Autre argument invoqué pour exiger cette quantité de matériel : « ce sont les consignes de l’inspecteur » ! et là, c’est sans appel, c’est l’inspecteur qui l’a dit. Et en cas d’inspection, il peut demander à voir le cahier d’un élève... alors il faut que l’on soit en règle... (Ça me rappelle l’argument de choc des tous-petits : « c’est la maîtresse qui l’a dit ! ») ... Hors, sur mes vingt ans d’enseignement, je n’ai été inspectée que quatre fois, cela fait donc quatre heures sur quatorze mille heures d’enseignement ! et c’est ce minuscule risque d’être pris en défaut qui inquiète tant les enseignants, et les contraint à exiger un tel effort de la part des élèves ? alors j’hésite : c’est de la peur ou de la faiblesse ?

Mais le plus mystérieux dans cette affaire reste que plus on grandit et plus le sac est petit ! comment se fait-ce ? les lycéens n’ont qu’ une petite sacoche, les étudiants qu’un porte-document...



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Les commentaires (5)

Collégien : un travail de titan
  • Commentaire 13341
    le 12 octobre 2007  à 17:02

    Il ne faut quand même pas forcer le trait à l’excès. Oui, il y a des problèmes mais beaucoup de solutions sont aussi possibles et existent. Dans la grande majorité des établissements, les élèves demi-pensionnaires ont des casiers, beaucoup de profs autorisent un livre pour deux si les élèves sont sérieux.
    Quand au cahier, je ne rejoins absolument pas votre avis. Prendre un cahier moins épais, oui, un classeur, non. Déjà, avec un cahier, il faut sans cesse passer derrière les élèves, alors un classeur au collège, je n’ose pas y penser ... Vous prenez les èlèves de sixième pour beaucoup plus mûrs et autonomes qu’ils ne sont.
    Le seul point, sur lequel je vous rejoindrais est le cahier d’activités. Il ne sert qu’à faire tourner le commerce des maisons d’édition scolaire et alourdit effectivement beaucoup les sacs, sans solution possible.

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  • Commentaire 13342 Minos
    le 12 octobre 2007  à 17:11

    Bien d’accord avec ce qui est dit là. Dans la même rubrique, on pourrait aussi parler du "coût moyen" du cartable pour un élève, souvent grandement surestimé (parce que seon la légende, les enfants ne peuvent s’équiper qu’en marques. Moi mes stylos bic vendus au kilo marchaient très bien sur mes cahiers sans noms).

    L’idée du classeur est très intéressante, puisqu’effectivement, chaque élève reçoit une liste de fournitures qu’il donne ensuite à ses parents, et on se retrouve à aller faire des courses : "Anglais : un cahier de 100 pages petit format grands carreaux ; Un autre identique pour les exercices ;Un livre d’activité ; etc"

    Et oui, aucun de ces cahiers/livres ne sera rempli à plus de 40% (et encore, ça me parait généreux). Alors on nous dit "Mais ce sont les consignes !" pourtant, d’une année à l’autre au collège (par exemple) on se retrouve à acheter pour la même matière des fournitures différentes, selon le bon vouloir de l’enseignant... Alors, consignes ou pas consignes ?

    Et quand bien même, oui, le classeur ne suffirait t-il pas ? On a beau entendre régulièrement "Mais non, les feuilles volantes, ça se perd", pourtant, il y a bien des matières avec classeur qui y survivent. Non ?

    Et puis surtout, dernier point que je n’ai pas cru voir abordé ici : le poids des livres. Cinq matières dans la journée, cinq gros livres en plus des fournitures. Et si les élèves tentent de s’arranger pour apporter un livre pour deux, histoire de diviser le poids, on leur dit qu’il ne faut pas faire ça pour pas qu’en cas d’oubli il n’y ai plus rien...

    Mais dans ce cas, on peut continuer longtemps dans cette direction. Et puis, pourquoi ne pas faire acheter à l’établissement les livres, qui resteraient dans les classes ? (en lui donnant un budget pour, bien sûr) ? Ca permettrait à chaque paire d’élève d’avoir le sien. D’alléger leur sac. Et d’être sûr qu’il n’y a pas d’oubli. Certes, on utilisera l’argent public pour, mais ça coûte toujours moins cher qu’un paquet fiscal et c’est bon pour le dos de nos chérubins. Sas compter qu’il ne faut pas changer de livre chaque année, le coût est donc moindre que supposé.

    Enfin, je dis ça, mais si c’est pour qu’avec leur sac allégé et leur poussée de croissance, tous les jeunes se mettent à faire 2m30, j’hésite un peu à remplacer le tout par des parpaings |-)

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  • Commentaire 13347
    le 12 octobre 2007  à 19:57

    "Mais le plus mystérieux dans cette affaire reste que plus on grandit et plus le sac est petit ! comment se fait-ce ? les lycéens n’ont qu’ une petite sacoche, les étudiants qu’un porte-document..."

    Concernant la plupart des étudiants, beaucoup ne font que "semblant" d’étudier et encombrent souvent les bancs de la fac :->

  • Commentaire 13357 Vanator
    le 12 octobre 2007  à 23:38

    "Mais le plus mystérieux dans cette affaire reste que plus on grandit et plus le sac est petit ! comment se fait-ce ? les lycéens n’ont qu’ une petite sacoche, les étudiants qu’un porte-document..."

    Concernant la plupart des étudiants, beaucoup ne font que "semblant" d’étudier et encombrent souvent les bancs de la fac :->

    Je prends mon cas, depuis que je suis dans les études supérieures (aujourd’hui en master 2, ma dernière année), je prends assez peu de notes : tous les cours sont projetés, diaporamas de types Powerpoint, et téléchargeables sur la plateforme dédiée à cet effet. On a donc ainsi plus besoin d’avoir les cours au format papier, c’est moins cher et mieux pour l’environnement :)

    C’est pour ça que, sans faire semblant de bosser, et sans avoir foiré mes examens (j’ai même 12 crédits ECTS d’avance gagnés l’an dernier), je ne suis plus obligé d’avoir le chargement d’un mulet comme au collège.

    Je me souviens très bien pour l’entrée en 6e : Biologie (ça ne s’appelait pas encore SVT), 1 cahier 150 pages type travaux pratique (une page à carreaux, une page blanche). Résultat des courses : aucun des 3 ou 4 enseignants ne s’en servait ! Uniquement un cahier classique, avec carreaux sur toutes les pages. On se demande qui a fait la liste, et de quand elle date, sans avoir été remise à jour... Et pour d’autres cours idem, où c’était marqué 200 pages alors que 100 voire 50 suffisaient, etc. Je peux vous dire qu’on se fait avoir une fois, pas deux, l’année d’après les achats se font après le premier cour avec chaque enseignant pour attendre ce qu’ils demandent vraiment.

    Déjà, avec un cahier, il faut sans cesse passer derrière les élèves, alors un classeur au collège, je n’ose pas y penser ... Vous prenez les èlèves de sixième pour beaucoup plus mûrs et autonomes qu’ils ne sont.

    Sympa de généraliser. Vous savez, je pense que c’est une question de personnalité et d’éducation. Je suis perfectionniste comme mon père, limite maniaque du rangement. Avec ou sans contrôle, vous auriez pu voir mon cahier/classeur nickel en 6e. Alors que je connais des étudiants (donc post-bac) donc le trieur ressemble à un champ de bataille...

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  • Commentaire 13379 Max de B
    le 14 octobre 2007  à 11:08

    Bien sûr que les solutions existent. Cela fait plus de 20 ans qu’on en parle, mais personne ne fait rien.
    Il ya bien sûr la solution classeur, elle est évidente. Et si un élève ne sait pas ranger son claseur, il y a des solutions : apprentissage dès le cours moyen à l’école primaire et(ou) cours de méthodologie au collège.

    Seulement, certains profs sont comme des dinausores qui ne veulent pas changer une de leurs méthode de travail. Mais qu’est-ce que ça va changer dans l’apprentissage si on utilise un classeur plutôt que dix cahiers ? Ce qui va changer, c’est qu’on va être obligé de se concerter avec ses collègues et que l’administration va avoir un droit de regard là-dessus... Et bien tant mieux !

    Car il faut savoir si on travaille dans l’intérêt du prof, de l’élève, de sa famille ou de la société. Dans les trois derniers cas, on se doit de rechercher toutes les solutions pour que le poids des cartables soit allégé.

    Enfin, une solution plus "moderne" existe. C’est le cartable électronique. Il pèse 2 à 3 Kg maximum, mais il coûte quleques centaines d’euros. Il s’agit d’un sorte de PC portable, et certains départements l’ont déjà expérimentés. Et là, on va encore se heurter à une nouvelle résistance au changement : le peu d’empressement de nos élus locaux.

    En résumé deux solutions pour la santé des jeunes : le classeur et le cartable électronique ; deux obstacles : des profs (pas tous, je l’espère), des élus.

    Et peut-être une majorité de personne qui s’en fout parce que "on y est tous passé et on en est pas morts", alors qu’ils refuseraient de porter 25 Kg pour aller travailler chaque matin.

    repondre Répondre



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