Quand on va devant n’importe quel collège, le tout premier jour de l’année, il n’y a que les petits mouflets de sixième, chargés comme des mulets le matin car ils ont pris dans leur sac la totalité des fournitures qui étaient marquées sur la liste ! Et quand on voit la liste, déjà ça fait peur ! Mais quand on les retrouve le soir : c’est pire ! Ils ont en plus la totalité des livres qu’on leur a distribués, sans compter les cahiers d’activité assortis au livre, le carnet de correspondance et l’emploi du temps histoire de leur remonter le moral.
A première vue un enfant ça m’a tout l’air d’être un FORÇAT. Bon d’accord, ils ne transportent pas tout ce barda tous les jours, mais vu qu’il y a six ou sept heures de cours par jour, ils en ont au moins les trois quarts, et j’ai pesé le sac de mon fils quand il était en sixième : celui-ci oscillait entre dix et douze kilos pour un petit bonhomme de trente kilos : soit un tiers de son poids de corps . Cette année-là, dans cette sixième, ils étaient une dizaine de modèles réduits du gabarit de mon fils et j’avais posé la question à mes collègues ( je travaillais dans le même collège à l’époque ) de savoir si eux, adultes, accepteraient de porter un tiers de leur poids sur leur dos pour aller travailler ; dans mon souvenir on ne voit ça qu’à l’armée non ? La réponse fut : « mais on ne peut pas faire autrement ! » ( ils ne m’ont pas dit combien ça faisait un tiers de leur poids …) Si bien sûr, on peut faire autrement, quand on veut, on peut ! Encore faudrait-il le vouloir !!!
Il suffirait pourtant que les enfants utilisent un classeur ; au lieu de transporter toute l’année un cahier de cent pages par matière, cahier qui n’est entre parenthèses écrit qu’à quarante pour cent en moyenne ( j’ai compté). Un seul classeur pourrait regrouper toutes les matières, à condition bien évidemment de ne garder que le chapitre en cours. Une fois qu’une séquence est terminée, à quoi bon la garder ? Autant la laisser à la maison et alléger ainsi le sac : de plus quand on travaille sur une photocopie, pourquoi la coller sur une page de cahier et ainsi doubler son poids, alors que quatre petits trous suffisent pour l’insérer dans un classeur ? Un cahier neuf pèse trois cents grammes, le même en fin d’année avec les photocopies et les devoirs collés eux aussi à l’intérieur, voit son poids doubler tout simplement ! Et où est l’intérêt de transporter tous ses devoirs une fois qu’ils ont étés corrigés ?
Pauvres petits bonshommes ! Quand ils marchent ils sont penchés vers l’avant pour équilibrer le poids du cartable, mais à l’arrêt, si un grand couillon appuie dessus (le sac) « histoire de rigoler », ils tombent en arrière et ne peuvent plus se relever, un peu comme une tortue, à moins de retirer le sac !!!
Et comment leur colonne vertébrale vit-elle une telle charge, alors qu’ils sont en pleine croissance, période fragile et précieuse de leur développement ? Puisqu’on a instauré un journée de prévention contre le tabac, à quand la journée de prévention contre la scoliose ???
Manifestement c’est le cadet des soucis de nos enseignants, alors qu’on ne vienne pas me dire que l’on place l’enfant « au cœur du système éducatif » ! Dans le cas présent c’est l’intérêt du professeur qui est mis en avant : chacun veut avoir son matériel personnel sans tenir compte du fait que si l’élève a dix professeurs cela fait dix fois plus de matériel …
Autre argument invoqué pour exiger cette quantité de matériel : « ce sont les consignes de l’inspecteur » ! et là, c’est sans appel, c’est l’inspecteur qui l’a dit. Et en cas d’inspection, il peut demander à voir le cahier d’un élève... alors il faut que l’on soit en règle... (Ça me rappelle l’argument de choc des tous-petits : « c’est la maîtresse qui l’a dit ! ») ... Hors, sur mes vingt ans d’enseignement, je n’ai été inspectée que quatre fois, cela fait donc quatre heures sur quatorze mille heures d’enseignement ! et c’est ce minuscule risque d’être pris en défaut qui inquiète tant les enseignants, et les contraint à exiger un tel effort de la part des élèves ? alors j’hésite : c’est de la peur ou de la faiblesse ?
Mais le plus mystérieux dans cette affaire reste que plus on grandit et plus le sac est petit ! comment se fait-ce ? les lycéens n’ont qu’ une petite sacoche, les étudiants qu’un porte-document...









