Clash au Conseil Municipal de Troyes.
Qui a commencé ? Qui est responsable ? On en discutera beaucoup dans les alcôves politiques départementales… Toujours est-il qu’une séance de conseil municipal, sans rapports réellement importants, a abouti à un clash comme il s’en est rarement vu à Troyes.
L’affaire commence calmement.
Certes, dès le début du conseil, on sent François Baroin irrité, fatigué peut-être ? La façon dont il salue un à un l’ensemble des conseillers municipaux, comme il le fait tout le temps, est plus sèche, moins cordiale…
Le conseil débute sur un rapport sur l’élimination des déchets qui permet à Françoise Delplanque de montrer son opposition constructive. Car, si elle est critique vis-à -vis de la majorité « je soulignerais aussi que si la baisse en quantité totale est amorcée, on observe aussi une baisse de la collecte en apport volontaire, en déchetterie, et dans le tri : ce qui signifie que les troyens perdent les bons gestes en matière de tri », elle ne manque pas de souligner les bons points de la politique de Marc Bret « Face à cette situation préoccupante, la mairie de Troyes a choisi de faire une campagne d’affichage drôle, originale, pertinente pour sensibiliser les troyens à ce sujet. »
Vient ensuite la présentation d’une évolution du statut de la « Maison du boulanger » qui devrait devenir, en 2011 un « Établissement public administratif. » L’occasion pour Marie-Hélène Zwolski de s’étonner. Elle souligne l’absence de débat entre majorité et opposition… « Dans les commissions nous ne recevons pas l’ordre du jour, ce qui nous empêche de préparer… Pourquoi cette évolution de la « Maison du boulanger » n’a-t-elle jamais été évoequé en commission culture le ? »
Pas de réelle réponse de Marc Sebeyran.
Débat d’orientation budgétaire.
Vient ensuite le débat d’orientation budgétaire (DOB). On le sait, c’est une obligation pour le maire de consacrer une partie d’une séance de conseil précédant le vote du budget à un débat censé « renforcer la démocratie participative en instaurant une discussion au sein de l’assemblée délibérante sur les priorités et les évolutions de la situation financière de la collectivité. Il améliore l’information transmise à l’assemblée délibérante. Il donne également aux élus la possibilité de s’exprimer sur la situation financière de leur collectivité. Il doit se concevoir comme un outil pédagogique associant la majorité et l’opposition. » Améliorer le débat d’orientation budgétaire.
La majorité, de toute évidence, n’entend pas faire de ce DOB un vrai débat…
Pas question d’améliorer l’information des conseillers, pas un instant de pédagogie, et pas du tout d’association de la majorité et de l’opposition. Au contraire, un texte terne et creux, lu d’une voix monocorde par Gérard Menuel. Tellement creux que François Baroin l’interrompt au milieu de son texte en pensant que celui-ci était terminé… Faute inattention sans doute…
Le Front national intervient par la voix de Bruno Subtil pour souligner tout le bien qu’il pense du budget. Regrettant l’absence de réponse du Maire à ses questions, en particulier à une demande d’une intervention de Troyes en faveur des Troyens les plus en difficulté…
Jaïm Myra « Écoutez un peu… »
Jaïm Myara intervient plus durement. Il souligne l’absence de dialogue de la majorité et demande au Maire trois améliorations substantielles dans son budget : ajouter des crèches, améliorer la nourriture des enfants en tendant vers une alimentation bio et étudier la performance énergétique des écoles… Propositions mesurées donc…
Pour une obscure histoire de cassette vidéo qu’il entend donner au Maire à l’appui de son discours, Jaïm Myara se voit violemment rabroué, coupé… Le Maire excédé s’en prenant aux employés municipaux. Le premier magistrat est visiblement choqué de ne pouvoir couper le micro du leader de la gauche… Cela se termine dans la cacophonie, on n’y comprend pas grand-chose…
Malgré tout Jaïm Myara joue l’ouverture, il termine ainsi ses propos « Nous sommes prêts à un vrai dialogue, même si nous ne serons pas toujours d’accord sur tous les choix que vous ferez. Dans certaines commissions l’état d’esprit que j’évoque existe. Je citerai la commission des finances et celle des sports. Vous comprenez bien que le seul cadrage financier n’est pas suffisant et qu’il faut aller plus loin dans de vrais débats. »
Vient le tour d’Alain Carsenti et l’opposition au Maire monte d’un cran.
« L’orientation budgétaire proposée par la Municipalité pose problème. Elle n’est pas du tout conforme au cadrage financier contenu dans le Plan d’action Municipal annoncé, avec force publicité, le printemps dernier.
Quelques exemples :
Les charges de fonctionnement devaient augmenter, annuellement, selon le P.A.M de 0.83 % par an. " Objectif ambitieux mais réaliste" indiquait Monsieur Le Maire. Manque de chance, l’augmentation prévue pour 2010 par rapport à 2009 ressort à 1.9 %. Une erreur de prévision de 129%...
Les charges générales devaient augmenter de 1 % par an selon le P.A.M, elles sont annoncées être en augmentation de 2.9 % en 2010 par rapport à 2009. En pourcentage : 190 % d’erreur.
Vous en voulez d’autres ? Les charges de personnels : +3.3%, etc... Toutes les augmentations vont très au-delà du taux de l’inflation. »
Philippe Beury : « Pourquoi ne pas être, ici, à Troyes, l’homme politique moderne et ouvert que vous êtes sur TF1 ou Canal+ ? »
Philippe Beury intervient pour regretter surtout l’absence de débat. Il reproche au Maire « si ouvert à Paris » de faire une politique ringarde à Troyes. Il ne comprend pas pourquoi le conseil municipal n’est pas un lieu de débat « certains sujets sont évoqués partout à Troyes. Menois on en parle en ville, dans les associations, dans les journaux locaux… Le seul endroit où ce débat n’a pas eut lieu est le conseil municipal de Troyes ».
Le fait que les projets municipaux s’étalent dans ls journaux avant d’avoir été discuté au conseil choque aussi le médecin. L’inconstance du Maire, enfin, dérange le conseiller MoDem « Vous annoncez des projets, puis vous les retirez… sans concertation. Vous faites une politique d’annonce… »
Réponses cinglantes de François Baroin.
Visiblement très énervé le Maire répond d’abord à sa frange gauche. À Myara il reproche de « faire du théâtre » et les dérives budgétaires des régions socialistes qui « se vautre » (sic) dans les augmentations d’impôts… À Beury il explique qu’il est dans l’opposition « Il faudra vous y faire, vous avez perdu »â€¦ et l’on écoute jamais l’opposition… À Carsenti il reproche l’échec de la vente de Menois (dont le conseiller radical n’a pas parlé) « je vous laisse seul dans votre fierté… »
Puis, épisode un peu surréaliste, il se tourne vers le Front national qui seul, pour lui, a été à la hauteur de débat. Invitant même Bruno Subtil à se rapprocher des élus de la majorité ou à venir le voir dans son bureau pour discuter…
Cela clôt le débat…
Après le débat, le clash…
Puis viennent des décisions budgétaires modificatives (ce qu’on appelait avant le « budget supplémentaire »).
Marc Bauland pose une question, relevant l’absence de concertation de la majorité… Il demande également au Maire pourquoi il ne reçoit pas de réponse à ses courriers, et pourquoi il n’a pas été reçu pour discuter du problème de Menois…
Réponse cinglante du Maire « Pour vos problèmes vous pouvez voir mes adjoints… Puis vient la chute qui dit à peu près : Quant à moi, j’ai le droit de recevoir que ceux que j’ai envie de recevoir…
Marc Bauland semble un peu interloqué par l’attaque, assurément disproportionné par rapport au débat… L’ensemble de l’opposition s’interroge du regard, cherchant quelle attitude prendre.
Philippe Beury prend alors la parole
Cette séance évolue mal. Je ne sais pas pourquoi mais on tombe dans les invectives…
C’est vous qui avez commencé à me traiter de « politicard » l’interrompt le Maire. [1]
Beury poursuit Comment pouvez-vous dire à un élu que vous refusez de le rencontrer ? Votre légèreté envers l’opposition m’est insupportable. Il y a des choses que vous ne pouvez pas faire, il y a des choses que vous ne pouvez pas dire… Votre poste de Maire ne vous permet pas tout. Je préfère donc quitter la séance…
Et bien, bonne soirée Monsieur Beury…
Philippe Beury se lève alors suivi de François Delplanque et Alain Carsenti. La presque totalité du groupe de gauche lui emboîtant le pas Marc Bauland bien sûr, mais aussi Jaïm Myara, Dimitri Sydor et Marie-Hélène Zwolski, à l’exception d’Anna Zajac (PC) et Dominique Deharbes (Verts)…
Dans un brouhaha intense, les élus du centre et de droite quittent le conseil. Ce n’était pas arrivé depuis que François Baroin dirige la ville…
« François Baroin prépare les régionales... »
Interrogé à la sortie du conseil Philippe Beury déclare : « Ce qu’il y a de plus étonnant c’est que, dans cette histoire de Menois, j’étais d’accord avec François Baroin et en opposition avec Marc Bauland. Mais entendre le Maire refuser tout dialogue et, surtout, l’avoir entendu ouvrir sa porte au Front national pour dire, quelques minutes après, qu’il n’avait pas envie de recevoir un élu de l’opposition de gauche, me paraît inacceptable… De toute évidence François Baroin prépare les régionales, il ne faudrait pas qu’il oublie qu’il est, d’abord, le Maire de Troyes et que tous les élus, de la majorité comme de l’opposition, ont une légitimité… Ils ont tous été élus ! »
L’opposition organise une conférence de presse cette après-midi. On en saura sans doute plus…
Lire aussi :
François Baroin, le dérapage de trop...
[1] C’est vrai que le terme « politicard ringard » employé par Philippe Beury peut paraître déplacé… C’est oublier le contexte ! dans la phrase d’avant Philippe Beury remarquait qu’il aimait beaucoup François Baroin… dans sa façon de communiquer au niveau national… C’était donc du second degré… « Pourquoi un homme politique si brillant sur TF1 ou Canal + devient-il un « politicard ringard » ici à Troyes ? » Bien compris alors puisque François Baroin dans sa réponse ne parle pas de la phrase du conseiller MoDem et qu’il ne l’évoque, a posteriori, que pour justifier ses débordements personnels…

10











Réagissez à cet article
Répondre à ce message
