C’est à croire que lorsqu’il n’y a aucune raison de se crêper le chignon nos politiques s’inventent des différents. L’opposition entre Philippe Adnot président du Conseil Général de l’Aube et Jean Paul Bachy président de la région Champagne Ardenne à propos de la charte du Parc Naturel de la Forêt d’Orient est riche d’enseignements. Bien qu’ils s’en défendent cela ressemble plus à une querelle de chefs recroquevillés sur leurs petites influences qu’à une véritable opposition d’idées.
La charte du Parc Régional de la forêt d’orient (PNRFO) est à refaire dans le cadre du renouvellement du label des parcs au niveau national. C’est à cette occasion que le différent s’est étalé au grand jour. Tout commence par une lettre du 15 mars de Jean Paul Bachy adressée aux maires des communes du parc. Elle indique que cette occasion (la charte) « constitue un moment privilégié pour rééquilibrer les pouvoirs de la région et du département au sein du comité syndical en contrepartie de l’effort financier régional plus important », le soutient de la région passerait ainsi de 200 000€ à 400 000€. Il s’étonne donc du refus du conseil général « d’une proposition légitime » ajoutant que « depuis 2003, la région a consacré à ce territoire 1 426 000€ au titre du contrat territorial, 669 000€ au titre de l’environnement et 1 400 000€ en faveur des projets touristiques ». Il demande donc aux maires de « prendre la mesure des conséquences de leur position ».
Cette lettre vous vous en doutez bien n’a pas été du tout du goût de notre cher Philippe 1er, lequel s’est fendu d’un courrier explicatif de sa position le 27 mars 2006. Il y explique qu’il « se réjouit de l’intérêt porté par la région au PNRFO » mais que « cette avancée importante ne peut gommer instantanément de très nombreuses années passées » durant lesquelles le département aurait beaucoup plus mis au pot que la région pour le développement du parc. Il précise en outre que « le département assume seul des financements importants tels que les budgets dits des « bords d’eau » (budget du PNRFO) et de Port Dienville (budget du département) » soit environ 525 000 euros. Il complète en énonçant un certain nombre d’investissements dans ce secteur qu’il estime très supérieurs à ceux de la région.
Sur quoi porte réellement le différent ?
Premièrement sur la représentativité : auparavant il y avait 16 représentants du département et 8 de la région. Cette dernière souhaite la parité, le département ne concède de revenir qu’à 14 contre 11. Il n’envisage la parité que sur un engagement de la région à financer les budgets et investissements annexes à la même hauteur que le département. Deuxièmement sur le parc lui même : l’ idée de monsieur Bachy (qui date d’ailleurs de son prédécesseur) est de réfléchir à la création d’un « parc des grands lacs » en y intégrant le lac du Der . Il semble que le comité de gestion actuel du parc ait repoussé cette idée.
Cela nous amène donc à nous poser un certain nombre de questions.
L’antériorité des versements et des aides du département envers le parc est tout à son honneur. Pour autant cette antériorité l’autorise t-elle à est s’arque bouter sur ses positions ?
Le rôle des collectivités n’est-il pas de soutenir des projets quitte à perdre un peu de leur pouvoir lorsque la réussite de ceux ci attire les convoitises. Cet intérêt de la région est surtout la preuve du bien fondé des investissements passés dans une structure qui fonctionne fort bien à présent et qui semble gage de développement tant touristique qu’économique !
Pourquoi le parc actuel est-il contre un élargissement vers l’ouest jusqu’au lac du Der ?
Dans son courrier Philippe Adnot argumente : « Je ne pense pas que l’avenir, la qualité de vie et l’attractivité d’un territoire se mesurent à l’importance de son étendue. Ils se fondent sur ses spécificités et son identité et je crains que celles-ci ne soient annihilées et compromises par des recherches permanentes de compromis réducteurs sur un territoire beaucoup plus vaste et aux problématiques multiples et variées ». Cet argument est un peu surréaliste. On comprend nos difficultés à construire l’Europe, on comprend aussi pourquoi l’idée du grand Troyes a échouée il y a une quarantaine d’années ! Franchement les spécificités de Montier en Der ou Sainte Marie du Lac sont-elles si différentes de celles de Dienville ou Montreuil sur Barse ? Les problématiques des communes haut marnaises bordant le Der sont t-elles à ce point multiples et variées qu’elles puissent retarder le règlement de celles de nos villages aubois intégrés au parc actuel ! Il est incroyable de lire de telles choses. Cela fait preuve d’un chauvinisme tellement surprenant qu’il en devient grotesque. C’est pourtant le même département qui affichait dans le métro parisien une campagne publicitaire (d’ailleurs fort réussie) vantant « le pays des grand lacs » ! Il faudra donc préciser le pays aubois des grands lacs pour le différencier du pays marnais du très grand lac. Et dire que j’ai passé une partie des mes premières années professionnelles à me battre contre l’appellation de Champagne de l’Aube qui a tant nuit au développement marketing de notre vignoble ! Je comprends mieux...
A moins que tout cela ne cache qu’une simple lutte d’intérêt auquel on ne peut croire ! Garder son influence sur des maires ruraux en agitant le spectre d’un gros machin qui sera ingérable. On a déjà entendu ce genre d’arguments, peut être le conseil général a t-il parlé à ces messieurs d’un « plan B ». On voit depuis un an ce que ce type d’argument donne .... Nous préférons également exclure la simple opposition pour cause d’appartenance à des mouvances différentes...
C’est d’autant plus singulier que, même si le parc est plus vaste donc plus gros, cela permettra l’arrivée d’au moins un autre partenaire, en l’occurrence le conseil général de la Haute Marne et pourquoi pas de celui de la Marne, lesquels département bordent le Der. Donc plus d’argent. Ah oui mais pour cela il faudrait encore diminuer la représentativité de notre département. Franchement refuser l’élargissement du parc reste incompréhensible. Cela lui donnerait d’ailleurs approximativement la taille du Parc Naturel Régional du Morvan. Ce parc est-il pour autant mal géré et inintéressant de par sa diversité ? Y a t-il plus de différence entre Vézelay et Château Chinon qu’entre Dienville et Montier en Der. La distance est à peu de choses près la même pourtant.
Non décidément Messieurs Adnot et Bachy il faut nous expliquer. Il est impensable de priver PNRFO de la manne financière de la région (car c’est ce qui risque d’arriver) pour un simple malentendu ! Peut-être avons nous loupé un épisode, ou sommes nous trop candides. Nos colonnes vous sont donc ouvertes, puisque nous prêchons la démocratie, nous l’appliquerons. Répondez nous nous publierons. Ecrivez nous expliquez nous. Il doit y avoir autre chose. Cela ne peut être si simple ou alors c’est grave !










