Annoncé comme l’un des projets phares de ces dernières années, l’hypothétique Passage Saint-Nicolas (nom donné au projet commercial de la bourse du Travail) tourne au vinaigre avec le recours déposé par la FNAC contre l’implantation de Leclerc.
Rappel des épisodes précédents.
Toujours soucieux de notre bonheur, notre maire décide, il y a deux ans déjà, par un beau matin d’hiver [1], d’offrir un centre commercial flambant neuf aux troyens. C’est vrai que le bonheur tient souvent à quelques emplettes, au langoureux bip-bip de la caisse électronique... Voici donc le projet lancé. Il s’agit, nous dit-on solennellement, d’« un projet décisif pour le développement du Centre-ville et de Troyes dans son ensemble » [2]. De quoi titiller notre impatience...
« étirer vers le haut et vers le bas l’élastique commercial »
Dans la novlangue, dont seuls nos élus ont le secret, on évoque évidemment un « projet structurant ». Eh oui... il faut savoir que dans cette fameuse novlangue tout projet (type parc des expo, stade, médiathèque...) est forcément « structurant ». Remarquez, il serait d’ailleurs assez idiot d’annoncer un projet « déstructurant ». Bon, on ne nous dit évidemment pas ce qu’il va structurer, ce projet, mais il est structurant. C’est comme ça, et ça ne se discute pas.
Mieux encore, ce fameux « projet structurant » devrait permettre d’ « étirer vers le haut et vers le bas l’élastique commercial » (sic). Ne riez pas, c’est bien mot pour mot ce que nous expliquait nos élus il y a plus de deux ans. L’image est bien trouvée. Et finalement, à trop tirer sur l’élastique, celui-ci serait aujourd’hui sur le point de lâcher et de revenir en pleine tronche de nos élus !
« Un long travail, une offre complémentaire et cohérente », qu’ils disaient...
Fièrement, notre mairie nous explique que ce projet est « l’aboutissement d’un long travail ». Chacun imagine alors un truc réglé comme du papier à musique, cuisiné aux petits oignons... Bref, une machine huilé à la perfection. C’est le groupe Altaréa qui conduira le projet. L’objectif est de : « développer une offre complémentaire et cohérente par rapport aux enseignes déjà présentes ». Pour ce faire, le projet abritera 4 grandes familles de produits : « Loisirs culturels et sportifs, décoration aménagement de la maison et mode pour la famille ». On nous explique même que des contacts ont déjà été pris et des lettres d’intentions de grandes enseignes sont déjà signées. Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes. Quelques gauchistes s’agitent un peu... voulant à tout prix conserver le nom de la « Bourse du Travail ». On leur offre deux ou trois fresques sur les colonnes du bâtiment, un tube de gouache et des pinceaux et tout rentre dans l’ordre.
Zorro est arrivée, mais il est breton et s’appelle Leclerc
Patatras ! Quelques mois plus tard, les enseignes pressenties (la rumeur évoquait notamment Go Sport et Zara), font marche arrière. Leclerc arrive alors à la rescousse en proposant d’implanter une surface dédiée à la « Culture » et une autre à « l’Alimentation ». Pas folle l’abeille ! L’épicier breton sait, dans le contexte de la crise énergétique, que les grandes surfaces périphériques n’ont plus beaucoup de perspectives. L’avenir est au retour vers les centres urbains. Accessoirement, Leclerc souhaite se développer sur un terrain où, contrairement à ses concurrents, elle est pour le moment absente. Il faut en effet signaler que le Groupe Carrefour est déjà présent dans les Centres urbains (et notamment à Troyes) à travers ses magasins Marché-Plus et 8 à Huit, Proxi... Accessoirement aussi, cette annonce vient contredire l’engagement de proposer : « une offre complémentaire ». Mais, François n’a guère le choix. S’il ne veut pas que son projet tombe à l’eau, il doit accepter la proposition de Leclerc nettement en position de force. Du côté de Monoprix, de la Fnac et de la Maison de la Presse, on ne l’entend pas de cette oreille. Pas question d’accepter l’implantation de Leclerc. Ça gronde, ça râle, et Baroin doit, en janvier 2008, en pleine période électorale, sortir l’un de ces grands éclairs de l’esprit dont seuls les grands hommes ont le secret : « La locomotive, ce n’est pas Leclerc, c’est Nature et Découverte. Leclerc, c’est l’équilibre économique du projet » [3]. Appréciez la subtile nuance, l’extrême finesse qui forme le bois de cette langue politique... où l’on nous explique que les deux moyennes surfaces Leclerc et la force de frappe commercial du groupe, seront les supplétifs d’un petit magasin (très sympathique) pour bobo. Admirable ! Et tout le monde gobe.
Le « Passage Saint-Nicolas » devait ouvrir ses portes en 2008. On attend, on attend...
Baroin ré-élu, rien n’a pourtant changé. Et le fameux « élastique commercial » que François voulait étirer de haut en bas est sur le point de lui péter dans les pattes. C’est d’ailleurs la principale raison de l’actuel blocage.. Car on peut parier que ce projet, quelque soit son issue, ne sera pas sans conséquence. Leclerc semble plus que jamais décidé à s’implanter dans le Centre-Ville, bien décidé à se refaire la cerise, à venir taquiner les plates bandes de Monoprix et d’une Fnac quasi hégémonique en matière de produits culturels.
Leclerc semble donc déterminé et ne lâchera pas le morceau. Après les annonces du début d’année, où on nous expliquait que ce serait Leclerc sinon rien, après le printemps maussade, l’été pourri pour l’économie française, on voit difficilement comment Baroin pourrait désormais faire la fine bouche. Leclerc tient dans ses mains le projet tout entier. Leclerc tient l’élastique que François s’est amusé à vouloir tirer...
La Fnac, en déposant son recours, joue donc son va-tout. Mise en difficulté sur ses produits phares (CD Audio, DVD Vidéo) par les nouvelles technologies, ébranlée par l’arrivée de Cultura en périphérie, l’implantation d’un Leclerc « Culture » pourrait sonner le glas du magasin Troyen et derrière-lui, des commerces satellites de son espace commercial. Un peu plus loin, à quelques centaines de mètres, on voit mal comment l’espace alimentaire de Monoprix pourrait résister à notre épicier breton et sa très efficace stratégie commerciale. Là encore, difficile de ne pas envisager d’autres dommages colateraux dans la rue Zola.
Sur ce dossier, François est désormais le dos au mur. Un petit bout de caoutchouc coincé entre les dents il sait maintenant que ce projet soit disant « structurant » risque de provoquer un vrai séisme dans le paysage commercial du centre-ville. Et sauf à reconsidérer complètement la vocation de la Bourse du Travail, on voit mal comment Baroin pourrait se sortir de ce guêpier.
Signalons qu’à l’occasion de la dernière campagne électoral, l’équipe de Troyes2008 avait officiellement demandé le report de la décision de la CDEC.











