Très respectable et sérénissime majesté,
La première impression est souvent la bonne. En octobre 2006, j’exhumais le cadavre du radicalisme aubois en assaisonnant un portrait sans complaisance de l’honorable Maître Carsenti, ci-devant notaire et pilote d’avion ; l’homme était encore inconnu de la sphère politique troyenne et aurait mieux fait de rester anonyme. On négociait alors à tout va pour les élections législatives et les radicaux, soudoyés par Renaud Dutreil, avaient décidé de donner un peu d’animation dans l’Aube.
Pour ceux qui ne se rappellent pas évoquons en quelques mots ces temps peu lointains.
Renaud Dutreil et Catherine Vautrin luttaient l’un contre l’autre pour obtenir la mairie de Reims. Ça faisait un peu désordre parce qu’ils étaient tous les deux ministres et tous les deux UMP. La poulette plus ou moins Chiraquienne était soutenue par François Baroin, le premier de classe faisait partie des Sarkozystes aux dents longues. Mécontent de l’implication de son voisin aubois dans ses affaires, Renaud Dutreil avait décidé, avec votre haute approbation Majesté, de présenter votre ancien collaborateur au Conseil général, Bruno Lebecq dans la première circonscription de l’Aube. Le but de la manœuvre : amoindrir le nombre de voix de Dhuicq et permettre à Marc Sebeyran d’être en tête au second tour des législatives… Mais, comme souvent, ces « fusils à tirer dans les coins » n’ont pas fonctionné. Les électeurs en ont décidé autrement, essentiellement parce que Marc Sebeyran - moitié girouette moitié carriériste, une fois avec Adnot, une fois avec Baroin, un pas avec Bayrou, deux pas avec Sarko, flirt avec le MoDem et touche-pipi avec l’UMP - avait perdu toute notoriété dans sa circonscription… Résultats de ce beau grabuge, Lebecq a obtenu 1155 voix soit 3,44 % des votants, c’est le score que peuvent revendiquer les radicaux dans l’Aube en pleine vague bleue…
Reims ville qui vote à 52 % à droite a élu une maire socialiste, Adeline Hazan, avec 56 % des voix et va accueillir dans quelques semaines le grand congrès de la rénovation de « ceux qui s’engueulent tout le temps et ne peuvent pas se sentir… », ça va être chouette…
Le Renaud, lui, il a trouvé un nouveau « job d’été » mais un job pour longtemps… Il laisse donc ses chers administrés rémois pour aller gagner 60.000€ par mois en présidant la filiale nord-américaine de LVMH de Bernard Arnault… À ce propos il a déclaré « Si aujourd’hui je pars à New York c’est, malgré les apparences, dans le prolongement de cette vie intense où le réel m’a donné l’impression de pouvoir s’améliorer et se transformer sous l’effet des volontés collectives et d’un dessein clair »… Un peu jargonnesque pour un diplômé de l’école normale supérieure qui plus est, titulaire d’une maîtrise de lettre et d’un diplôme de sciences-po et de l’ENA… comme quoi on peut avoir de superbes diplômes et être incapable de dire les choses simplement… Donc notre ci-devant secrétaire d’État, futur ex-député, essaie de s’excuser de se casser (caser ?) en Amérique en laissant les Marnais le cul dans la boue… « Malgré les apparences… » Oui, oui… Enfin, il faut admettre qu’elles sont trompeuses, les apparences… Pour 60.000€ y a pas mal de ses électeurs qui auraient aussi été « prolonger cette vie intense » à New York… J’en connais même beaucoup qui serait allé mordre la pomme pour dix fois moins… Quant à la volonté collective il n’y en a pas eu à Reims pour le rendre maire peut-être par manque d’un « dessein clair » ?
C’est donc à cette occasion, il y a 22 mois qu’était apparu, dans la presse locale, Maître Carsenti et ses ambitions pour le grand parti Radical de l’Aube. La suite ce sont des appétits démesurés de puissance ; gonflé d’orgueil par le résultat pourtant pitoyable de son poulain Lebecq, certain de son importance dans l’Aube et de ses soutiens à Paris, persuadé que « le temps des radicaux » était venu, le maître honoraire a décidé de présenter une liste sur Troyes et un candidat dans tous les cantons à renouveler en 2008. Résultat une alliance brinquebalante avec Beury et aucun candidat au Conseil général… si le MoDem n’avait pas été là ils n’auraient même pas été candidat à Troyes les radicaux…
La première lettre que je vous envoyais concernant le maître honoraire n’était pas tendre avec le notaire ; j’aurais dû en rester à ma première impression La mule de François....
À ce propos, vous vous rappelez sans doute de l’anecdote contée si exquisément par Madame de Sévigné dans ses lettres à sa fille :
« Il faut que je vous conte une petite historiette, qui est très vraie, et qui vous divertira. Le Roi se mêle depuis peu de faire des vers ; MM. de Saint-Aignan et Dangeau lui apprennent comme il faut s’y prendre. Il fit l’autre jour un petit madrigal que lui-même ne trouva pas trop joli. Un matin, il dit au maréchal de Gramont : « Monsieur le Maréchal, je vous prie, lisez ce petit madrigal, et voyez si vous en avez jamais vu un si impertinent. Parce qu’on sait que depuis peu j’aime les vers, on m’en apporte de toutes les façons. » Le maréchal, après avoir lu, dit au Roi : « Sire, Votre Majesté juge divinement bien de toutes choses ; il est vrai que voilà le plus sot et le plus ridicule madrigal que j’aie jamais lu. » Le Roi se mit à rire et lui dit : « N’est-il pas vrai que celui qui l’a fait est bien fat ? – Sire, il n’y a pas moyen de lui donner un autre nom. – Oh bien ! dit le roi, je suis ravi que vous m’en ayez parlé si bonnement ; c’est moi qui l’ai fait. - Ah ! Sire, quelle trahison ! que Votre Majesté me le rende ; je l’ai lu brusquement. - Non, Monsieur le Maréchal ; les premiers sentiments sont toujours les plus naturels. » Le Roi a fort ri de cette folie, et tout le monde trouve que voilà la plus cruelle chose que l’on puisse faire à un vieux courtisan. » Tout ça pour dire qu’il faudrait toujours se fier à ses premières impressions et que mes premières impressions étaient peu flatteuses pour le notaire honoraire qui se lançait dans la politique…
Acte 1 : se débarrasser de Carsenti.
Mais ce n’est pas très grave car figurez-vous que c’est maintenant François Baroin qui s’occupe du cas Carsenti et il le fait sans tendresse excessive. Dommage pour le notaire qui multiplie les amabilités et qui s’assoie toujours à la table du maire lors des repas qui suivent l’assemblée communale. Mais si François accepte de partager le casse-dalle municipal avec l’honoraire, il ne veut plus risquer que le bachi-bouzouk lui dégrimone ses plates-bandes politiques. Fini de rire… François n’a plus qu’une idée en tête, les régionales prochaines, et il ne veut rien risquer dans deux ans. Pas questions donc de se trouver avec des listes concurrentes à droite. Il règle donc ses comptes avec Carsenti et… Sebeyran !
Pour Maître Carsenti c’est simple. Le notaire honoraire a osé contester les décisions UMPistes, il sera donc éliminé. On a donc nommé à sa place un président de transition et l’on s’occupe de réorganiser les radicaux de l’Aube. Pour la présidence du Parti Radical il a fallu aller chercher à l’extérieur quelqu’un parce qu’il n’y a pas grand monde dedans et que la quasi-totalité des radicaux restant, une douzaine de personnes, est proche de Carsenti… On a donc trouvé Pascal Thomas. C’était facile. Ex membre de l’UDF, l’ancien maire-adjoint de Troyes était proche idéologiquement du parti Radical. Après la branlée qu’il s’est prise aux municipales de Sainte-Savine et l’éviction de son poste de suppléant de Yann Gaillard (on en reparlera) il se trouve un peu « gros Jean comme devant… » d’autant plus que la politique lui assurait une bonne part de ses revenus… Il a donc été « crier famine à » François Baroin son voisin le « priant de lui prêter quelques grains pour subsister jusqu’à la saison nouvelle… » Notre Maire ne s’est pas fait prier, il a promis à Pascal une très bonne place sur la liste régionale qui lui permettra d’être élu à coup sûr, d’avoir peut-être une place de responsabilité dans la nouvelle assemblée et de gagner quelques subsides pour sa survie financière… Seule condition pour cela : évincer Carsenti du Parti Radical… Pascal Thomas est d’accord, reste à trouver des appuis dans la formation radicale… Cela n’a pas été très difficile puisque Laurent Hénard est de la même génération et s’entend très bien avec François Baroin. Il ne pouvait d’ailleurs pas sentir Dutreil qui lui copinait avec le notaire…
Alors Carsenti a beau s’agiter comme un poisson hors de l’eau, son compte est bon ! Celui qui voulait donner des leçons de politique commence à avoir d’énormes gamelles aux fesses et ça finit par faire beaucoup de bruit quand il entre quelque part. En décembre il était persuadé d’obtenir l’investiture – ou au moins la neutralité – du parti Radical pour les municipales… Et patatras ! Hénard et Borloo ont soutenu François. L’honoraire ne s’est même pas étonné que Pascal Thomas adhère à son parti au milieu du mois de décembre 2007 soit quelques jours après l’officialisation de son accord avec Beury… Le ver était dans le fruit et n’avait plus qu’à attendre… C’est vrai que l’honoraire est roué mais je pense qu’Hénard et Baroin seront les gagnants de cette affaire. Quitte à n’avoir qu’un parti Radical croupion (enfin encore plus croupion que l’actuel, un parti Radical croupion réduit en somme… ) dans l’Aube, mais en fait du parti Radical il s’en foute tous…
Le Carsenti doit quand même commencer à se sentir bien seul. Ses alliés aux municipales se sont éloignés de lui, sa famille politique essaie de l’évincer, c’est un type seul qui va venir hanter les conseils municipaux de Troyes… Jusqu’à quand tiendra-t-il ? Mais on sait que les fantômes sont parfois difficiles à chasser des vieilles maisons !
Voilà, votre majesté, vous savez tout sur la méthode de François pour se débarrasser d’Alain l’honoraire, la semaine prochaine je vous conterai la suite de l’histoire, comment notre ci-devant ministre compte se faire la peau de son premier-adjoint et néanmoins condamné…
Voilà c’est fini pour aujourd’hui, Votre Majesté.
J’ai l’honneur d’être, avec le plus profond respect, de Votre Majesté, le très humble et dévoué serviteur.











