Très respectable et sérénissime majesté,
Un mois, ça fait un mois que je ne vous avais écrit votre majesté. Le temps passe vite et les informations locales étaient particulièrement pauvres depuis plusieurs semaines. Rien à se mettre sous la dent, aucune information capable d’exciter les diatribes de Cassandre. Rien, le calme plat, le désert. Je commençais à croire que rien ne pourrais me sortir de ma léthargie avant les résultats du procès contre auboisementcorrect annoncé pour mercredi prochain, je me desséchais moi, même pas un os à ronger. Et puis, et puis les radicaux sont revenus.
Posons d’abord le décor en essayant d’être simple. Mais être simple c’est aussi compliqué que la quadrature du cercle quand on parle de ces gens là. Pour les non initiés (c’est le cas de le dire quand on parle des Radicaux...) il faut savoir qu’il y a les radicaux de droite (enfin pas tout à fait à droite ; à gauche de la droite disent-ils) et les radicaux de gauche (enfin pas tout à fait à gauche ; à droite de la gauche qu’ils affirment).
Les radicaux de la gauche de la droite sont un parti indépendant mais membre associé de l’UMP (comprenne qui pourra...) ils sont présidés par... deux coprésidents (forcément plus on est petit plus il y a de monde pour diriger) Jean-Louis Borloo (ci-devant maire de Valenciennes ; lui il a refilé la mairie à Dominique RIQUET) et le docteur André Rossinot député-maire de Nancy ; 15 députés, 6 sénateurs.
Les radicaux de la droite de la gauche sont dirigés par Jean-Michel Baylet président du Conseil général et sénateur du Tarn-et-Garonne ; 9 députés, 7 sénateurs. Les radicaux de gauche sont aussi indépendants que les radicaux de droite mais ils sont associés au PS dans des accords pour les législatives qui leur permet d’avoir des circonscriptions réservées (re comprenne qui pourra...) Bref deux groupuscules plus riches d’élus que d’adhérents et pas encore remis de la période où le radicalisme dominait la scène française (c’était il y a un siècle ; à Troyes c’était avec Charles Dutreix...)
Les radicaux, ils sont indispensables à la République comme le safran à la Paëlla. On ne sait pas très bien à quoi ça sert mais, si on oublie d’en mettre le plat est fade et peu ragoûtant. Les radicaux, c’est pareil.
Les radicaux se sont les vieux trucs qui traînent chez vous et que vous n’arrivez pas à jeter. Vous en avez chez vous des objets comme cela ; quand vous faites les grands rangements vous les retrouvez au fond d’un placard, vous avez envie de les envoyer à la poubelle mais vous ne vous y résigniez jamais « Ca peut toujours servir ». A défaut de servir, les radicaux ont décidé de sévir... dans l’Aube. Oui, cette semaine c’était le temps des radicaux.
Vous vous rappelez une de mes précédentes lettre où je vous admirais pour le fameux bordel que vous étiez entrain de mettre chez François Baroin (La mule de François). Et bien, votre petit tas de fumier est entrain d’entrer en décomposition (d’un autre côté un fumier qui ne se décompose pas, ça sert à rien, hein ! votre majesté ?), ça remugle sec, ça commence à fumer et les effluves pestilentielles commencent à gêner sérieusement Baroin....
Donc, hier Renaud Dutreil, secrétaire général du Parti Radical (celui qui est à gauche de la droite) s’est invité chez nous. Enfin, quand je dis chez nous, il s’est invité chez François... On reviendra demain sur cette visite mais l’important c’était l’interview que le ministre a donné à Sylvianne Moreau dans Libération-Champagne du 28 novembre.
Moi, elle m’a beaucoup plu l’interview, je suis sûr qu’elle vous a émoustillé, votre majesté, comme le boute-en-train stimule les juments pour les disposer à l’accouplement ; parce que le ministre en question a décidé de dire tout haut des choses que presque personne n’ose dire dans l’Aube.
Ainsi quand la journaliste demande au secrétaire général ce que lui inspire le fait que le président aubois du Parti Radical n’ait pas été invité au comité départemental de l’UMP au cours duquel ont été désignés les candidats aux législatives, Renaud répond : « Il est important que les responsable départementaux de l’UMP fassent preuve d’ouverture d’esprit et accueillent toutes les sensibilités. (...) L’UMP a parfois tendance à l’homogénéité et à la pensée unique. La tolérance et l’accueil aux autres est la garantie de notre proximité avec les Français. Il faut que chacun trouve sa place. » Traduction en langage compréhensible par le péquin moyen « François Baroin, responsable de l’UMP Aube commence à me les briser menues en ne faisant pas preuve d’ouverture d’esprit et en rejetant des sensibilités. L’UMP de l’Aube veut mixer l’ensemble de ses tendances dans un magma infâme qui va donner de l’eau de boudin. L’intolérance et le rejet de l’autre montrent son éloignement des Français »... Ouf ! fallait le dire... Et, plus loin « Il faut que François Baroin fasse vivre l’UMP telle qu’elle a été conçue. Il faut que les minorités puissent s’exprimer. » Bon, faut admettre qu’il faut être un peu simplet pour chercher dans l’UMP un endroit où « les minorités puissent s’exprimer » mais y’en a bien qui croit que le chômage diminue en France... Alors ?
On en apprend encore plus à la fin de l’article. Quand Sylvianne Moreau lui demande si en venant dans les terres de François il fait de la provocation ; Renaud répond « La Champagne-Ardenne est fragilisée » Remarquez que d’autres auraient commencé par dire « Pas du tout, je ne fais pas de la provocation, etc. etc. » mais notre Renaud a décidé de ne pas utiliser la langue de bois aujourd’hui... Donc « La Champagne-Ardenne est fragilisée » (ça fait des mois qu’on vous le dit à auboisementcorrect...) « Elle a besoin de villes puissantes et dynamiques » (sous-entendu Troyes et Reims ne sont ni puissantes, ni dynamiques) Et parlant de François « Il faut sortir d’une vue étriquée selon laquelle l’un ferait de l’ombre à l’autre et vice-versa » Et toc ! Y’a de l’ambiance entre les ministres dites-donc...
Il paraît que Bayrou retrouvant des naïvetés de premier communiant pétant un boulon à la sortie de la messe a récemment déclaré « Qu’est-ce qui me sépare de Jacques Delors ? Rien. De Bernard Kouchner ? Rien. De Dominique Strauss-Kahn ou de François Baroin ? Rien sur le fond. Il y a des républicains à droite et à gauche qui partagent la gravité du diagnostic et le souci de l’avenir ». Je ne sais pas quelle Ostie il avait avalée ce jour là notre démocrate-chrétien mais elle lui a fait un effet redoutable, faudrait pas abuser des drogues dures si il veut aller au bout de sa candidature... Je conseillerais à notre François du Béarn de téléphoner à Renaud pour savoir quelle est la vraie personnalité du nôtre... Bon, passons, comme disait l’autre « Protéger moi de mes amis »... A chaque fois qu’un politique dit une grosse connerie, c’est un type que je soutiens... Ce n’est pas grave, je l’aime bien Bayrou !
Cerise sur le gâteau (ou étron sur le tas de fumier comme on veut) Estrosi, le bras droit de Sarko, ministre du déménagement des territoires s’est soudainement aperçu mardi soir qu’il devait annuler sa venue dans l’Aube de jeudi. Figurez-vous que le débat sur le « projet sur la délinquance » aurait pris du retard à l’assemblée et que, tout-à-coup, Christian s’est aperçu qu’il n’avait pas de temps à perdre chez nous.
Pour comprendre l’importance de cette annulation il faut se rappeler que Menuel (député et suppléant de François) avait été chargé par le ministre d’au-delà des mers de faire la cour à Estrosi pour permettre le rapprochement avec Sarko. François assurant le côté Chiraquo-Villepiniste de l’affaire, Menuel préparant la trahison, non, je devrais dire le ralliement de François à Sarko. A force de faire le grand écart et d’assouplir ses adducteurs, sûr que François, s’il est viré aux élections, pourra se faire embaucher comme « petit rat de l’opéra » à moins qu’il n’utilise ses talents d’avocat à défendre des sites web attaqués, ça lui ferait une première affaire... Bon, revenons à Estrosi, c’était cousu de fils blancs cette affaire. Seulement, contrairement à ce qu’on vous dit partout, l’atmosphère est de plus en plus pestilentielle entre les Chiraquiens et les Sarkozystes... Comme Renaud cité plus haut soutient un candidat contre Dhuicq théoriquement appuyé par François, le maire des Troyens n’avait pas du tout envie de voir arriver un autre sarkozystes ici. Plus d’Estrosi donc. Tant pis pour ceux de Romilly et de Piney qui s’étaient crevés à organiser son arrivée. Il va surement envoyer un mot d’excuses !
Voilà pour les radicaux de la gauche de la droite.
A droite de la gauche c’est encore plus drôle. Figurez-vous que la seconde circonscription de l’Aube (celle de Mathis) fait partie des 35 circonscriptions que le PS réserve au PRG. Les radicaux de la droite de la gauche ont donc investi ce week-end Saliha Ayadi pour essayer de détrôner Mathis. La candidate donc s’est fait interviewée par Jorge D’Hulst dans le même Libé de mardi (fallait pas le louper celui là...)
Des parachutages originaux on en a connu beaucoup. Mais celui-ci est quand même exceptionnel. Choix extraordinaire car la jeune-fille est haut-marnaise, conseillère régionale là-bas. Vous me direz, votre majesté, « C’est normal, un parachuté vient toujours d’ailleurs... » Oui mais, d’habitude, le candidat qui arrive, affirme son amour pour le département, se trouve un grand cousin qui habitait ici, s’émeut de l’incurie des élus précédents qui ne se sont jamais occupés de leur région et crie au ciel son attachement d’autant plus fort qu’il est récent pour ces terres qui tombait en déréliction sans lui. Un parachuté, normalement, ça tombe amoureux de l’Aube, le coup de foudre mais très foudroyant, grillé d’attachement et d’ambition le mec. D’habitude...
La notre de parachutée, la parachutée de la droite de la gauche, pas du tout. Mais alors là, pas du tout... Elle n’a pas du tout l’intention de venir s’installer ici. Elle préfère la Haute-Marne... Elle dit au moins cinq fois qu’elle voulait pas venir mais que Baylet l’a obligée (c’est fort comme motivation...) En plus, elle multiplie les compliments sur Fournier « Je connais le travail considérable qu’il a effectué sur sa circonscription » (preuve d’ailleurs qu’elle ne connaît pas bien le département...) Donc, telle une vierge dénudée débarquant innocemment dans la chambrée d’une dizaine de Marsouins des troupes de marine pour leur proposer de réciter un Rosaire , la mignonne ne doute de rien et propose un pacte avec Yves Fournier. Là, on touche soit le summum de la bêtise soit les sommets du foutage de gueule. Saliha propose à Yves de devenir son suppléant... et « si je suis élue sur la 2e circonscription, je m’effacerai devant lui dans cinq ans » (remarquez en passant, votre majesté, que l’avis des électeurs on s’en tape, moi j’aurais cru que c’était à eux de choisir... dans cinq ans...) C’est grandiose, non ? Digne du prix de l’humour politique pour 2006, prix spécial du jury même.
Ca doit d’ailleurs tenir à cette circonscription ce genre de promesse. Quand Robert Galley était candidat, il en a usé une quinzaine de nigauds qui ont cru en ses promesses de « leur laisser la circonscription dans 5 ans »... Garreau, Royer, Delhalle, etc... Y’en a eu des tas de « futurs députés de la deuxième circonscription pour dans cinq ans », heureusement qu’ils n’ont pas compté sur ça pour leur retraite... Si on les réunissait les « futurs députés de la deuxième circonscription pour dans cinq ans » sûr que votre salle de spectacle dans l’extension annulé n’y suffirait pas, faudrait au moins la grande salle polyvalente de la « Foire de Champagne », en plus, je ne suis pas certain que l’ambiance serait super...
Je ne suis pas un fan d’Yves fournier mais croire que le maire d’Aix-en-Othe tombera dans le panneau c’est un peu comme si Sarko comptait sur le soutien de Chirac dans les primaires de l’UMP. Parce que mettons nous à sa place : si Saliha Ayadi a l’investiture, si elle prend Yves comme suppléant, si elle bat Mathis, si la gauche regagne ici dans cinq ans alors... Fournier sera député ! Ca fait un tout petit peu trop de « si » pour être crédible cette affaire. Avec des « si » on mettrait... Fournier comme député ! Je trouve assez choquant qu’on prenne les électeurs et les élus à ce point pour des dadais.
Faut le garder le Libération-Champagne de mardi parce qu’un démarrage de campagne aussi mauvais ça faisait longtemps qu’on en avait pas vu.
Allez, rassurez-vous votre majesté, tout cela c’est pour noircir des pages dans les journaux locaux et animer cet automne trop chaud. Nul doute que les radicaux de la gauche de la droite sont entrain de négocier une circonscription quelque part qu’on échangera en retirant Lebecq de la première de l’Aube ; comme les radicaux de la droite de la gauche, s’apercevant qu’ils n’ont aucune chance du côté de Bar et que leur candidate s’en contrefout de la vallée de la Seine et des monts du Champagne, jetteront l’éponge dans la deuxième... C’est du vent tout ça, du grand vent, pas une petite bise de printemps, non : « un mistral à décorner tous les taureaux de Camargue et à déraciner les oliviers de la Crau et les pins des Alpilles » comme dit Boufareo dans la « Pastorale des santons de Provence ». C’est vrai, c’est bientôt Noël...
Et, encore une fois, on nous aura pris pour des imbéciles.
Va quand même falloir faire le ménage et montrer aux édiles politiques qu’on ne peut faire n’importe quoi, dire n’importe quoi et écrire n’importe quoi...
Voilà, votre majesté, c’est fini pour aujourd’hui. Comme d’habitude j’ai été un peu trop long mais vous savez, les Radicaux sont un tout petit parti qui en fait toujours un peu trop...
J’ai l’honneur d’être, avec le plus profond respect, de Votre Majesté, le très humble et dévoué serviteur.










