Cette question, presque aussi vieille que la démocratie, agite, régulièrement, le bocal médiatique. Cette fois-ci, c’est Charlie-Hebdo qui se trouve au coeur de l’affaire. La polémique, depuis quelques semaines, porte sur les propos du dessinateur Siné. Dans le numéro du 2 juillet, cette figure du journal satirique évoque, à sa façon, les dernières nouvelles de Jean Sarkozy : « Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter. Le parquet (encore lui !) a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe ! Ce n’est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit ! ». Accusé de tenir des propos antisémites, Siné est viré de l’équipe de Charlie. Depuis, l’affaire Siné sème la zone sur la blogosphère et déchaîne les passions.
Du côté de Philippe Val, directeur de Charlie-Hebdo, on parle de l’outrance de Siné et de la ligne jaune franchi par le caricaturiste pour justifier son éviction. Et c’est vrai que ce qu’écrit Siné n’a pour moi absolument rien d’amusant. Cette dernière phrase, en particulier, où il associe la religion juive, l’argent et la reussite sociale, contient les relents les plus nauséabonds de la rhétorique d’extrême-droite (parfois aussi d’extrême-gauche…). Inutile de louvoyer, de telles propos auraient, hélas, une bonne place dans n’importe quel torchon ultra-nationaliste. Inutile, non plus d’être naïf. Si la future femme de Jean Sarkozy avait été athée, boudhiste, protestante ou agnostique, Siné n’aurait certainement pas fait mention de cet aspect. L’accusation d’antisémitisme est donc fondée.
De l’autre côté, celui des amis de Siné, on invoque le droit à l’excès, à l’humour, à la caricature… bref, on se retranche derrière cette liberté d’expression. Sur auboisementcorrect, nous sommes bien placés pour comprendre ces arguments Nous usons souvent, abusons parfois de cette liberté, de ce droit à l’excès et à l’insolence. Ils nous ont valu déjà un procès que nous avons gagné. Mais ce droit à l’insolence et à l’irrespect doit selon moi s’arrêter lorsqu’il approche les frontières de la vie privée et des multiples visages du racisme. Qui plus est lorsque le talent n’est pas au rendez-vous. N’est pas Pierre Desproges qui veut. Et si Siné est un excellent caricaturiste, il n’a manifestement pas le génie de l’absurde et de l’excès du procureur du tribunal des flagrants délires.
Ici, Siné a donc doublement franchi la limite l’acceptable et du supportable. D’autant plus que ces propos antisémites sont sans doute la forme de racisme la plus abjecte. Bien évidemment, aucune forme de racisme n’est tolérable. Mais les 6 millions de morts de la Shoah confèrent depuis 1945 à l’antisémitisme une place à part dans l’échelle de l’intolérable. Notre responsabilité collective et historique immense doit, sur ce sujet, nous amener à la plus grande vigilance. N’oublions pas que c’est la somme de nos petites lachetés, l’accumulation de propos anodins, soit-disant comiques, qui a conduit au plus grand génocide de l’histoire de l’humanité. Ce n’est pas rien.
Siné n’est surement pas antisémite. Mais à 79 ans, il est comme beaucoup de gens de sa génération le porteur de présupposés, de stéréotypes qui ont fait et font encore le lit de l’antisémistisme.






Réagissez à cet article
Répondre à ce commentaire



