L'article

22
févr
2012

Pont de la Moline : Un syllogisme pour enclaver, un pont pour désenclaver

Après Daniel Renard, le commissaire-enquêteur qui ré-inventait les statistiques, voici un autre Daniel, Jean-Daniel Courot, l’homme qui décide plus vite que son ombre !

Devant les grossières approximations de la première enquête d’utilité publique, le tribunal administratif avait, on s’en souvient, annulé l’avis favorable rendu. C’est donc un nouveau commissaire, venu de Châlons-en-Champagne, qui vient de rendre sa décision, une nouvelle fois favorable. Rassurez-vous, comme pour la 1ère enquête, les conclusions sont tout aussi extraordinaires !

La Reine d’Angleterre est favorable au Moline Bridge !

D’abord, parlons un instant de la forme. 846 participants, c’est un chiffre spectaculaire. Bien supérieur aux quelques 300 personnes qui s’étaient mobilisées lors de la première enquête. Si spectaculaire qu’il en devient suspect...

D’ailleurs, Chapi-Chapo s’étonne d’un certain nombre d’avis favorables. Passons vite sur les lettres parvenues de région parisienne ou même de Grande Bretagne (si, si !)... Après tout, les sujets de sa majesté peuvent bien, eux aussi, s’intéresser à ce glorieux « Moline Bridge  ». Il ne reste pas moins que parmi les 371 lettres envoyées, beaucoup d’entre-elles ont clairement « pompé » un argumentaire-type en faveur du pont, rédigé par avance par une tierce personne qu’on imagine aisément proche de la municipalité. Seule différence : le nom et la signature au bas du courrier. Mais ce n’est pas tout, dans le registre que j’ai pu consulter, on retrouve également une bonne tripoté de ces avis « copié-collé » en faveur de ce pont. Là encore, seule la signature varie... Plus étonnant, en me rendant sur le lieu de l’enquête, j’ai pu assister à une scène peu courante. Au moment où je feuilletais le registre, 5 ou 6 ouvriers du BTP, en plein milieu d’après-midi, venus directement d’un chantier, sont entrés et ont demandé à participer à l’enquête. Quel généreux patron les a ainsi autorisés à se rendre, pendant leurs heures de travail, à cette enquête ? Nul ne sait... En tout cas, parmi ces ouvriers, l’un deux ne savait pas écrire. Qu’à cela ne tienne ! Sur les conseils de l’employé municipal, ses collègues ont rédigé l’avis à sa place. Le bougre s’est simplement contenté de signer. Voilà qui, sur la forme, en dit long sur les moyens mis en œuvre pour parvenir à obtenir un avis favorable...

Une enquête de 30 jours réglée en 15 !

Sur le fond, l’avis rendu par le commissaire-enquêteur vaut également son pesant de cacahuètes. D’emblée, on apprend que notre brave homme avait pris sa décision au bout de seulement 15 jours ! : « Ma décision était prise au bout de quinze jours  » Pas de bol pour moi,j’ai déposé mon avis 2 jours avant la clôture de l’enquête. 13 jours trop tard, pour que Jean Daniel Courot prenne en compte ma modeste contribution... 13 jours trop tard, puisque celui-ci avait déjà tout compris au bout des 15 premiers jours... Balèze le gars... Autant dire que mes arguments n’ont pas pesé plus lourd plus qu’une roupie de sansonnet.

Ma p’tite bafouille ne risquait de toute manière pas de « faire trembler la république » car notre commissaire-enquêteur partait, de toute évidence, avec quelques vieilles idées reçues du siècle dernier. Interrogé par Chapi-Chapo, notre homme nous explique ainsi que beaucoup d’opposants à ce pont routier étaient favorables à une passerelle piéton-vélo. C’est vrai, moi le premier. A l’instar de Daniel Renard, lors de la 1ère enquête, notre ami en a donc conclu que le quartier était enclavé (puisque les opposants veulent une passerelle) et qu’il fallait donc construire un pont routier (puisque le pont est là pour désenclaver) ! Logique, non ? La passerelle prouve l’enclavement, un peu comme le bucheron d’une vieille histoire drôle prouve à l’indien, en coupant du bois, que l’hiver sera rude [1] !

Quand homme blanc vouloir passerelle, c’est que le quartier est enclavé !

D’aucuns verront également dans le raisonnement de monsieur Courot un parfait exemple d’un syllogisme absurde [2] pour justifier à postériori une idée préconçue. Sauf que les choses sont un peu plus complexes. La notion d’enclavement d’un quartier n’est en effet pas une notion absolue, mais bel et bien relative ; relative à une situation socio-économique, à la prise en considération des modes de déplacement de chacun. Dire que l’on veut une passerelle n’induit pas que ce quartier est enclavé. Encore moins qu’il faille un pont routier pour le désenclaver ! Mais ça, monsieur Courot n’était manifestement pas en capacité de le comprendre, ni même de l’entendre. Quitte à me répéter, ce quartier n’est pas enclavé. Les habitants ne vivent pas dans une zone particulièrement défavorisée. C’est même le contraire. Ils sont, de plus, parfaitement connectés à toutes les fonctions urbaines de la ville et de l’agglomération. Seule existe une difficulté particulière pour les piétons et les vélos qui veulent se rendre au centre commercial. Si cette difficulté peut justifier une passerelle, elle ne permet pas de dire que ce quartier est enclavé. Le raccourci de Mr Courot vire ici au tête-à-queue intellectuel !

Les vieux font tous leurs courses en voiture, c’est bien connu...

Mais le plus drôle arrive pour la fin. Dans l’article de nos amis de Chapi-Chapo, Jean Daniel Courot s’interroge sur le projet d’une passerelle : « Et est-ce que vous voyez des enfants traverser seuls une passerelle de 120 mètres de long ? Quant aux personnes âgées, elles utilisent toujours leur voiture pour aller faire leurs courses ». Ben oui, mon Dany ! Et les marmottes, elles emballent le chocolat ? Je vous laisse imaginer, à la lecture de cette déclaration, les présupposés qui ont guidé le travail « impartial » de notre commissaire-enquêteur. Un commissaire-enquêteur incapable d’imaginer un enfant de 12 ou 13 ans faire 120 mètres sur une passerelle piétonne ; un commissaire-enquêteur incapable d’imaginer un vieux faire ses courses autrement qu’en voiture !!!! La conclusion qu’en tire Jean Daniel Courot est par conséquent d’une logique imparable : puisque les enfants ne peuvent plus faire 120 mètres à pieds et que les vieux prennent toujours leur voiture : il faut faire un pont routier. On permettra ainsi à nos « ainés » de faire... 120 mètres en voiture. Et nos marmots ? Feront-ils, grâce à ce pont routier, les 120 mètres à pieds au milieu des voitures ? Encore moins. Est-ce qu’alors, ils emprunteront la bagnole de papa pour se rendre au Centre Commercial ? Pas davantage !

Finalement, ce qu’on retient ici, ce sont des conclusions aussi légères et grotesques que lors de la précédente enquête ; des conclusions qui, également, transpirent un incontestable parti-pris. De toute évidence, ce quartier n’est pas enclavé. Et le besoin exprimé d’une passerelle ne suffit absolument pas à prouver l’enclavement de la Moline. Or, cette notion d’enclavement supposé est au coeur de ce projet. Si, comme je le crois, la Moline n’est pas enclavée, si les conditions de circulation ne posent pas de problèmes prégnants, rien ne vient justifier la création de ce pont routier pour désenclaver un quartier qui ne l’est pas ! Force est de constater qu’une fois encore, le commissaire-enquêteur n’est toujours pas parvenu à prouver l’enclavement de la Moline.

notes :

[1] Au Canada, dans le Grand Nord, un bûcheron coupe son bois pour l’hiver. Après deux journées de coupe, et plusieurs stères transportées, il en vient à se demander si sa provision de bûches sera suffisante. Les hivers sont très froids, dans la région. Il va donc voir un vieux chef indien, un peu déplumé, pour savoir si l’hiver sera rigoureux. Il pose sa question, et le chef lui dit : - Ugh ! Hiver sera rude. Alors le bûcheron retourne couper du bois, encore et encore. Au bout de quelques jours de dur labeur, il retourne voir le vieux chef et lui repose sa question. Et le chef répond : - Ugh ! Hiver sera rude, très rude ! Alors le bûcheron retourne bucheronner. Pendant quinze jours. Puis il retourne voir l’indien. Qui lui dit : -Ugh ! Hiver sera rude, très très très rude ! Alors le bûcheron demande au chef : - Mais, Grand Chef, comment peux-tu savoir cela ? Et l’indien répond : - Quand homme blanc couper beaucoup de bois, c’est que l’hiver sera rude !

[2] Tous les chats sont des mammifères, les chiens sont des mamifères, donc les chats sont des chiens ! et ici : Les riverains veulent une passerelle. Or, une passerelle est faite pour désenclaver. Donc les riverains veulent un pont



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Les commentaires (8)

Pont de la Moline : Un syllogisme pour enclaver, un pont pour désenclaver
  • Commentaire 52375 etoile
    le 22 février  à 07:59

    QUEL MEPRIS
    pour tous ceux qui se sont déplacés après les premiers 15 jours !
    Donc tous les arguments exprimés n’ont pas été pris en compte.
    C’est du fouttage de gu....
    C’est à l’image de la majorité de saint julien.

    Que dire, à part que l’on a qu’une hâte , que les prochaines élections municipales arrivent vite, vite, vite.:-((

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  • Commentaire 52376 etoile
    le 22 février  à 08:14

    Et puis une dernière chose qui m’a fait bondir durant tout ce spectacle de polichinelles,
    quand le maire ose dire que sur 7000 habitants, seulement je ne sais plus combien ont participé etc .... :
    Ce genre d’argumentaire est tout aussi méprisant, depuis quand les bébés et enfants de saint julien sont en mesure de donner leur avis et qui plus est, d’écrire sur le registre ?
    Sans compter les personnes invalides ,en maison de retraite etc...
    C’est très PETIT car sur les 7000 habitants, un bon tiers si ce n’est pas plus, n’a pas l’âge ou la capacité de donner un avis. Sans compter que dans les couples, bien souvent un seul vient déposer croyant bêtement que ça va compter pour deux. Combien de fois j’ai entendu "à quoi ça sert que je réécrive ce que mon conjoint vient d’écrire ,on est ensemble, ça compte pour la famille"
    Il nous prend vraiment pour des ignorants.
    ET quand on en vient à faire écrire des courriers depuis l’angleterre, et que ça puisse être prit en considération par le comissaire enqueteur, tout comme les courriers copiés/collés , et que les courriers honorables (qu’ils soient pour ou contre) des derniers 15 jours d’enquête ,eux ne sont pas pris en compte ça me donne la nausée .

    Dans quel monde vit-on ?
    Y-a-t’il au moins une personne, ayant une fonction de pouvoir qui soit droit, honnête et respectueux des citoyens ?
    J’en doute de plus en plus.

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  • Commentaire 52379
    le 22 février  à 09:52

    C’est parfaitement ce qui me dégoûte dans les processus de consultation des populations maintenant. Les enquêtes publiques sont maintenant soit un cousu de mensonges ( enquêtes d’impacts mensongers, hypocrisie et manipulations ) soit un jalon qui de toute manière n’aura pas de conséquences sur l’avis final du commissaire enquêteur puisque les décisions sont déjà faites en amont. Et puis si quand bien même les populations étaient entièrement contre un tel projet, c’est l’état qui passerait outre alors faisant jouer ce fameux ’ interet collectif ’ qui n’a d’interêt que pour les lobbys BTP, nucléaires et autres !

    Ce processus décisionnel est extraordinaire. C’est un cas d’école concernant le mépris des autorités et des élus vis à vis des populations.

    La fin du 18em siècle avait du bon ...

    repondre Répondre



  • Commentaire 52381 Pas content !
    le 22 février  à 10:48

    Une question, pour tenter de comprendre le raisonnement du commissaire enquêteur : Quel âge a t il ?

    S’il est vieux, tout est dit. C’est qu’il appartient à cette génération ne jurant que par l’automobile, le nucléaire et ce fameux concept de croissance économique continue dans un monde fini ... On peut alors l’excuser d’avoir été formaté à une vision maintenant qualifiée de primitive. Il fera encore de belles âneries, mais on peut se réjouir qu’il soit plus prêt de la fin que du début !

    Au contraire s’il a entre 40 et 60 ans, l’heure est grave mes amis. Ce soit disant commissaire qui se doit d’être impartial et objectif fera encore des ravages. Il sera encore pour de trop nombreuses années à la botte des irréductibles automobilistes se foutant de l’environnement et ... des générations futures !

    Un conseil pour l’ANDRA : Arrangez vous à ce que ce soit un vieux en tant que commissaire enquêteur lors de votre prochaine enquête publique. Ben oui, les vieux ca ne jure que par le nucléaire ! Cette génération a été tellement bien formatée par le lobby nucléaire qu’elle pense que même ces fameuses poubelles sont bonnes pour l’environnement et la région !

  • Commentaire 52382 PH
    le 22 février  à 11:31

    Les déclarations du commissaire-enquêteur montre la nature du problème. Arriver avec l’idée que les enfants ne peuvent pas faire 120 mètres à pied et que les personnes âgés prennent tous leur voiture, c’est arriver avec des idées préconçues, une certaine manière de voir les choses qui est totalement partiale.

    C’est aussi cette partialité qui le conduit à analyser le besoin d’une passerelle comme une preuve de l’enclavement du quartier. Il a fait dire aux contributions ce qu’il voulait qu’elles disent ! Et non ce qu’elles disaient vraiment.

    C’est un peu l’histoire de Christophe Colomb. Celui-ci était tellement persuadé d’arriver aux Indes qu’il analysait chaque signe comme autant d’éléments prouvant qu’il était aux Indes !

    Jean-Daniel Courot avait tellement intégré que ce quartier était enclavé (notamment parce qu’il méconnait ce qu’est la notion d’enclavement), qu’il a construit son raisonnement dans cette perspective de justifier l’enclavement.

    Je n’ai pas mentionné dans l’article le reproche fait aux opposants de ne pas avoir réalisé d’étude de faisabilité de la passerelle !!!! Là, on croit rêver...

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  • Commentaire 52386 Newvandetta
    le 22 février  à 15:10

    Une seule question à laquelle il conviendrait de répondre : à qui profite le crime ?
    Et le mot profit est à prendre dans TOUTES les acceptations.
    Psychologique, Politique, Economique.
    Finalement, et dit autrement, quel est le but (réel, pas celui des déclarations) de ceux qui s’obstinnent à vouloir un pont ?

    repondre Répondre



  • Commentaire 52388 etoile
    le 22 février  à 16:16

    A qui profite le crime ??
    A INTERMARCHE !!
    D’ailleurs, il devrait participer à le financer, car c’est pour lui que le pont est fait.

    A moins qu’il n’ai financé autre chose ou quelques- autres ??:-/

    repondre Répondre



  • Commentaire 52389 etoile
    le 22 février  à 16:19

    Pour en arriver à recevoir des copiés-collés à l’enquête et que la décision soit prise avant même la fin de l’enquête sans compter les raisons ubuesques (comme si un gamin de 10 ans ne pouvait pas faire 100 mètres à pieds ou une personne âgée marcher 30 min par pour sa santé ),
    c’est à se demander s’il n’y a pas des billets qui ont tournés.

    C’est moche de penser ça, mais je le pense très très fort.

    repondre Répondre



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