Si 2012 ne sera pas l’année de la fin du monde, elle risque néanmoins d’être une année très difficile pour l’écologie politique. Dans cette première partie, notre chroniqueur écologiste revient sur la candidate Eva Joly et sa difficile campagne avant d’aborder, dès demain, l’absence de candidats écologistes aux prochaines législatives dans l’Aube.
Eva Joly, où es-tu ?
Eva Joly, où es-tu ? Au fond du trou diront les mauvaises langues. Et c’est vrai qu’on en n’est pas loin ! La candidate qui prônait l’écologie de combat a du avaler son chapeau, ses lunettes et son tailleur après l’accord avec le PS. Celle qui clamait en juillet l’ambition d’un score à deux chiffres, n’a plus qu’à espérer faire mieux qu’Hervé Morin et Philippe Poutou. Ce sera là sa seule ambition, sa seule victoire en avril prochain. Pour le reste, Eva Joly conduit le navire de l’écologie vers le naufrage. A vrai dire, la campagne n’a jamais décollé. Dès le mois d’octobre, je m’interrogeais sur l’étrange trajectoire de cette candidature qui ressemblait de plus en plus à celle, éphémère, d’Alain Lipietz en 2002. Oubliant qu’elle était avant tout écologiste, Eva Joly a fait campagne sur des thématiques très traditionnelles : la lutte contre la corruption, contre les paradis fiscaux, la justice sociale, la remise en cause de l’austérité économique, la retraite à 60 ans, le droit de vote des étrangers et même la relance du pouvoir d’achat... Bref, Eva Joly a parlé des mêmes sujets que tous ses concurrents, de la même manière et n’est finalement apparue que comme une candidature de gauche de plus.
Elle est comme ça, Eva... Ecolo, mais pas trop !
Oublié l’effondrement de la biodiversité (finalement pas si grave que ça...), oubliés les ravages du réchauffement climatique (une foutaise...), oubliés les effets cataclysmiques de la surpêche ou de l’agriculture intensive (un truc largement exagéré par ces moustachus d’écologistes), oubliés les projets de Notre Dame des Landes, des autoroutes et des incinérateurs, oubliées la course folle à la croissance du PIB et la surexploitation des ressources naturelles qui nous plongent chaque jour un peu plus vers l’abîme... Eva Joly, qui pour le décorum évoque l’arrêt du nucléaire et de temps en temps l’isolation des bâtiments, passe sous silence l’essentiel de ce qui fait l’écologie politique. Elle est comme ça, Eva... Ecolo, mais pas trop ! Ecolo les jours fériés ! Préférant annoncer la fin du 14 juillet, un 11 novembre new-look ou un nouveau jour férié pour Yom Kipppour plutôt que d’évoquer le difficile changement de monde qui s’annonce avec la fin de l’ère du pétrole. La candidate, pourtant entourée d’une remarquable équipe, a donc mis ses pas dans ceux de la vieille gauche française. Là où elle devrait marteler la route à prendre vers l’économie de la sobriété et vers une nouvelle prospérité sans croissance et sans pétrole, Eva Joly cuisine les recettes éculées de la gauche : promesse de millions d’emplois grâce à la baguette magique d’une croissance tout juste rhabillée de vert !
Hollande relancera la croissance en faisant danser ses ministres autour du totem du dieu PIB
Le chemin de croix a pris les allures d’un véritable supplice lors de l’accord conclu avec les socialistes. Pour quelques sièges, les écologistes ont définitivement scellé leur sort à celui de François Hollande. Plus question d’apparaître comme un recours ou une nouvelle alternative à cette vieille gauche, ce qu’ils avaient formidablement su faire lors des européennes. Eva Joly, désormais cornaquée par les apparatchiks du parti, doit maintenant dire : « Notre champion, c’est Hollande » [1]. De quoi pour un écolo recracher son steak de soja ! Ce même Hollande qui ne dit pas un mot sur l’écologie, ce même Hollande qui poursuivra l’EPR et Notre Dame des Landes, ce même Hollande qui, promis, juré, craché, relancera la croissance en faisant danser ses ministres autour du totem du dieu PIB. Drôle de champion auquel Eva Joly a déjà fait allégeance.
Le gros bobard du budget
Le pire étant toujours à portée de main des écolos, ceux-ci viennent hier d’accélérer la dégringolade. La semaine dernière, Eva Joly venait présenter les conclusions d’une évaluation "indépendante" de son budget. Avec toute la fierté nécessaire elle déclarait alors :
Il s’agit d’une évaluation par une équipe d’experts économiques indépendants du budget que j’ai présenté le 4 octobre dernier. Quelle est leur conclusion ? Que mon budget est meilleur pour les Français, meilleur pour l’économie, meilleur pour la planète...
Le grand benêt que je suis a cru cette joli fable relayée par toute la blogosphère écolo. Hélas, l’équipe d’experts indépendants s’est révélée n’être qu’un seul et unique économiste membre d’EELV et candidat aux prochaines législatives !
Voilà de quoi discréditer un peu plus une campagne qui n’en avait pas besoin...
Le résultat est sans appel. En juin 2011, Eva Joly était créditée de 11% des intentions de vote. Aujourd’hui, elle oscille entre 2 et 3%. Mélenchon, Bayrou, Le Pen ont tous décollé. Eva Joly reste désespérément engluée dans la marée noire d’un gauchisme suranné. Pire, une étude publiée par l’institut IPSOS évoque le rejet d’Eva Joly dans l’opinion publique. Tous les voyants sont au rouge. 75% ne la trouvent pas sympathique (Les 25% restant n’étaient sans doute pas très attentifs au moment où la question leur a été posée !) 78% ne la trouvent pas compétente, 73% disent que ses récentes déclaration leur ont déplu... Seul point positif, 59% des sondés pensent qu’Eva Joly a des convictions mais une majorité estiment qu’elle n’est pas honnête ! Un comble pour l’ancienne magistrate qui en dit long sur le désamour entre les Français et la candidate écologiste.
Pourtant, un peu comme Yves Paccalet qui appelle Eva Joly à rentrer « dans le chou » de François Hollande, je veux encore y croire. Que ce soit Eva joly, Corinne Lepage ou même Benhamias et Werhling, autour de Bayrou, il y a de la place pour l’écologie. Que dis-je... un boulevard, une avenue, une autoroute pour expliquer que les lendemains, certes ne seront pas roses, mais peuvent être verts. Verts de la couleur de l’espoir... Verts d’une nouvelle société où l’excès fera place à « l’abondance frugale » pour reprendre l’expression de Jean-Baptiste de Foucauld. Une société dans laquelle s’organiserait la modération et la sobriété nécessaires.
Mise à jour du 31 janvier : Ajout du paragraphe sur le budget.
[1] Déclaration faite par Eva Joly au mois de janvier sur l’antenne de BFMTV












