Les commerçants sont des gens influents, très influents... si influents que Fanfan les écoute et les bichonne. Ils peuvent d’ailleurs dire les pire âneries, enfiler les propos les plus absurdes, peu importe. Fanfan a pour eux les yeux de Chimène.
C’est ce que beaucoup ont pu constater jeudi dernier lors de la présentation de la place de l’Hôtel de Ville. Dans la salle, des commerçants, des commerçants, des commerçants et encore des commerçants. Peu d’entre-eux vivent au centre-ville. Mais peu importe. Ils étaient là. Près à faire valoir les intérêts suprêmes du dieu Mercure et accessoirement l’intérêt supposé de leur chiffre d’affaire. En grande forme, nos amis commerçants, opticiens, restaurateurs ou cafetiers ont donc offert un spectacle pittoresque, presque caricatural d’une corporation trop tournée sur elle-même.
Dans le projet présenté en mai dernier, il était question d’installer quelques tables, trois ou quatre, sur cette place. De quoi donner un peu de convivialité à ce lieu, d’envisager que quelques uns s’y assoient pour jouer aux cartes, manger un morceau ou discuter un instant. Rien de révolutionnaire. Rien qui ne puisse remettre en cause la couronne britannique ! Mais nos commerçants, un poil parano, imaginaient déjà voir des milliers de touristes préférer ces tables à leurs trop grandes terrasses. Pire, des hordes de jeunes soulards y consommeraient sans doute un alcool bon marché, faisant fuir les bons samaritains terrifiés ! Ni une, ni deux, devant des arguments aussi convaincants, Fanfan a plié l’échine et supprimé ces tables en bois...
Galvanisés par ce premier succès, nos amis boutiquiers se sont enhardis et ont voulu s’attaquer... aux arbres ! Le projet prévoit en effet de verdir un peu cette triste place en y plantant quelques arbres. Oui mais voilà... pour les commerçants, les arbres, tout comme les jeunes soulards, sont néfastes aux affaires. Car les arbres empêchent de voir les enseignes des magasins. Pire, ces foutus arbres, par malheur, perdent leurs feuilles ! Et ses feuilles, comme les jeunes soulards, saliront les belles tables, des belles terrasses de nos beaux cafetiers. Autant dire que pour ces derniers, une bonne place serait une place débarrassée de la mauvaise graine, étêtée de ces maudits arbres, bétonnée, goudronnée, bitumisée, macadamisée et ouverte à la circulation automobile ! Le monde parfait de nos boutiquiers ressemble donc furieusement à une aire d’autoroute agrémenté de deux ou trois sapins en pots. Heureusement, Fanfan a tenu bon et sauvé ces quelques arbres !
Qu’à cela ne tienne ! Nos amis nous ont réservé le meilleur pour la fin. Face aux travaux qui s’annoncent les commerçants ont toujours la même inquiétude, cette fois-ci légitime, de voir les clients fuir le temps nécessaire à la requalification. Pas avare d’une dernière ânerie, ils ont donc demandé, tenez-vous bien, que les travaux pour aller plus vite se déroulent jour... et nuit ! Le bruit des pelleteuses et des marteaux à deux ou trois heures du matin berceraient sans doute le sommeil des riverains... Mais, comme nos boutiquiers ne vivent pas au-dessus de leurs échoppes, ils se foutent comme d’une guigne de ce petit détail. Rassurons les riverains, Fanfan ne retiendra pas cette stupide proposition.
Pour finir de fâcher mes amis camelots, il faudra un jour ou l’autre poser la question de l’envahissement des terrasses sur cette place. Puisque quelques tables de bois ont été supprimées d’un coup de baguette, je rêve qu’Harry Potter remettent un peu d’ordre dans ces tables en mauvais plastique, alignées et serrées comme des sardines qui occupent aujourd’hui presque tout l’espace public.









