Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? La formule est éculée, mais se prête ici parfaitement pour décrire la situation sur les quais (quai des Comtes de Champagne et quai Dampierre) où plus personne ne comprend le sens (propre comme figuré) du nouveau plan de circulation.
Tout pourtant semblait simple. En requalifiant ces quais, il s’agissait d’aménager d’un côté une promenade piétonne et de réserver l’autre côté (Quai Dampierre) à la circulation automobile. C’est d’ailleurs ce que l’on comprend lorsqu’on observe les images du projet ou que l’on reprend les articles publiés dans la presse locale :
« ...suppression de la circulation entre la place de la Libération et le théâtre de Champagne. Et même au-delà... » [1]
« [Les voitures] ne seront plus autorisées qu’au pied des immeubles des professionnels de santé, implantés entre les rues Hennequin et des Cordeliers (derrière la prison). » [2]
Sauf qu’aujourd’hui, alors que s’achève ce ré-aménagement, plus personne ne comprend rien au plan de circulation et au projet de promenade piétonne. Chacun pensait que le secteur compris entre la rue Salengro et la rue de la Cité serait piéton, assurant une continuité pleine de promesses jusqu’à la rue Hennequin. Finalement, non. C’est d’autant plus surprenant qu’il n’y a là pas le moindre commerce, ni la moindre habitation. Les automobilistes pourront quand même y circuler, dans un seul sens. Mais ils ne pourront, une fois arrivés à l’angle de la rue de la Cité, que tourner à Gauche pour, soit remonter la rue Clémenceau, soit revenir sur le quai Dampierre. Bref, grâce à ce brillant plan de circulation, les véhicules pourront faire ce qu’ils font déjà en empruntant la rue Boucherat et la rue de la Cité !!! Une bonne signalétique, installée rue Salengro, indiquant l’accès au parking Cathédrale via la rue Boucherat, aurait vraisemblablement suffit à régler l’affaire. Mais nous sommes en France, et en France, nous aimons compliquer ce qui semble trop simple...
Personne n’y comprend rien et tout le monde fait comme il peut !
Alors, vous me direz : « mais pourquoi autoriser les automobilistes à circuler sur ce secteur pour les obliger ensuite à tourner à Gauche ? ». Tout bêtement (attention suivez bien), parce que sur le quai Dampierre, les automobilistes, venant du Vouldy, ne peuvent plus tourner à Gauche ! Interdit, verboten ! Du coup, ne pouvant plus tourner à Gauche sur le quai Dampierre, ils seront contraints, s’ils veulent tourner à Gauche (pour rejoindre le parking Cathédrale ou la rue Clémenceau), de tourner à droite, d’emprunter le secteur plus ou moins piétonnier, pour tourner à Gauche un peu plus loin !!! Simple, non ?
Résultat, personne n’y comprend rien et tout le monde fait comme il peut ! En vérité, l’objectif de ce grand bazar est, à bien y réfléchir, totalement ridicule. Pire, il montre que le règne de la bagnole a encore ici de beaux jours devant lui. Il ne s’agit, en effet, que de faciliter l’accès au parking Cathédrale et à la rue Clémenceau à quelques véhicules en provenance du Vouldy et d’éviter quelques ralentissements, ma foi, peu important. C’est tout...
Pour le parking Cathédrale, la somme des véhicules concernés ne fait pas tripette. Dans ce cas, il suffisait d’installer une bonne signalétique, rue Salengro face au quai La Fontaine, pour indiquer l’accès au parking Cathédrale via la rue Boucherat. Le trafic et l’accès au parking pouvaient sans doute également être régulés grâce aux feux tricolores déjà installés à la sortie du parking. Certes, la circulation aurait été un poil ralenti, mais cela aurait évité de faire rouler les voitures sur un secteur dédié théoriquement à la promenade !
Sacrifier un espace de promenade pour permettre à quelques bagnoles de remonter la rue Clémenceau plus vite
Les choses pourrait paraître plus compliquées pour l’accès à la rue Clémenceau, en tout cas pour ceux qui veulent absolument faire entrer les voitures dans l’hyper-centre par le plus court chemin possible. Car le coeur du problème est là. Que veut-on à travers ce projet d’aménagement, et plus largement la requalification du Bouchon ? Veut-on proposer une vraie promenade et un aménagement attrayant en centre-ville ? Ou veut-on faciliter l’accès de toutes les voitures, le plus vite possible, à la rue Clémenceau ? Cela paraît d’autant plus ridicule que ces automobilistes, de toutes façons, ne pourront pas se garer dans cette rue et rejoindront, pour la quasi-totalité, les avenues République et Poincaré, puis les boulevards qu’ils auraient pu atteindre autrement ! Alors à quoi bon sacrifier cet espace de promenade pour permettre à quelques automobiles venues du Vouldy de rouler sur les pavés de la rue Clémenceau pour rejoindre le boulevard du 14 juillet ou le rond point Argence ?!
L’idée est d’autant plus aberrante que d’ors et déjà, les automobilistes venant du Vouldy, peuvent, en empruntant la rue Boucherat, parvenir à la rue de la Cité et poursuivre vers la rue Clémenceau. C’est certes un peu plus long mais enfin... Pas de quoi supprimer la promenade promise. De plus, d’ici peu, un rond-point, installé à l’arrière du Théâtre de Champagne, permettra aux obstinés de reprendre le bon sens pour accéder à la rue Clémenceau.
Finalement, à quoi rime ce plan de circulation totalement sur-réaliste ? A faire rouler des bagnoles sur un espace de promenade, au risque de faire perdre à ce projet l’essentiel de son intérêt ? A encombrer un peu plus la rue Clémenceau ? A satisfaire quelques grincheux ? En tout cas, dans de telles conditions, la perspective d’une belle promenade tout au long du quai des Comtes de Champagne semble s’éloigner définitivement...













