L'article

15
déce
2011

Le mythe utile des profiteurs malades, chômeurs

Les malades et les chômeurs mettent-ils en péril le système social français ? C’est la question que pose un de nos lecteurs qui revient sur la volonté du gouvernement de sanctionner plus durement les fraudeurs de la sécu.

Le candidat Sarkozy et l’UMP avaient certifié qu’ils s’attaqueraient sans coup férir à celles et ceux qui osaient abuser du système social français. Chose promise, chose due : en ces temps de crise économique, c’est en priorité contre les malades et les chômeurs qu’il faut agir.

Responsabiliser : telle est la formule magique, répétée sans relâche par les membres du gouvernement. « Si jamais, quand vous tombez malade, cela n’a aucun impact sur votre indemnité et votre salaire, ce n’est pas très responsabilisant » a affirmé par exemple Laurent Wauquiez, avec sa morgue habituelle [1], reprenant là une vieille antienne de la droite et de l’extrême-droite [2] qui n’ont pas cessé de fustiger, au cours des dernières années, les acquis sociaux conquis au fil du temps par le salariat. Tirant les conclusions de ce fallacieux discours, la droite a pris la décision en novembre de faire passer de trois à quatre jours le délai de carence pour les salarié-e-s du privé – à savoir le laps de temps pendant lequel les travailleuses et les travailleurs malades ne sont pas remboursé-e-s par l’assurance maladie. Par ailleurs, dans le secteur public, les fonctionnaires subiront désormais un jour de carence eux aussi. Une mesure d’équité, serinent à tout vent les porte-parole de l’UMP, en tentant de dresser les salariés les uns contre les autres ; mais la réalité est quelque peu différente.

En fait, un certain nombre d’entreprises privées assuraient, sur la base de conventions collectives particulières et à partir de leurs fonds propres, le remboursement des salariés malades durant les trois jours de carence. Selon le très optimiste – et très sarkozyste – Christian Jacob, près de 75 % des entreprises palliaient de la sorte les insuffisances de la sécurité sociale. Quelle que soit la justesse de cette proportion, il apparaît clairement que le rallongement du délai va contribuer à l’effritement du pourcentage en question. Dès lors, tous les salariés ne seront pas égaux face à la maladie. Les agents publics – fonctionnaires ou non-titulaires – se trouvent quant à eux dans une situation inédite et ne disposent pas de ce genre d’aménagement. Leurs mutuelles vont vraisemblablement s’adapter, au prix d’une révision à la hausse des cotisations. En fin de compte, ce sont les salariés du privé travaillant dans les PME qui souffriront le plus de cette réforme, puisque leurs employeurs n’ont pas les moyens de rembourser leurs jours de carence. Or, c’est dans ce genre d’entreprise que l’on retrouve un nombre important de personnes qui exercent des métiers pénibles, et qui sont par conséquent beaucoup plus exposées au risque de maladie. Plusieurs médecins ont d’ailleurs dénoncé cette injustice patente, à l’image de Claude Leicher, le président du syndicat de généralistes MG France [3].

Quand on sait combien d’arrêts maladie sont refusés par les salarié-e-s eux-elles-mêmes qui craignent pour leur emploi et subissent déjà les effets de la pression au travail, sous-entendre que les travailleurs et les travailleuses malades sont avant tout des profiteurs, dilapidant sans remords l’argent public, est tout simplement un scandale. D’autant plus quand on songe à la politique menée par Sarkozy depuis son élection : distribution généreuse de cadeaux fiscaux aux riches en début de mandat, suivi par un renflouement massif et inconditionnel des banques… La réforme de la sécurité sociale n’est qu’un élément parmi d’autres, dans cette consécration des inégalités. En témoigne par exemple une autre décision prise en novembre dernier, qui impose un travail mensuel de 7h aux bénéficiaires du RSA – et crée au passage une armée de réserve de travailleurs précaires, au lieu de favoriser la création de nouveaux emplois.

La ligne générale est claire : ériger en coupables celles et ceux qui éprouvent les conséquences destructrices de l’exploitation capitaliste.

notes :

[1] Déclaration sur BFM-TV-RMC le 16 novembre 2011.

[2] Rappelons au passage que la dénonciation des fraudeurs est utilisée aussi bien dans le projet présidentiel de l’UMP de 2007 que dans les discours du Front national.

[3] Voir l’entretien accordé à l’Humanité du 16 novembre 2011.



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Les commentaires (8)

Le mythe utile des profiteurs malades, chômeurs
  • Commentaire 51153 Gérard Bérilley
    le 15 décembre 2011  à 08:07

    Excellent article qui montre bien la guerre de classe idéologique et concrète que la bourgeoisie et ses représentants mènent contre le peuple, les ouvriers et autres salariés, chômeurs, etc.

  • Commentaire 51167 Troyen du Bouchon
    le 16 décembre 2011  à 11:28

    Sauf que entre votre soi-disante "bourgeoisie" et les ouvriers, salariés, chômeurs, il y a aussi la France des petits patrons de PME qu’on oublie un peu trop souvent. Ce sont eux qui font vivre la france et qui créent les emplois. Ce sont eux qui se lèvent le plus tôt, qui finissent le plus tard, qui subissent la pression de leurs clients, de leurs fournisseurs et qui croulent sous les charges. Mais eux, on ne les aide jamais.

  • Commentaire 51169 charpentier
    le 16 décembre 2011  à 11:53

    Tout à fait exact, ils sont légion, et ce n’est pas la mondialiste Parisot qui peut prétendre parler en leur nom.

  • Commentaire 51176 Gérard Bérilley
    le 16 décembre 2011  à 14:32

    A "Troyen du Bouchon" :
    Où avez-vous vu que j’oubliais les petits patrons ? Et pourquoi vous identifiez-vous plutôt à la bourgeoisie qu’aux ouvriers ? Niez-vous l’existence de la bourgeoisie, de l’énorme richesse qui ne vit que du travail d’autrui ? Que je sache : nombre d’ouvriers aussi se lèvent tôt et travaillent tard le soir, nombre d’ouvriers, comme vous certainement, sont dans la souffrance. Pourquoi ne condamnez-vous pas le grand Capital et la bourgeoisie qui s’attaquent au monde ouvrier et tout autant aux petits patrons, comme vous semblez l’être ? Il faut en finir avec ce ressentiment qui fait que l’on voit son ennemi dans celui qui a autant, ou juste un peu au-dessus de soi, voire depuis Sarkozy moins ! Il ne faut pas se tromper d’ennemis ! Charpentier a raison quand il fait la différence entre le grand patronat, les multinationales, et le petit patronnat. Si la haute bourgeoisie pouvait vous détruire, si elle en a l’occasion au vu de ses propres intérêts - et tout est possible vu son pouvoir - elle ne s’en gênera pas ! La bourgeoisie a en mépris le monde du travail, que ce soit le travail ouvrier ou celui du petit patronnat. Si vous travaillez autant, vous êtes plus proche d’un ouvrier que de Madame Bettencourt.

  • Commentaire 51201 Troyen du Bouchon
    le 17 décembre 2011  à 15:23

    Vous avez un peu trop lu Marianne ces derniers temps, Mr Mélenchon... Euh pardon, Mr Bérilley

  • Commentaire 51203 Gérard Bérilley
    le 17 décembre 2011  à 15:48

    @ Troyen du Bouchon :
    Premièrement : je ne lis pas Marianne.
    Deuxièmement : je n’aime pas particulièrement Mélenchon.
    Troisièmement : lisez mes commentaires, vous saurez ce que je pense.
    Quatrièmement : répondez à mes obsevations, ce sera plus utile pour les lecteurs d’AuboisementCorrect que de projeter sur moi n’importe quoi.

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  • Commentaire 51161 Dominique Cauvé
    le 16 décembre 2011  à 05:55

    Sans vouloir apparaître par trop « cynique », il « sévit », du moins pour moi, en cette conjoncture catastrophique pour la France, deux Partis de Droite : le Parti de Droite avec ses sous-divisions, et le Parti Socialiste, qualifié a priori, bien à tort, de Parti de Gauche, en ce sens que ses membres ont été « formatés » par les mêmes Institutions Scolaires que les membres du Parti de Droite : Ecole Polytechnique, Ecole Centrale, Ecoles d’Ingénieurs, Ecole de Sciences Politiques, Ecole des Sciences géopolitiques, Ecole Nationale d’Administration, Ecoles de la Santé, Ecoles de la Justice, Ecoles du Commerce, diverses Ecoles Universitaires délivrant des milliers de diplômes , Ecoles des Arts et du Spectacle, etc.

    De par ce constat de fait, ces deux Partis se valent donc au niveau de leur « surdité » à la pauvreté, la misère, la détresse de centaines de milliers de femmes et hommes, ces « exclus », ces « victimes » de longue date, ou très récemment, d’un écoeurant capitalisme qui ne sied, par définition, qu’aux malades des profits sans limite, et leurs plus ou moins affiliés, malades paranoïaques d’une soif insatiable de pouvoir avec jouissance de privilèges iniques, que sont les membres du Parti de Droite et du Parti Socialiste : ce sont tous là gens qui sentent le « fric », cette invention peut-être du Diable, mais le Diable n’existe sans doute pas. Ce n’est, sans doute, qu’une « simple créature » de l’homme, pour se disculper de sa potentialité « congénitale » à produire à l’infini des « ignominies »ravageuses !

    Si ces deux Partis ne se concertent pas pour adoucir la « rapine légalisée », inhérente à la « Classe Bourgeoise », à laquelle ils appartiennent tous, la France court à la catastrophe : fascisme, à la mode Marine Le Pen, véritable « Roi des Aulnes » de plus de cinquante pour cent de la « classe ouvrière » ; révolution destructrice...

    Alors, secouez-vous, réveillez-vous de votre « sommeil dogmatique », les « Bourgeois » ! Préparez-vous à renoncer à certains de vos « privilèges », pas vraiment indispensables ! Sinon vous allez vous faire « laminer », et je ne le souhaite absolument pas : sachez-le !

  • Commentaire 51204 Pancho Villa
    le 17 décembre 2011  à 16:02

    Tous pourris et Viva la révolucion !

    http://www.liberation.fr/culture/01...

    Olé !

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