Opposant au Pont, favorable à une liaison douce, l’écologiste Pascal Houplon revient sur cette polémique et s’étonne de la nouvelle enquête publique demandée par Daniel Picara, avant le jugement du tribunal.
Par une décision prise en référé par le Tribunal Administratif de Chalons la construction du Pont de la Moline est désormais suspendue. En cause, comme on pouvait s’y attendre, l’enquête d’utilité publique, ses analyses et ses conclusions pour le moins abracadabrantesques...
Quand Picara tord le cou du droit et de la justice...
Qu’à cela ne tienne ! Daniel Picara, du haut de sa superbe, a décidé de relancer illico-presto une nouvelle enquête, avant même le jugement définitif du Tribunal. Pour quoi faire ? Pour reprendre au plus vite les travaux ? Non. Car, quelque soit le résultat de cette nouvelle enquête, il faudra attendre que le Tribunal Administratif se prononce sur le fond pour éventuellement remettre en marche les pelleteuses. Daniel Picara, disons-le, dit n’importe quoi lorsqu’il affirme : « Les travaux reprendront aussitôt que l’enquête publique sera favorable. ». C’est faux, archi-faux ! Et cela laisse songeur sur les compétences réelles du maire de Saint-Julien... Comment d’ailleurs un élu peut-il dire de pareilles bêtises sans provoquer la moindre réaction de la part de ses adjoints ? Picara peut bien faire voter toutes les enquêtes qu’il veut, agiter frénétiquement les bras, et même espérer que l’enquête rende encore un avis favorable, cette précipitation, contrairement à ce qu’il laisse entendre, ne lui fera rien gagner et ne lui donnera pas le droit d’aller contre la suspension décidée en référé. Dans tous les cas, il lui faudra attendre le jugement définitif du tribunal pour pouvoir, peut-être, rebondir... Et encore, rien n’est certain.
... et donne raison aux opposants au Pont !
Mais il y a sans doute plus amusant. En décidant avant le jugement définitif du TA, d’une nouvelle enquête, Daniel Picara donne raison aux opposants à ce projet. Il reconnaît implicitement le bienfondé des arguments contre le pont ainsi que les fautes et les erreurs commises dans la première enquête !!! Cet aveu public des carences de la première enquête risque évidemment de peser dans la décision finale du tribunal...
Cela dit, même en votant une nouvelle enquête, rien ne dit que celle-ci lui sera davantage favorable. N’en déplaise au maire de Saint-Julien, cette procédure n’est, théoriquement, pas qu’un simple acte administratif ou un « passage obligé » pour - vite fait, bien fait - informer les habitants et mettre sous le boisseau les quelques critiques exprimés. A vouloir passer en force, Daniel Picara risque de se casser encore les dents.
Une passerelle suffit pour désenclaver madame Michu
L’enquête d’utilité publique peut rendre un avis défavorable. C’est d’ailleurs manifestement ce qu’elle aurait du faire dans ce cas présent et ce qu’elle devra conclure prochainement. Car, sauf modification substantielle du projet, on voit difficilement comment la citrouille pourrait devenir un carrosse. Autrement dit, comment la pauvreté des motivations du commissaire-enquêteur en faveur du pont pourrait s’enrichir d’arguments incontestables. Ce projet, fut-il financé par le Grand Troyes, le Conseil Général, la réserve parlementaire d’un député ou le pape en personne, reste un projet sans réelle justification. Désenclaver madame Michu pour lui permettre de prendre sa voiture pour aller acheter son saucisson n’est pas suffisant pour justifier un pont à 3.5 millions. D’ailleurs, madame Michu, riveraine de la Moline, n’a jamais imaginé qu’elle pouvait être enclavée ! En revanche, les éléments avancées par les opposants [1] demeurent plus que jamais valables. D’autant plus valables que ces opposants ont l’intelligence de ne pas être dans le refus catégorique. L’alternative que ceux-ci proposent, une passerelle vélo-piétons, paraît la plus raisonnable et surtout la mieux calibrée pour répondre aux besoins de madame Michu et des habitants de Saint-Julien.
[1] cf le site de l’association du Pont de la Moline












