Lors de sa réunion du 10 novembre 2011, la Commission de Discipline de la Ligue de Football Professionnel (LFP) a infligé 10 matches de suspension ferme au joueur nantais Granddi NGOYI, coupable d’une faute grave sur Julien OUTREBON à l’occasion du dernier match de championnat au Stade de l’Aube (TROYES – NANTES le 5 novembre). Cette sanction significative est-elle à la mesure de la faute et de ses conséquences ?
L’action se déroule en toute fin de partie (92ème minute) après l’interception du ballon par le joueur de l’ESTAC dans le rond central. Le joueur nantais, qui court à ses côtés, rate le ballon mais lui attrape le pied sur un tacle glissé. Le tacle, qui est latéral (par différence au tacle par derrière) est exécuté avec retard. Il n’y a pas agression volontaire, ni intention de blesser, chez le jeune joueur qui déclarera : « J’essaie de récupérer le ballon alors que je suis en retard. Maladroitement, je lui touche son pied d’appui et aujourd’hui ça fait une grosse blessure pour lui. J’en suis malheureux ». La conséquence est très préjudiciable pour le joueur troyen : fracture du péroné, luxation de la malléole et arrachement des ligaments internes au niveau de la cheville. Il passera entre les mains du chirurgien dès le lendemain avant d’entamer une longue période de convalescence.
Granddi NGOYI (1m 86 ; 77kg) est le seul joueur de l’équipe nantaise avec Adrien TREBEL à être sanctionné de rouge cette saison au bout de 14 rencontres. Avec 1 carton rouge et 2 jaunes, il figure parmi les plus sanctionnés de son équipe. 2 des 3 cartons reçus l’ont été dans le temps additionnel (le premier carton jaune avait été reçu lors de la 6ème journée à domicile contre LE MANS) alors que le joueur avait, dans les 2 cas, débuté la partie. Le joueur a, semble-t-il, du mal à gérer les fins de partie lorsque le score est défavorable à ses couleurs.
En prononçant 10 matches de suspension pour faute grossière ayant causé la blessure d’un adversaire et son indisponibilité pour plusieurs mois, la commission de discipline n’a fait que suivre ses précédentes décisions. Un tacle sur le sedanais Stéphane NORO avait valu à Pierre-Alain FRAU, au PSG en 2006, une suspension de dix matches ferme (neuf matches de championnat et un de Coupe de la Ligue). En mars 2009, le joueur rennais Kader MANGANE avait écopé de 2 mois ferme de suspension (soit l’équivalent au minimum de 10 matches) après avoir très gravement blessé Jonathan LACOURT (dont on reparlera plus loin) alors à VALENCIENNES.
Il n’y a rien à redire sur le comportement des Nantais qui ont pris des nouvelles du joueur troyen. Granddi NGOYI a du reste reconnu les faits avant d’affronter la commission : « J’irai pour expliquer et assumer ce que j’ai fait. Je prendrai ce qu’ils me donneront. C’est la première fois que ça m’arrive, c’était un geste maladroit ». Les Nantais ont accepté la sanction de la Ligue en ne faisant pas appel tout en la jugeant sévère en raison des conséquences sportives et financières ; le club ayant été contraint depuis de recruter un joueur supplémentaire (en l’occurrence, le milieu défensif de Bordeaux Grzegorz KRYCHOWIAC jusqu’à la fin de saison).
La durée de la sanction dépend à la fois de la nature de la faute, de son caractère intentionnel et de la gravité de la blessure engendrée. Elle sera ici au minimum de 2 mois et demi ; c’est-à-dire bien inférieure à celle de l’indisponibilité du joueur troyen estimée entre 4 et 5 mois avec un retour sur les terrains espéré en avril. Cet écart prend en compte le caractère non intentionnel du geste du milieu nantais. Nantes a déjà fait ses comptes : « Au mieux, si le FC Nantes se hisse en 8ème de finale de la Coupe de France, le milieu de terrain pourra renouer avec la compétition le 28 janvier (Nantes -Tours, 21ème journée). Au pire, il retrouvera ses partenaires le 11 février (Nantes – Châteauroux, 23ème journée), si les Canaris sont éliminés prématurément de la compétition ».
Par contre, cette sanction ne prend pas en considération la capacité du joueur à récupérer pleinement. Et pour cause, il s’agit d’un paramètre non évaluable au départ. On ne peut que penser à Jonathan LACOURT, blessé encore plus gravement dans le passé (double fracture tibia péroné avec un processus de guérison long et compliqué). Hébergé par l’ESTAC, il a aujourd’hui du mal à trouver un club qui lui fasse confiance compte tenu de ses antécédents.
Il faudrait réfléchir à des sanctions financières a posteriori pour le club fautif (à travers son joueur) dont le produit alimenterait un fonds d’indemnisation pour les joueurs à la carrière prématurément suspendue ou interrompue.
Bien sûr, on terminera avec une pensée sincère pour Julien OUTREBON dont on suivra régulièrement la convalescence. Vivement son retour sur la pelouse troyenne, en pleine possession de ses moyens, afin de l’applaudir chaudement !









