"La vieillesse est un naufrage" disait Charles de Gaulle, l’homme dont Robert Galley fut le compagnon de route. Cette maxime pourrait, si nous étions cruels, s’appliquer à ce vaillant Robert Galley qui offre aujourd’hui, dans les colonnes de Chapi-Chapo la preuve que toute sa vie, on peut dire des âneries.
S’il conserve, nous dit-on « intacts son esprit, ses souvenirs et sa capacité d’analyse », ce bon vieux Bob semble, sur le nucléaire avoir embarqué dans le Titanic du ridicule. Dépassé par le temps, submergé par le flot du progrès et de la connaissance,l’ancien ministre jette sur la question de l’énergie un regard et une analyse d’une autre époque. Pire, il s’adresse à nous, pauvres citoyens, comme si nous étions encore les masses incultes à qui l’on pouvait imposer n’importe quelle ânerie, pourvu qu’elle vienne d’un esprit soit-disant éclairé...
Robert Galley vole au secours du nucléaire
Monsieur Galley sort donc de sa réserve pour voler au secours de l’industrie nucléaire actuellement menacée. « L’électricité actuellement produite en France se situe à moins 40 % du prix moyen de l’électricité issue des centrales à gaz et à charbon. » nous dit-il. Peut-être... Mais le prix de l’électricité, mon cher Robert, est loin de dépendre du seul combustible utilisé. La main d’oeuvre, les taxes, les investissements, les subventions directes ou indirectes, la prise en compte (plus ou moins réelle) des coûts de démantèlement... sont autant de facteurs à considérer lorsqu’on veut comparer le plus objectivement possible le coût de l’électricité.
Si Robert Galley vous aviez voulu sortir de votre rôle de lobbyiste, si vous aviez voulu approcher un peu de l’objectivité, vous auriez évoquéles études réalisées par l’AIE [1] sur le coût des grandes filières thermiques. On y apprend, pour aller vite, que le charbon et le gaz permettent de produire de l’électricité à un coût sensiblement identique (parfois meilleur) que le nucléaire. Mais là n’est pas le plus important. Vous omettez, mon bon vieux Robert, de préciser que le prix de l’électricité nucléaire ne prend pas en compte les externalités nombreuses, infiniment coûteuses et pour le moment in-quantifiable liées à la gestion des déchets sur des millions d’années ou au démantèlement des centrales dont personne ne sait ce qu’il nous réserve ! Peut être notre électricité est-elle moins cher qu’ailleurs. Peut-être... mais c’est parce que nous laisserons la facture aux générations futures. Nous laisserons aussi des déchets. Ces déchets pour lesquels, je ne peux résister à l’envie de rappeler ce que vous disiez en 2006 : « Mettre des déchets en terre, c’est un peu comme si on recréait une mine d’uranium. ». Et une marée noire, c’est un nouveau gisement de pétrole ???
Le vieux refrain de l’indépendance énergétique
Tel un vieux refrain, vous évoquez, monsieur Galley, l’indépendance promise par le nucléaire. Dans un moment de lucidité, heureusement, vous en parlez au passé. Car cette fameuse indépendance, dont on nous rabat les oreilles n’est plus qu’un mythe. Plus aucune mine d’uranium n’existe en France. Et comme pour le pétrole, le charbon ou le gaz, il faut aller chercher la matière première nécessaire à nos centrales dans d’autres pays. [2]
Le traineau électrique du Père Noël allemand est tombé en panne à cause de ces imbéciles d’écolos !
Le sommet est atteint lorsque, mon bon vieux Bob, vous évoquez les énergies renouvelables dont vous expliquez, pour les pauvres imbéciles que nous sommes, les terribles contraintes : « L’éolien ne fonctionne que s’il y a du vent, et le photovoltaïque nécessite du soleil. ». Et l’eau mouille serions-nous tentés d’ajouter. « Souvenons-nous, précisez-vous, de ce qui s’est passé en Allemagne voilà quelques années, au moment de Noël, lorsqu’ils ont subi d’importantes coupures d’électricité en raison de l’absence de vent, malgré toutes les éoliennes installées le long de la mer du Nord. ». Souvenons-nous aussi des problèmes de traineau du Père Noël ! Si plus loin, vous qualifiez « l’antinucléarisme des Verts d’imbécile », il faut admettre que par cette analyse des problèmes allemands, vous avez atteint l’Everest du « Grand n’importe quoi ». D’ailleurs, avez-vous vu les allemands abattre les arbres dans les villes pour pouvoir se chauffer ? La machine économique et industrielle allemande a-t-elle été sérieusement victime de ces coupures ? A-t-on assisté à un black-out en Teutonie ? Tout cela est parfaitement ridicule, totalement indigne d’un ancien ministre. Car aujourd’hui, monsieur Galley, nous risquons, nous aussi, malgré nos 75% d’électricité nucléaire, des coupures. Non pas parce que les allemands sont sortis du nucléaires, non pas parce qu’il n’y pas assez de vent, pas assez de soleil, ou trop d’écologistes imbéciles, mais principalement parce que, par votre faute, la France a mis depuis 40 ans ses œufs dans le mêmes panier radioactif. Parce que depuis 40 ans, l’État, à votre initiative, a développé, d’une manière totalement démentielle, comme nulle part ailleurs dans le monde, le chauffage électrique [3]. Parce que des hommes, comme vous, croient encore que l’on pourra consommer toujours plus d’énergie, plus d’uranium, plus de pétrole, plus de charbon.
Comme vous le dites, à propos de l’accord entre écologistes et socialistes : « C’est scandaleux de faire l’échange d’un réacteur contre des circonscriptions aux prochaines élections législatives ». Je partage votre point de vue, même si je crois que le scandale est d’avoir lâché l’abandon de l’EPR pour quelques circonscriptions. Mais plus scandaleux encore, plus imbécile est de continuer à croire qu’on pourra résoudre la question énergétique en s’acharnant à développer une industrie nucléaire coûteuse, dangereuse et de toutes les manières vouée à disparaître par la raréfaction des ressources en uranium.












