D’aucuns considéraient les écologistes trop gourmands dans leur négociation avec le PS. Eva Joly, Cécile Duflot, Yannick Jadot, JV Placé répétaient d’ailleurs à l’envie qu’ils ne transigeraient pas : Pas d’accord avec le PS si ce dernier ne renonçait pas au nucléaire, à l’EPR et à l’aéroport de Notre Dame des Landes [1].
C’était une question de principe, une question d’honneur, d’ADN politique aussi. Et les responsables, la main sur le coeur, expliquaient combien le drame de Fukushima ne pouvait s’accommoder d’accords politiciens...
Fort heureusement pour les socialistes, les écolo sont des politiciens comme les autres. Pour quelques places, ils peuvent s’accommoder de tout et se renier sans la moindre honte ni pudeur. Le confort d’une vingtaine de sièges de députés aura ainsi eu raison des prétentions d’Eva Joly. Quand à Cécile Duflot, une circonscription parisienne, synonyme d’une victoire sans danger, aura suffit à faire plier ses convictions anti-nucléaires. Résultat : c’est la grande braderie de l’écologie ! Le hard-discount, le low-cost de l’engagement ! Pour presque rien, les socialistes sont parvenus à un accord des plus avantageux, faisant d’EE-LV le nouveau petit satellite politique du PS.
L’EPR de Flamenville ? On continue
L’aéroport de Notre Dame des Landes ? On poursuit
La proportionnelle ? On verra
Un grand ministère de l’écologie ? Une autre fois
L’EPR, c’est du nucléaire pour 50 ans
Seul gain (et quel gain !!!) une promesse pour les gogos : celle de réduire d’ici 2025, la part du nucléaire à 50% par la fermeture de 24 réacteurs. 2025, ça ne mange pas de pain comme engagement pour un président et une majorité qui ne seront élus que jusqu’en 2017 ; ça laisse surtout la responsabilité de cette promesse aux deux successeurs de Hollande ! Il faudrait en effet, fermer 2 réacteurs par an pour tenir cet engagement. Pour Hollande, cela fait 10 réacteurs à fermer en 5 ans. Lesquels ? A part, l’arrêt promis de Fessenheim (2 réacteurs concernés) qui sera presque totalement compensé par la mise en service de l’EPR de Flamanville, il n’y a rien dans l’accord signé hier. Autrement dit, il y a fort à parier qu’à la fin du mandat de Hollande, si celui-ci l’emporte en 2012, la part du nucléaire n’aura pas varié d’un iota !
Et puis, ne nous faisons aucune illusion. Eva, Cécile Duflot, mais aussi Corinne Lepage (l’autre candidate écologiste) l’ont fort bien expliqué. L’EPR de Flamanville est une « tête de série » industrielle. Autrement dit, sa construction sera la première d’une plus ou moins longue liste d’autres réacteurs EPR. Sauf à croire qu’on peut faire un régime en dégustant un bon cassoulet, il n’y aura par de sortie du nucléaire possible, ni baisse significatif de cette énergie, si l’EPR se fait.
Des convictions bradées contre des circonscriptions
Que reste-t-il aux écolos après avoir si grossièrement renoncer à leurs engagements ? Pas grand chose si ce n’est 15 à 30 députés qui ne pourront même pas jouer les arbitres. 15 ou 30 députés en échange desquels, EE-LV renoncera à se présenter dans quelques centaines de circonscriptions, peut être dans l’Aube... S’agissant des présidentielles, Eva Joly devra maintenant porter le lourd fardeau du reniement dans une campagne où les uns et les autres ne manqueront pas de lui rappeler ses engagements mille fois répétés. « Nous ne sommes pas prêts à brader nos idées pour quelques circonscriptions », déclarait-elle encore le 13 novembre dernier... Un fardeau d’autant plus lourd que l’ex-magistrate l’avait emporté, lors de la primaire écolo, en faisant de cette intransigeance sur le nucléaire, l’un des principaux arguments pour battre un Nicolas Hulot jugé alors trop complaisant sur l’atome.
Pour conclure, cette phrase publiée sur le net par un écologiste en colère : « Avant de faire de la politique autrement, faudrait voir à ne pas en faire n’importe comment »
Mise à jour du 16 novembre à 13h35.
La tartuferie se poursuit. On vient en effet d’apprendre, par le biais du site Médiapart (confirmé par le porte-parole du PS, Benoit Hamon), que le paragraphe concernant l’abandon du MOX (combustible nucléaire, notamment utilisé dans l’EPR), a été retiré de l’accord sous la pression d’AREVA !!!
Pour Benoit Hamon, ce point a été retiré provisoirement" afin de "clarifier" une "différence d’interprétation" entre socialistes et écologistes. "Ce point ne fait pas l’objet d’un désaccord" entre les deux partis, a assuré le porte-parole du PS, mais "d’une différence d’interprétation". Il a souligné que les négociateurs PS allaient "en reparler avec leurs partenaires d’EELV". (Source : Le Figaro)
[1] Patrick Cohen (l’interviewer) : « Maintenez-vous qu’il n’y aura pas d’accord avec le PS sans un arrêt du chantier EPR de Flamanville ? » Eva Joly : « Je maintiens cela. » Voir en ligne : http://www.dailymotion.com/video/xm...











