Les associations membres de La Fédération Grand-Est STOP Déchets Nucléaires remercient le valeureux journaliste du JHM, ainsi que son rédacteur en chef, pour l’article publié le 5 novembre dernier, dans la rubrique PRIX CITRON :
La corde sensible Nous l’avons écrit récemment : Le HCTISN, Haut comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire a rendu ses conclusions expliquant l’échec du processus lancé en 2008 par l’Andra pour trouver une commune d’accueil pour les déchets nucléaires FAVL. Ce même comité dit que l’Etat devra davantage se mouiller s’il veut convaincre un territoire.
Il lui est même conseillé de promouvoir ce projet comme un acte de civisme, plus exactement comme un service rendu à la Nation.
Pas sûr que l’argument fasse mouche. D’autant qu’il est aussi préconisé que le futur territoire d’accueil de ces déchets à faible activité et à vie longue abrite déjà... des installations nucléaires. Ben voyons.
Effectivement dans le rapport du groupe de travail sur le stockage des déchets radioactifs FAVL du Haut Comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire, on peut lire :
« L’Etat doit afficher le caractère d’utilité publique et de service rendu à la Nation du stockage des déchets FAVL. »
L’expression service rendu à la Nation interpelle. On repense à l exposé des motifs du projet de la loi Bataille de 1991, qui mentionnait que les mesures d accompagnement prévues à l article 12 devaient marquer la reconnaissance de la Nation.
C est la même logique. Ici, reconnaissance. Et là, service rendu. Quand on recherche à quoi cette notion renvoie, on trouve beaucoup d uniformes : il s agit d’une notion militaire.
Omniprésente dans l armée, et dans la gendarmerie. Coté reconnaissance, citons la « médaille de reconnaissance de la Nation » délivrée aux anciens combattants d Afrique du Nord, entre autres.
Bref, il est question de sang versé pour "la bonne cause".
Résumé : qui rend service à la Nation ? En général des militaires, des appelés, ou des gendarmes.
Qui a droit à la reconnaissance de la Nation ?
Les poilus de la Grande Guerre. Ceux qui ont versé leur sang pour la Nation (donc à titre posthume) et ceux qui reviennent vivant de ces conflits dangereux. Des gens qui ont été envoyés au front dans la logique d un intérêt collectif supérieur, et qui ont sacrifié une part de leur vie au « bien commun », sans l’avoir choisi.
Sortons de cette logique pour revenir à la gestion des déchets nucléaires. Aucun rapport à priori.
L’ANDRA nous assure que la gestion des déchets ne présente aucun danger pour la santé des riverains de sites de stockage ou d entreposage. Les compensations, les fameuses « mesures d accompagnement » prévues par la loi Bataille ne sont là qu en contrepartie de nuisances industrielles : passages de bulldozer, de camions, de foreuses. Du bruit et de la poussière. Rien de bien méchant. Rien à voir avec la santé publique ou l’environnement. Et surtout pas la compensation d une diffusion radioactive dans l’environnement, diffusion qui serait potentiellement responsable d une dégradation progressive de la santé publique dans les zones concernées. Bien sûr. On est en France : la santé de la population, ça ne s échange pas contre des euros, même des millions d’euros. Un Etat, une république telle que la notre ne peut pas programmer une dégradation prévisible de la santé des résidents d une zone territoriale lambda, et la compenser par des mesures d accompagnement financières. Ce serait immoral. Ce serait invraisemblable.
Bien sur. Ca, c est le discours conscient. Mais un discours inconscient émerge des vocables choisis et nous révèle les enjeux d une autre bataille. D abord, la reconnaissance de la Nation est inexorablement liée à l idée de Nation en Danger.
C était le cas pendant la Guerre d’Algérie (rappelons que la IVème République n a pas survécu à ce conflit). C’est le cas plus généralement lors de tout conflit armé.
Y aurait-il donc une notion de danger, omniprésente, menaçante, dans cette affaire de gestion des déchets nucléaires ?
Bien sur, la radioactivité est dangereuse, c est donc à un ennemi « atomique » que la référence fait sobrement allusion. Mais allons plus loin. Les médaillés ont mis leur vie en jeu (sans avoir eu le choix d ailleurs) pour rendre service à la Nation. L inconscient du législateur nous indique que les civils qui accepteront (sans l avoir choisi, eux non plus) un centre de stockage ou d’entreposage de déchets radioactifs mettront leur corps en jeu, qu ils lutteront, et que peut être ils périront.
Bien entendu, moins massivement que lors d un conflit armé, quoique. Qui connait le nombre véritable de victimes de Tchernobyl et Fukushima ?
Cependant, en France, le cumul des faibles doses de radioactivité n a pas de conséquence sur la santé humaine. C est un refrain, un leitmotiv. Et il ferait beau voir qu on finance des études sérieuses pour prouver le contraire.
Bref. L’ennemi invisible, derrière un mur ou dans un trou, c est la radioactivité. Elle est niée dans sa dangerosité, ou alors on prétend prendre assez de précautions pour contenir cette dangerosité, mais les mots ne trompent pas.
La reconnaissance de la Nation se gagne au champ d honneur. En douteriez-vous ?
L’œuvre du lobby nucléaire, encadrée par les lois d un Etat qui ne croit plus pouvoir faire d autres choix énergétiques que ceux, anciens déjà, du gaullisme, est une œuvre de fossoyeurs. Mais l’inconscient du législateur parle, sa culpabilité affleure.
On saura, dans quelques générations, combien seront morts au front. Il suffira de compter. Mais pour compter il faut un peu de recul, quatre ou cinq générations. D’ici là, les gens auront compris, tout seuls, et sans coûteuse enquête épidémiologique, qu il ne fait pas bon voisiner avec un centre de stockage ou d entreposage de déchets radioactifs.
Ils ne seront pas morts pour rien. Ils auront rendu service à la Nation.Mais les décideurs, eux, sont à l arrière. Loin des radiations. Loin des fûts, loin des alvéoles, et à l’écart des tranchées.
C est de bonne guerre n’est ce pas ?
La Q.V. http://www.villesurterre.com













