EELV (Europe-Ecologie pour les allergiques aux sigles à rallonge) est au pied du mur. Lancée dans la course à la présidentielle, l’organisation politique dont je reste proche, négocie parallèlement avec le parti socialiste un accord programmatique et électoral. Il faut hélas reconnaître que pour le moment le parti de Cécile Duflot et d’Eva Joly semble empêtré dans ces négociationset dans des perspectives électorales sombres.
Une campagne qui ne décolle pas
Empêtré d’abord parce que la campagne d’Eva Joly ne décolle pas. Le score de l’ex-magistrate est pour l’instant estimé entre 3 et 6%. On est loin des espoirs d’un résultat à deux chiffres dont rêvaient les écolos pendant leurs primaires. Or des négociations sereines et profitables ne peuvent avoir lieu que si les partenaires sont, à peu près, sur un pied d’égalité ; si surtout la victoire de l’un est indispensable au succés de l’autre (et vice-versa). C’est loin, très loin, d’être le cas car il faut reconnaitre que le PS n’a pas besoin des écolos pour l’emporter.
Un grand malentendu politique
Empêtré également dans un grand malentendu politique. Les actuelles négociations portent sur un accord « législatif ». Or, ces élections législatives sont, depuis la mise en place du quinquennat, intiment liées à l’élection présidentielle. Dit plus simplement, vous ne pouvez pas négocier un accord « législatif » sans prendre en compte le poids politique déterminé par l’élection présidentielle qui reste "la mère" de toutes les élections. L’attitude la plus cohérente et démocratique devrait consister à attendre le verdict des urnes (celles de la présidentielle) pour négocier, entre la présidentielle et les législatives, le meilleur accord possible en fonction du poids respectif de chacun. L’autre possibilité serait de négocier avant la présidentielle dans un processus global où les écologistes pourraient retirer leur candidature (c’est le seul atout objectif qu’ils possèdent) en contrepartie du meilleur accord possible (sortie du nucléaire, mise en place de la proportionnelle...).
Ici, Europe-Ecologie n’a choisi ni l’une, ni l’autre de ces possibilités. Les écologistes veulent négocier un accord législatif avant de connaître le poids qu’ils représentent, qui plus est, avec un partenaire largement favori de l’élection ! Autrement dit, ils veulent le beurre (la sortie du nucléaire), l’argent du beurre (30 circonscriptions gagnables) et le sourire de la crémière (en l’occurrence celui d’Eva Joly pour la présidentielle). En toute logique, compte tenu des sondages actuels, les socialistes leur répondent qu’avec 3 ou 4%, ils n’auront pas plus que ce qu’ils méritent, c’est à dire presque rien !
La barre très haute, trop haute...
Empêtré encore dans les exigences exprimées. Forts des bons résultats obtenus lors des derniers scrutins, forts de l’émotion provoquée par Fukushima, les écolos ont mis la barre très haut, trop haut peut être, en réclamant la sortie du nucléaire. Ils en font même la condition sine qua non pour tout accord. Cette sortie ne peut évidemment pas se concevoir sans l’abandon immédiat de l’EPR de Flamanville. Ces exigences ont été répétées à l’envie par Eva Joly (c’est d’ailleurs l’un des éléments qui lui a permis de battre Nicolas Hulot lors des primaires écologistes). Impossible sur ces deux points de faire marche arrière. Or, François Hollande s’il envisage une intéressante réduction de la part du nucléaire, refuse de parler de « sortie du nucléaire », et encore moins d’abandonner l’EPR. Accusé de mollesse, on voit mal comme le candidat socialiste pourrait faire simultanément marche arrière sur ces deux points (Sortie du nucléaire et abandon de l’EPR).
En cas d’échec, c’est quitte ou double
Sauf à lire demain des reniements inimaginables ou des contorsions rhétoriques improbables, l’accord entre les écologistes et les socialistes semble parfaitement impossible. Ce sera alors le quitte ou double pour Europe-Ecologie.
Ou Eva Joly profite de cette rupture pour véritablement apparaitre comme une alternative indépendante aux socialistes. Elle parvient alors à percer dans les sondages et tout redevient possible ;
ou la candidate écologiste reste engluée à moins de 5% et le rêve de Cohn-Bendit tourne au cauchemar.












