NDLR : Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.
C’aurait pu être moi, ce corps sans tête songeait la Souris en remontant de la Spirale, sur sa mobylette pétaradant sous l’effort. Il a raison le Capitaine, faut que je fasse attention à ne pas me fourrer dans les emmerdements sous prétexte de faire un bon papier. Vu ce que le Daubé Eclair la payait, ça n’en valait vraiment pas la peine, encore moins le risque. Pour ce qui est de Bourmain, sur il avait du marcher sur les plates-bandes de quelqu’un. Peut-être bien du Sénateur Président à vie. Et si le Capitaine avait raison et que le message vienne de lui ou de son entourage ? Ce qu’il lui avait révélé sur le passé du Sénateur l’amusait beaucoup. Sa première réaction avait été « Putain, c’est un papier pour le Carnard ça ! ». Mais le regard glacial que lui avait jeté l’ancien marin, l’avait tout de suite convaincue. On se calme ma cocotte, on se calme.
Elle en était là de ses cogitations lorsqu’elle vit une voiture arriver sur elle à toutes blindes. Pas une voiture noire, une officielle de la Mairie. Une berline vert foncé, anonyme, qui roulait au moins 90km/heure en plein centre ville. Prudemment elle se rapprocha du trottoir, s’arrêta au feu orange et laissa le bolide griller le rouge sous son nez. Elle eu tout le temps de voir les deux occupants assis à l’avant. L’un conduisant, l’oeil fixé sur la route, le front soucieux ; l’autre, le téléphone rivé à l’oreille, l’air visiblement très en colère qui vociférait dans le combiné. La vitre passager étant baissée, elle eut le temps de saisir quelques mots de ce que Chafouin était en train de hurler à son interlocutrice « Putain mais puisque je te dis que je ne peux pas rentrer ce soir. Je vais voir qui tu sais dans les conditions que tu sais.... ». La suite se perdit dans le vent. Chafouin était devenu si rouge que le conducteur ne le quittait pas des yeux et faillit écraser un gosse qui traversait sur les clous au feu suivant. « Tu me casses les couilles parce que je vais rater le diner avec la soeur de ,Marla s’égosillait le Maire. Tu sais bien que j’en ai rien à foutre de l’autre nabot et que plus je me tiens éloigné de sa cour italienne, mieux j’me porte ! ». Il raccrocha, respira un grand coup, et essaya de se détendre. Le pire était à venir.
La journaliste fonçait maintenant vers le Daubé. Il lui fallait au plus vite voir le rédac chef, et s’asseoir devant un ordi pour taper le premier d’une longue série de papier. Dans celui-là elle se contenterait de révéler l’identité de la tête et la présence d’un second cadavre. En conclusion elle lancerait la piste d’une possible acointance du meurtrier avec les milieux politiques locaux. Sans nommer le Sénateur Président à vie que Chafoin et son dirlo allaient de toute évidence voir, pour ne pas à son tour se retrouver dans le Canal. Elle gara sa mob sur le parking ombragé du Daubé Eclair. Une phrase la hantait, ça lui arrivait parfois et c’était toujours le signe de quelque chose. « L’héroine était trop pure ». Que devait-elle y comprendre ? S’agissait-il d’héroine, de schnouff , ou d’une héroine inconnue ? La belle du Canal par exemple. Mais trop pure pourquoi serait-elle trop pure ? Elle sursauté quand son téléphone sonna. C’était Otto. Sa voix était aigue, surexcitée« Fais gaffe à tes fesses, ma grande ! Je sais qui a tué la meuf du canal, c’est.à cause d’une histoire d’éoliennes .... »






