L'article

27
octo
2011

Fouchy, ou le prix des externalités positives...

Les étangs de Fouchy coûtent trop chers et ne rapportent rien. En tout cas, c’est ce qu’avance Olivier Girardin pour réclamer une aide du Grand Troyes ou à défaut faire payer aux non-chapelains l’entrée du parc. Ne revenons pas sur ces éléments pour lesquelles le débat a déjà lieu.

Interrogeons-nous sur cette vraie-fausse évidence : « Les étangs de Fouchy coûtent trop chers et ne rapportent rien ». C’est au nom de ce constat et de sa supposée pertinence qu’Olivier Girardin estime devoir faire payer les non-chapelains. L’hypothèse ainsi posé par la municipalité chapelaine montre déjà que l’on considère l’environnement comme une charge qu’il faudrait réduire ou, tout au moins, faire supporter par d’autres. Or, une autre lecture de cette question, plus globale, plus systémique, plus écologique amène à prendre en compte les multiples richesses, les externalités positives, produites par ces espaces verts.

Les externalités positives ?

C’est ici qu’interviennent donc nos « externalités positives  ». Pour comprendre le sens de cette notion, arrêtons nous sur l’exemple de l’apiculteur popularisé par James Meade :

« L’apiculteur profite de la proximité de l’arboriculteur et obtient un miel de meilleure qualité qu’il pourra vendre à meilleur prix et cela gratuitement. L’arboriculteur ne sera pas payé pour le service indirect qu’il a rendu à l’apiculteur. Il s’agit dans ce cadre d’une externalité positive. Mais l’arboriculteur profite aussi gratuitement de la pollinisation de ses arbres, ce qui améliore son rendement sans avoir recours à de coûteuses méthodes manuelles, et la pollinisation aléatoire des abeilles enrichit aussi la diversité génétique qui permet aux plantations de mieux résister à d’autres affections ou maladies. L’externalité est positive dans les deux sens. »

Vous l’aurez compris, l’externalité positive désigne donc une situation où un ou plusieurs acteurs sont favorisés gratuitement par l’action d’un autre acteur. Les rétro-actions sont possibles, comme dans le cas de James Meade et alimentent alors un système « gagnant-gagnant ». Pour les écologistes, cette question des externalités (qu’elles soient positives ou négatives) est déterminante dans la nouvelle grille de lecture qu’ils portent sur notre société.

Revenons à nos poules de Fouchy

Mais revenons à nos moutons, plutôt nos poules et nos étangs de Fouchy. Pour prendre sa décision, le maire de La Chapelle semble s’être appuyé sur les indicateurs classiques de la bonne vieille gestion « à papa » :
- Le parc coûte plusieurs dizaines de milliers d’euros et rapporte 0.
- Plusieurs milliers de personnes le fréquentent chaque année
- Parmi elles, 85% ne sont pas chapelains.

Conclusion, pour qui se base sur ces indicateurs comptables, la charge doit être répartie sur les non-chapelains, soit à travers une subvention du Grand Troyes, soit en encaissant un droit d’entrée à ces "étrangers" (avec toutes les conséquences négatives d’une telle décision comme l’inévitable chute de la fréquentation).

Vous le comprenez, personne ne semble avoir pris sérieusement en compte les externalités positives liées à ces étangs. Et pour cause, puisque nous ne disposons d’aucun d’indicateur fiable et objectif pour les mesurer. Or, ces externalités existent et méritent d’être intégrées dans la réflexion. Le parc joue d’abord, comme tous les espaces verts, un évident rôle écologique : réservoir de biodiversité, purificateur naturel d’air, régulateur thermique et hydrologique... Aussi gratuits soient-ils, ces services ont une valeur que l’on pourrait parfaitement estimer [1]. A cela, il faudrait également mesurer les services sociaux et éducatifs délivrés par ces étangs (et qui ne pourraient plus être rendus si d’aventure le parc devenait payant). Comment les estimer ? Quelles valeurs leurs donner ? Là encore, nos modèles, nos vieilles habitude se heurtent à l’absence de nouveaux indicateurs de développement.

Reste que, même si nous parvenions à estimer la valeur de ces services, il conviendrait d’intégrer ces externalités positives afin de compenser le coût budgétaire qui, lui, est bien connu. Dit autrement, comment faire pour que les Etangs de Fouchy, qui créent bien plus de richesses (sociales, environnementales, éducatives...) qu’on ne le croit, récupèrent les fruits de ces richesses ? Vaste affaire...

Et si le Grand Troyes devenait le régulateur de ces externalités ?

On comprend déjà que le Grand Troyes a, ici, un rôle à jouer, car ces fameuses externalités dépassent le simple périmètre de la ville de La Chapelle. On comprend ensuite que ce rôle peut passer par le jeu des taxes et des subventions, seule manière d’intégrer les externalités négatives (taxe carbone, taxe sur les sur-consommation d’eau...) tout en permettant la juste rétribution des externalités positives (subventions). il ne s’agit donc pas de voir le Grand Troyes comme un guichet à subventions, mais bel et bien comme le régulateur, à moyen et long terme, des externalités positives et négatives. La demande faite par Olivier Girardin auprès du Grand Troyes pourrait donc parfaitement se justifier à condition, d’une part, de prendre en compte toutes ces externalités (et pas seulement le pourcentage de non-chapelains fréquentant le parc...), et d’autre part, d’intégrer les autres parcs et jardins de l’agglomération qui, eux aussi, génèrent des externalités positives.

On voit finalement que cette polémique sur les étangs de Fouchy, loin de n’être qu’une simple affaire financière, interroge sur le regard que nous portons sur notre société et la prise en compte de nouveaux indicateurs pour mesurer le développement.

notes :

[1] Pour les seules productions agricoles destinées à l’homme des chercheurs ont estimé que le service de pollinisation pouvait être estimé à 153 milliards d’euros



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Les commentaires (6)

Fouchy, ou le prix des externalités positives...
  • Commentaire 50290 Keynespasmort
    le 27 octobre 2011  à 09:41

    Très fin ce commentaire !:-)
    On peut faire le paralléle avec la crise économique actuelle européenne, mondiale.
    Les communes de l’agglo et le grand Troyes ou l’Europe et ses différents pays ou le commerce mondial et ses pollutions externalisées.
    Intérêt local et intérêt global ?

  • Commentaire 50295 PH
    le 27 octobre 2011  à 15:44

    Merci !

    Oui, effectivement, le parallèle est évident avec d’autres questions qui agitent notre pays ou notre planète. L’exemple de la taxe carbone est le plus facile à appréhender, d’autant que depuis le début de l’ère industrielle on a considéré que dame nature pouvait nous fournir de façon infinie les ressources naturelles. Or, ce mirage tend à disparaître et nous oblige à considérer le coût (externalités négatives) de l’épuisement de certaines ressources.

    Mais en plus, la question de ces externalités, nous obligerait à changer notre regard sur de nombreuses problématiques, à intégrer la complexité des sujets, à prendre en compte le long terme.

  • repondre Répondre



  • Commentaire 50291
    le 27 octobre 2011  à 09:45

    Ce qui revient à dire que (dans l’Humain), on ne doit JAMAIS traiter un problème. On doit DEJA considérer dans quelle(s) globalité(s), il s’inscrit. Et c’est l’orientation de ces globalités qui permettra de résoudre le problème qui, phénomène archi connu, n’existera plus !!! En effet, ayant pris une vue globale, plus haute, les responsables verront que ce problème n’était QUE le symptôme d’autre chose (et chacun sait qu’on ne traite pas un symptôme).

    Encore faut-il que les dits Responsables pensent, veuillent, sachent regarder plus large que le bout de leur mandat !!!!

    Ça c’est un problème.
    Mais comme (dans l’Humain), on ne doit pas traiter le problème apparent, le fait que les élus dans leur immense majorité agissent pour leur mandat, quelle est la vue globale qu’il faut prendre ?

    L’abnégation : peut-on penser à des personnes politiques dont la pensée de base serait de dire (et agir réellement en ce sens) : je ne suis là QUE pour quelque temps et je ne dois servir QUE le projet global.

    Bon. Pas gagné.
    Toutefois, maintenant que Mr GIRARDIN, homme de bonne volonté semble-t-il, est informé de la Pensée Globale (mais des moments de formation plus profonds sont possibles....), comment va-f-il faire pour proposer cette vue globale aux autres ?????

    Ça c’est un problème.
    Mais comme (dans l’Humain), on ne doit pas traiter le problème apparent, le fait qu’il n’y arrive pas, ne sache pas, est le symptôme que notre système de penser en général est obsolète....

    En voilà un vrai projet de société (même si, dans un premier temps, il pourrait se circonscrire à la chapelle saint luc) : arriver à générer un autre système de penser chez mes concitoyens... (plutôt que de chercher des responsables/coupables).

    Attention, le "comment" penser, n’a absolument rien à voir avec le "quoi" penser. Il est bon de le préciser, car la résistance au changement va générer nombre et nombre de commentaires aussi stériles que négatifs (peut-on éviter les commentaires injurieux et/ou ras des pâquerettes ??? merci)

    repondre Répondre



  • Commentaire 50304 realisme
    le 28 octobre 2011  à 11:09

    Je trouve que les idées que vous développez sont très intéressantes mais elles sont utopiques. mr baroin n’en a rien à faire de l’écologie.

  • Commentaire 50318 PH
    le 28 octobre 2011  à 15:57

    Je ne sais pas si il se fiche de l’écologie. Mais est-il plus sensible sur l’origine de la fréquentation du parc ? J’en doute... Par contre, je crois que la perspective que je donne n’est pas utopique. Elle pose la question de la prise en compte du long terme et d’une approche globale qui, c’est vrai, ont un peu quitté les préoccupations politiques au profit du local et du court terme.

    Ce n’est pas non plus utopique parce que, derrière, vous l’aurez vu, il y a des outils de régulation très concrets et qui sont parfois déjà en place. La taxe carbone, sous différentes formes, existent dans plusieurs pays européens.

  • Commentaire 50323 glob
    le 28 octobre 2011  à 17:50

    Localiser pour mieux globaliser.
    Un Ministre des finances comprend certainement qu’il est bénéfique économiquement d’aller passer une matiné avec une famille plutôt au parc de Fouchy que de se déplacer à un parc d’attraction situé en Belgique ou en Allemagne ou au Royaume Uni.
    Gain en temps et finance au niveau transport.
    Gain sanitaire au niveau pollution.
    Moins de risque d’accidents de trajet.
    Gain de devise pour le RU.
    On se préoccupe de la dette financière, mais il y aura une autre dette que les générations futures devront payer c’est le gaspillage des ressources fossiles, l’épuisement des terres nourricières et leurs pollutions par les pesticides.
    Une juste politique serait de tout prendre en compte, la dimension globale et temporelle,mais qui soutiendrait cela ?
    Est-ce que Baroin se moque de l’écologie et du parc de Fouchy, on peut penser que non, il agit en fonction des priorités du moment et des intérêts de ceux qui l’ont élu.
    Il est dans l’immédiat et dépassé par les événements qui auraient mérité la prise en compte des externalités positives et négatives.
    La priorité semble la dette financière et la crise systèmique, ajouter le déréglement climatique et la raréfaction des énérgies montre la nécessité de tout remettre à plat et de ne pas replatrer comme on le fait actuellement en vain.

  • repondre Répondre



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