L'article

9
octo
2011

Orchestre symphonique de l’Aube : « Au fou ! Au fou ! »

Il y a toujours un moment de culpabilité à s’assoir tranquillement dans une salle de concert pour passer un moment exceptionnel alors que le monde va si mal. Un sentiment de privilège dont on se défend maladroitement comme Marie-Antoinette qui voulait donner de la brioche à ceux qui réclamaient « du pain »… Car vraiment il y a des moments où l’on se sent privilégié… Un de ces moments exceptionnels, non exempt de culpabilité, nous a été offert ce dimanche matin avec l’Orchestre symphonique de l’Aube.

Brahms, Kabalevski, Connesson, Ravel, un programme éclectique dont on ne percevait pas la logique avant le concert « Du romantisme au Boléro de Ravel », OK, mais Connesson là-dedans ?

Et bien, « Aleph », cet œuvre de Connesson (que je ne connaissais pas, moi) a été une des bonnes surprises de ce concert. Je suis « allergique » à la nouveauté pour la nouveauté, vous le savez, et j’avais déjà des frissons de déplaisir quand on m’a présenté l’œuvre comme celle d’un « contemporain ». Mes mauvais souvenirs de musique dodécaphonique, de dissonances et d’arythmies venant des profondeurs de mon cerveau reptilien conservateur et agressant mon hypothalamus, me faisait ressentir de l’affliction avant de connaitre l’œuvre… Comme quoi la musique est plus forte que tous les « cerveaux limbiques » et quelques belles mesures bien exécutées peuvent vous faire oublier toute vos préventions. Mais n’allons pas trop vite…

Le concert commence par la symphonie n°3 de Brahms dont tout le monde connait la mélodie du 3e mouvement. Début héroïque du premier mouvement qui vous réveille ce dimanche matin, andante calme pour arriver, sur la « langueur douloureuse » et l’exquise beauté du 3e mouvement. Certes j’ai trouvé Gilles Millière un peu « à la ramasse » ici comme s’il était mené par son orchestre au lieu de le diriger mais, on le verra cette impression disparaitra plus loin.

Kabalevsky ne m’a pas laissé un souvenir extraordinaire, j’ai moins aimé. Mais, les goûts et les couleurs…

Tout cela pour amener, comme plat de résistance, Connesson qu’on voulait rapide tellement on attendait le « Boléro ». Quelques accords, quelques notes de cuivre, on prévoyait des dissonances et on est séduit par un « lyrisme » quasi wagnérien. Là Gilles Millière a repris la main (un petit café pendant l’entracte ?) et est plus à son œuvre. Et, quand il dirige vraiment, l’OSA prend de l’ampleur, du volume, de la qualité… Pour cette matinée c’était déjà une réussite, beaucoup de néophytes comme moi on découvert un nouveau compositeur, et c’est une des missions de l’OSA. Gageons que de nombreuses personnes iront acheter les œuvres de Guillaume Connesson après ce petit moment de bonheur.

Puis vint, « last but not least », le Boléro de Ravel. Certes on connait tous, certes il n’est pas, finalement, de musique plus monotone que ces deux thèmes qui s’enchaînent successivement, certes Ravel lui-même disait que cette partition était « vide de musique… » Pourtant, pourtant ! Pourtant quand la caisse claire commence son rythme éternel, ostinato répétitif et monotone sur le pizzicato des altos et violoncelles (bravo au percussionniste qui sut dépasser son rôle de métronome pour devenir le leader du crescendo orchestral) on se prend à y voir comme la traduction de la vie, toujours pareille, toujours répétitive et pourtant toujours nouvelle… Puis la flûte commence à jouer le thème principal et là : le bonheur… Je ne connais pas le nom de la flutiste qui a eut l’insigne honneur de débuter, mais l’attaque était sûre, la mélodie juste, parfait, génial… Un torrent d’harmonie se déversant sur le théâtre de Champagne. Un instant d’exception, quelques secondes d’éternité !

La flutiste n’était pas la seule à être bonne. Les clarinettes, harpe, bassons, violons et hautbois d’amour venaient à temps et nous redisaient cette musique, tant de fois écoutée déjà, tant de fois entendue, tant de fois aimée… J’ai trouvé les « bois » un peu en-dessous du reste, pour une fois (pardon Claude…) mais l’ensemble était beau, rythmé… Et le final avec toutes les cordes, les picolos, les flutes, les saxophones, les trompettes et les trombones, s’exclamant en grosses caisses, cymbales, tam-tam et glissandos de trombones vous nouaient les tripes et vous amenaient les larmes aux yeux ! Et là Gilles Millière existait, dominait, domptait un orchestre proche du paroxysme : un vrai chef. Superbe, on en redemande…

La première du boléro en novembre 1928 fut un demi-échec, le public interloqué fut rétif à applaudir et l’une des spectatrices cria «  Au fou, au fou !  » Ravel souffla alors à son frère : « Celle-là, elle a compris !  »

Les aubois hier ont beaucoup aimé la folie de naguère comme les milliards d’hommes qui, depuis, s’extasient devant ces quinze minutes de bonheur. Les fous sont parfois des précurseurs… Comme Philippe Adnot qui avec son, auditorium déclenche les lazzis de la bonne société troyenne (il y en avait beaucoup pour critiquer doctement dans les baignoires ce matin). «  Au fou, au fou !  » diront-ils pendant encore deux ans, avant de se précipiter en foule pour y écouter de la musique en affirmant, la main sur le cœur : « Moi, j’ai toujours soutenu le projet… »



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Les commentaires (6)

Orchestre symphonique de l’Aube : « Au fou ! Au fou ! »
  • Commentaire 49937 Dominique Cauvé
    le 10 octobre 2011  à 13:27

    Trois extraits d’œuvres de Guillaume Connesson (1970- ), présentes sur YouTube, par Dominique Cauvé :

    - DISCO TOCCATA pour clarinette et violoncelle.
    http://www.youtube.com/watch?v=ifkW...

    - LES CHANTS DE L’ATLANTIDE pour violon et piano.
    http://www.youtube.com/watch?v=qymy...

    - SEXTUOR N°1 pour clarinette, hautbois, violon, alto, contrebasse et piano.
    http://www.youtube.com/watch?v=1sfz...

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  • Commentaire 49938 François
    le 10 octobre 2011  à 19:14

    J’apprécie la démarche de cet orchestre départemental qui consiste notamment à accueillir gratuitement les gamins des écoles lors des répétitions le vendredi.
    Mais, il y a des gens qui crèvent de faim aussi que ça vous plaise ou non.
    Des salles à Troyes, il y en a. Il fallait peut être penser autrement le Cube par exemple pour qu’il puisse accueillir ce genre de spectacle.
    Il fallait peut être penser à une autre forme de gestion pour gérer cette salle
    Mr Adnot veut financer une salle hors de prix pour un certain public qui peut facilement se satisfaire de salle plus modeste comme j’ai pu le faire à Estissac l’année passée.
    Le département n’a pas été foutu d’offrir le Théâtre de Champagne aux 185 collégiens de Bouilly qui ont présenté un spectacle extraordinaire devant 1000 personnes en juin dernier.
    Mr Beury vous vivez je crois dans une catégorie socioprofessionnelle qui vous rend de temps en temps suffisant.
    Autrement et vous avez raison de préciser que le Boléro de Ravel joué par l’OSA dennait de réels frissons. Bravo encore pour ce merveilleux moment.

  • Commentaire 49941 Philippe Beury
    le 10 octobre 2011  à 19:59

    Suffisant ? Je ne sais pas... Mais c’est un peu facile de traiter de "suffisant" quelqu’un parce qu’il ne pense pas comme vous...

    Sachez cependant que ma profession me fait cotoyer des gens qui n’ont rien et qui souffre... Vous pouvez penser qu’il ne faut rien faire d’autre que d’aider les pauvres... et supprimer l’art, la culture, les livres, la musique... Je ne crois pas que cela aidera les pauvres et je crois que cela augmentera la distance entre les classes sociales ! Finalement, cela permettra plus de pauvre moins cultivés donc moins aptes à sortir de la pauvreté... C’est ce que veux le Front national à Troyes et ce qu’on fait les communistes à l’Est... ce n’est pas monchoix.

    cordialement

  • Commentaire 49949 François
    le 10 octobre 2011  à 21:51

    J’apprécie cet orchestre tout comme vous
    Je suis plutôt contre le projet qui consiste à construire une salle à côté du Cube (j’ironise). et vous considérez donc d’emblée que je vais retouner ma veste dans deux ans. Je qualifie par conséquent ce raccourci de suffisant .
    Comment pouvez vous penser à ma place ? Vous croyez peut être que les gens changent d’avis comme de chemise, qu’ils n’ont pas de convictions ? Un peu d’humilité. Bon sang !
    J’espère encore avoir le droit d’être contre un projet sans être qualifié de girouette, de fachos ou que sais-je.
    Je défends les initiatives culturelles peut-être autant voire plus que vous, allez savoir...
    Je trouve effectivement que la modestie est encore une qualité.

  • Commentaire 49953 Philippe Beury
    le 11 octobre 2011  à 00:33

    Dont acte !

    Cordialement.

  • Commentaire 49957 Mistake
    le 11 octobre 2011  à 09:49

    Vous n’avez pas bien lu le projet Mr François. Cette salle ne sera pas uniquement dédiée à l’orchestre départemental. Si cela avait été le cas, vos propos auraient été tout à fait justes.

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