L'article

8
octo
2011

L’eau à Troyes, une affaire pas si limpide que ça

Les mythes nous aident encore à comprendre le monde d’aujourd’hui. Parmi ces histoires intemporelles, celle de Minos et du Minotaure devrait résonner à l’oreille des élus de l’opposition. Souvenez-vous de vos vieilles leçons de collégiens : Minos crée un labyrinthe pour enfermer le Minotaure, ce monstre mi-homme, mi taureau. Ce même Minos, après le succès de Thésée, y fait également enfermer ces deux ennemis, Dédale et son fils Icare qui, pour s’échapper, se brulera les aîles !

Quelques milliers d’années après, Minos a pris les allures de François Baroin et le labyrinthe ressemble à un insondable contrat sur l’eau ou sur tout autre sujet. C’est dans ce labyrinthe que se perdent aujourd’hui les élus de l’opposition.

La semaine dernière, la majorité soumettait au vote des conseillers un avenant au contrat d’affermage de l’eau. Déjà là, le commun des mortels doit réfléchir, sortir le dico et reprendre son souffle s’il n’est pas un adepte de la chose juridique. Pour dire les choses le plus simplement possible, si moi-même je les ai bien comprises, il s’agissait tout simplement de prolonger le contrat de Véolia pour notre fourniture en eau potable.

Sur un tel sujet, dont les enjeux sont cruciaux, un débat politique méritait d’avoir lieu. Faut-il laisser au secteur privée la gestion d’un bien si précieux ? Comment fonder une gestion de l’eau plus efficace économiquement, plus juste socialement, plus responsable écologiquement ? Finalement, quels objectifs, quels buts donner à la question de l’eau dans notre ville ? En somme, des questions simples et fondamentales qui auraient du suffire à guider le vote de chaque conseiller sur cette prolongation de contrat.

En lieu et place de ce débat, les conseillers de l’opposition se sont perdus dans le dédale de « l’avenant n°4 au Contrat d’affermage pour l’exploitation du service de distribution d’eau potable ». En témoigne cet extrait d’un article de Marc Bauland

« Alors que la ville disposait d’une occasion inespérée de faire toute la lumière sur la qualité, l’économie et l’avenir du contrat en étudiant l’hypothèse légale de l’extinction de ce contrat en 2015 grâce à l’"arrêt OLIVET", François BAROIN, suivant son adjoint Marc BRET, a opté pour le passage en force et livré l’avenir du contrat de fourniture d’eau à VEOLIA jusqu’en 2018 à des conditions qui ne sont pas acceptables. »

Et celui-ci publié, sur le même sujet, par l’autre radical, Alain Carsenti

« Le Service Juridique, toujours lui, a chiffré à près de 20 Md’€ les indemnités de rupture dues à Veolia pour un contrat caduc, allant jusqu’à soutenir, en même temps, que le délégataire (Veolia) était déficitaire sur la durée du contrat et que l’indemnité pour « perte de résultats » s’élevait à 10 M d’€ pour les 3 années (2016 à 2018), le tout sans pouvoir étayer par des chiffres vérifiables ses affirmations tant sur la valeurs des investissements résiduels que sur la perte de résultat. Personne n’a pu nous démontrer, en euros courants et en euros constants, quelle avait été l’évolution du contrat depuis 1993. »

Chacun pourra en juger : tout cela est proprement incompréhensible. Il faut s’y reprendre à une, deux, trois, quatre fois pour saisir les critiques qu’adressent ces deux élus sur le manque de transparence, le non-respect des lois ou des réglementations...

Si tous ces éléments prouvent la compétence technique indiscutable de ces deux conseillers, ils nous indiquent également combien ceux-ci, égarés dans le labyrinthe de la chose juridique, en oublient l’essentiel. En politique, comme ailleurs, la complexité des dossiers, ne doit pas faire oublier le but à atteindre et le chemin à prendre. Ici, forcé de constater que Minos François Baroin, en assommant nos élus d’opposition de chiffres et d’insondables avenants, est parvenu à leur faire perdre le chemin de la chose publique.

Car au fond, sans renoncer aux arguties techniques et juridiques, cet avenant, comme dit plus haut, aurait du amener les élus à imposer un véritable débat sur la politique de l’eau.



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