Les temps sont durs pour les partis politiques. D’autant plus que la loi interdit le financement des partis par les entreprises privées ou les collectivités locales. Et les juges veillent au grain... Heureusement, le parti communiste aubois a trouvé un moyen, apparemment légal, de contourner la loi et de remplir les caisses...
Ce moyen s’intitule : "La dépêche de l’Aube". Ce vrai-faux journal, officiellement sous-titré « hebdomadaire de la fédération de l’Aube du Parti Communiste », n’a, depuis belles lurettes, plus rien d’un organe de presse. Plus aucun journaliste n’y écrit la moindre information. Et les articles qui peuvent avoir le début du commencement d’un intérêt, comme celui paru dans le tout dernier numéro sur la réaction du président des Mutuelles de France, ne sont souvent qu’un copié-collé d’une publication vieille de plusieurs semaines ! Cela n’empêche pas "La Dépêche de l’Aube" de bénéficier encore officiellement d’une inscription à la commission paritaire [1]. C’est cette petite astuce qui permet au PC d’assurer ses campagnes et la diffusion de ses idées, légalement, à moindre coût et surtout aux frais du contribuable champardennais !
La Dépêche de l’Aube reprend les bonnes vieilles techniques du capitalisme
J’en veux pour preuve le dernier supplément, aimablement distribué dans les rues de Troyes il y a quelques semaines. A première vue, ce "8 pages" ressemble à l’un de ces nombreux gratuits sur papier glacé sans intérêt, sinon d’offrir de larges espaces publicitaires pour ramasser les milliers d’euros qui vont avec. Comme il ne faut pas effrayer la bourgeoise, l’origine politique de cette brochure figure même très discrètement au bas de la couverture. L’intérieur, du même acabit, laisse à penser qu’il ne s’agit que d’un magazine vantant les charmes de notre département dans quelques articles noyés au milieu des publicités.
Pour autant, si édulcoré soit-il, ce supplément n’en reste pas moins celui du PC aubois. Et l’argent récolté servira, n’en doutons pas, la communication politique des communistes. C’est là que les choses se corsent. Que des entreprises privées, comme le Crédit Mutuel, la Tour de Pizz ou même la société Vinci achètent quelques espaces publicitaires, admettons... Ces entreprises locales peuvent espérer une visibilité un tantinet lucrative. Et à vrai dire, si elles peuvent ainsi aider le parti communiste, c’est leur problème, même si cette publicité flirte avec la ligne jaune de la légalité [2].
La suite est nettement plus ennuyeuse... Pour ceux qui auraient hiberné, rappelons d’abord que le Conseil Régional est actuellement dirigé par la Gauche. Une gauche où le PC reste un partenaire de poids et bénéficie notamment d’une vice-présidence, celle de l’Aubois Pierre Mathieu, chargé des transports (retenez bien ce détail...).
4 pages du publicités directement ou indirectement liées à la région
Comme dit le proverbe, on est jamais si bien servi que par soi-même. Du coup, le Conseil Régional, dont les campagnes de communication sont plutôt rares dans la presse locale, s’est subitement pris d’amour pour l’organe du parti communiste au point de s’offrir 2 pleines pages de publicité. L’une vante les produits du terroir, tandis que l’autre fait la réclame pour le Pass’actif et les déplacements en TER(tiens, tiens … les TER ne seraient-ils pas le domaine de compétence de Pierre Mathieu ?). A cela, il faut ajouter trois quarts de page sur la centrale de mobilité vitici(mise en place par... Pierre Mathieu) dont on ne sait pas trop s’il s’agit d’un publi-reportage ou d’une information... et, plus surprenant encore,une publicité du groupe canadien Bombardier, fournisseur des fameux TER « bibi » de... Pierre Mathieu !
Est-il scandaleux que le Conseil Régional finance la Dépêche de l’Aube ?
Évidemment, je laisse chacun juger de l’intérêt pour le Conseil Régional de placer autant de publicités sur ce supplément de l’hebdo du parti communiste aubois.
Je laisse à chacun juger l’étrange besoin de la multinationale Bombardier de s’offrir une pleine page sur ses trains dans un gratuit distribué à quelques milliers d’exemplaires dans une petite ville de province...
Je laisse à chacun la liberté de s’interroger sur la coïncidence entre la présence du PC dans l’exécutif régionale et ses opportunes publicités.
Je laisse surtout chacun apprécier l’utilisation des finances de la collectivité régionale, de nos propres impôts, au profit direct d’un parti politique !
Car inutile de tortiller du popotin : même si les responsables communistes aubois se cacheront derrière une vieille déclaration à la commission paritaire vide de sens aujourd’hui, les sommes ainsi récoltées par ces publicités viendront soutenir chaque semaine la diffusion de ce que tout le monde considère comme la lettre d’information du Parti communiste aubois.
Vous n’êtes pas convaincu ? Imaginez maintenant si l’UMP distribuait un journal gratuit financé par la publicité du département...
[1] c’est grâce à cette inscription que La Dépêche peut encore faire croire qu’elle est, légalement, mais légalement seulement, un organe de presse
[2] La loi interdit le financement des partis politiques par les entreprises. Mais ici, la Dépêche de l’Aube, est financièrement indépendante du PC, même si les liens sont plus qu’évidents

















