Du côté de Rosières, pas très loin de Saint-André Les Vergers, la SEM énergie souhaite implanter trois unités de production d’énergie renouvelables. L’une fonctionnera grâce aux bois, l’autre grâce à la paille, et la dernière, objet de toutes les inquiétudes, s’appuiera sur le principe de la méthanisation.
La méthanisation ? Kezako ?
Le principe de la méthanisation est assez simple et n’a surtout rien de très novateur dans l’Aube. En compagnie de deux responsables écologistes, j’avais d’ailleurs, en février 2010, pu visiter une unité de méthanisation, dite « à la ferme », en fonctionnement dans notre département. Pour en comprendre les principes généraux, vous pouvez lire ou relire l’article intitulé : Méthanisation : Tout est bon dans le cochon aubois !
Pour faire vite, rappelons simplement que la méthanisation s’appuie sur la décomposition des matières organiques. Ce processus, en permettant la production de méthane, offre la matière énergétique nécessaire à la production de chaleur et d’électricité. Il est une manière séduisante et efficace de valoriser des déchets dont on ne savait que faire et qui, le plus souvent, finissaient par rejeter dans l’atmosphère un méthane particulièrement dangereux pour notre équilibre climatique.
Syndrome NIMBY ?
Evidemment, l’idée de voir pourrir des matières organiques à côté de chez soi fait peur. D’autant plus que ces installations, basées sur la combustion du méthane, sont également considérées comme des installations à risque, soumis à des procédures et des contrôles rigoureux. On comprend alors parfaitement l’inquiétude des riverains.
Syndrome NIMBY me direz-vous ? [1] Sans aucun doute. Mais ce syndrome n’est pas à condamner. Bien au contraire. Il est tout à fait logique pour des riverains habitués à leur tranquillité. Il reste aussi, si on sait le dépasser, le premier pas d’une prise de conscience citoyenne et d’une implication plus large aux questions environnementales.
Faut-il pour autant refuser ce projet ?
A l’heure actuel, le projet fait l’objet d’une véritable et importante opposition. Une pétition a été lancée du côté de Rosières. Les conseils municipaux de Saint-André et Saint-Léger ont, dans une quasi-unanimité (une abstention à Saint-André) voté contre cette implantation. Les principales inquiétudes portent sur la craintes des nuisances olfactives, l’apparition de rongeurs, de mouches, ou le risque d’explosion lié à ce type d’installation. Dans le collimateur également, la contrainte qu’entrainerait cette installation dans la perspective d’implanter de nouvelles zones pavillonnaires notamment à Saint-André.
S’agissant des nuisances olfactives et sanitaires, il faut bien reconnaître que l’exemple de Montpellier plaide contre le projet de la SEM. Là bas, l’usine inaugurée en 2008, fait l’objet de très vives critiques d’abord liées aux odeurs émises. A tel point que ce site est devenu la référence des opposants à la méthanisation. Cela dit, l’exemple de Montpellier, aussi spectaculaire et dramatique soit-il pour les riverains, n’est que le seul touché par de tels dysfonctionnements sur les 25 installations en service en France. Autrement dit, le site montpellierain ne doit pas être l’arbre pourri qui cache la forêt de promesses des procédés de méthanisation.
D’autant plus que dans le cas qui nous intéresse, l’unité sera nettement plus réduite et n’accueillera que des résidus issus de l’agriculture [2]. Selon nos informations, le stockage des déchets fermentiscibles se fera dans un bâtiment fermé, équipé de biofiltre. De quoi empêcher, toujours selon nos sources, toutes nuisances olfactives et toutes proliférations d’insectes.
La biogaz vallée ne pourra pas se faire sans le soutien des citoyens
Pour autant, toutes les explications du monde ne suffiront pas à convaincre des habitants légitimement inquiets par ces nouveaux procédés. C’est là que les questions de démocratie et de transparence surviennent et méritent d’être pris très sérieusement en considération. Et c’est manifestement ce qui n’a pas été fait ici. Si elle veut rassurer et obtenir l’assentiment de la population, la SEM Energie n’aura pas d’autre choix que de jouer cette carte démocratique. Comment ?
En allant à la rencontre des habitants ;
en faisant preuve d’une parfaite pédagogie et d’une transparence totale et pas simplement grâce à la distribution de deux ou trois brochures... ;
en offrant du concret : visite d’installations existantes, rencontre avec les riverains de ces installations, rencontre avec les industriels et les associations environnementales concernées...
C’est à ce prix que cette usine et autour d’elle toute la « Biogaz Vallée » qu’on annonce, pourront faire l’objet d’un vrai soutien citoyen.
Car derrière ce site emblématique, se cache un projet écologique et industriel ambitieux : celui de faire de notre département un acteur majeur et référence pour une nouvelle filière énergétique en plein essor. Ce projet de Biogaz Vallée, parfaitement expliqué dans ce reportage de Canal32, mêlant recherche, développement, industrialisation, production... offre indiscutablement des perspectives prometteuses pour le développement local. Philippe Adnot l’a bien pressentie : les caractéristiques de notre départements, la présence de l’UTT et de sa chaire d’écologie industrielle, la force de l’agriculture, sont autant d’atouts pour la réussite de ce projet. Une occasion à ne pas rater qui passe, dans le cas du site de Rosières, par une parfaite exemplarité tant sur le plan technique que démocratique.
Mise à jour du 26 juillet : La réponse ne s’est pas faite attendre puisque, aujourd’hui, dans les colonne de Chapi-Chapo, les responsables du projet répondent point par point aux inquiétudes exprimées. Un premier pas, par média interposé, qui ne doit pas dispenser d’un débat plus large et surtout d’une véritable présentation publique du projet de Biogaz Vallée.











