La théorie du « bouc émissaire » comme celle du « messie » veut apporter une réponse radicale à des problèmes fondamentaux… Selon elle, toutes les difficultés actuelles de la France sont dus à Nicolas Sarkozy, tous les problèmes du département sont imputables à Philippe Adnot et, last but not least, toutes les incuries de Troyes sont créés, amplifiés, décuplés par François Baroin… C’est partiellement vrai donc corrélativement relativement faux… mais ce n’est pas ici que cette théorie pêche le plus.
Ceux qui est « déconstruisant » dans cette théorie, c’est son corollaire : " Il suffit de remplacer Nicolas, Philippe ou François pour régler, d’un coup de baguette magique, la situation nationale, départementale ou municipale." Tout le monde conçoit que c’est, aussi, partiellement faux. Peu de personnes ont conscience que c’est totalement faux.
Si, dans un système déterminé, vous éliminez le « bouc émissaire » sans régler, en amont, les problématiques de ce système, le nouveau système influera tellement sur son nouveau dirigeant qu’il le transformera et que ce dernier ressemblera bien vite à son prédécesseur.
On le voit régulièrement dans le domaine sportif. Les changements d’entraineur dans les équipes de football en difficultés sont, exceptionnellement, source de rebond. Les équipes reléguées de ligue 1 en ligue 2 ont, dans leur immense majorité, changé leur entraîneur au milieu de la saison sans autre résultat que des indemnités de licenciement…
C’est vrai au niveau politique. Les émissions télévisuelles sur les « 30 ans » du 10 mai 81 nous ont montré la ferveur populaire et l’immense espoir qui a, alors, saisi le pays qui rendait Giscard responsable de tous les maux de la Ve république et qui voyait en Mitterrand un sauveur… Quelques années, quelques mois même plus tard, la situation avait évolué dans le sens de la copie conforme… Mitterrand endossant les habits de Giscard mais aussi de de Gaulle (quelle ironie) sans pudeur, sans complexe… Et les grandes faiblesses de notre « démocratie » se voyant perpétuallisée…
Si demain François Baroin, nommé Super ministre ou battu aux élections, quittait la mairie de Troyes, son successeur, quel qu’il soit, reproduirait les mêmes travers, les mêmes erreurs, les mêmes incohérences voire les mêmes incuries car celles-ci sont inhérentes au « système Troyes ». N’en déplaise à ses pourfendeurs comme à ses thuriféraires, François Baroin a quasiment reproduit la gestion de Robert Galley, à Troyes et, nolens volens, Jaïm Myara, Marc Bauland, Bruno Subtil, Alain Carsenti ou Philippe Beury feraient de même…
Si l’on veut donc que la ville change, que sa dynamique se transforme, que la « vision » prenne de l’ampleur et de l’ambition, il faut donc se consacrer, en priorité, au changement en profondeur du « système » et non à l’activisme visant à éliminer le gêneur…
C’est à mon avis, le travail que devrait faire l’opposition (municipale, départementale voire nationale). C’est un travail de fond, difficile, plus axé sur le travail dans la boue des fondations que dans les strates lumineuses du pouvoir, mais c’est un travail indispensable si l’on veut « changer la vie »…
C’est d’ailleurs, peut-être, François Baroin qui pourrait être le plus apte à faire naître cette rénovation. Encore faudrait-il qu’il en ressente la nécessité pour être réélu (ce qui est peu probable actuellement vu les scores ridicules de ses oppositions) ou bien, encore faudrait-il qu’il en ait l’ambition et la hauteur…











