Il y a quelques mois, derrière le discours officiel et rassurant des organisateurs, nous faisions de l’édition 2010 des Nuits de Champagne, un bilan plus que noir.
Pierre-Marie Broccard nous confirme aujourd’hui l’état alarmant des finances du festival : 250 000 euros de déficit, soit plus de 10% du budget !! C’est tout simplement colossal. C’est aussi, comme nous l’avions prévu, bien supérieur aux 186 00 euros annoncés en novembre dernier.
La crise est donc sérieuse. Pour y répondre, le délégué général des Nuits annonce la mise sur pied d’un « nouveau modèle économique ». Car côté artistique, officiellement tout va bien. Le cru 2010 fut « une très grande réussite » assure PMB.
Pour juger de cette « très grande réussite » artistique, rappelons ces quelques chiffres que nous donnions en novembre 2010 :
700 spectateurs seulement pour Sanseverino au Théâtre de Champagne (soit un tiers des sièges vides)
1800 entrées au Cub3 pour Moriarty, Gaëtan Roussel et Jeanne Cherhal. On est loin des 2500 spectateurs annoncés complaisamment par Chapi-Chapo le lendemain de ce concert... On est surtout à des années lumières des 6 000 places que peut contenir ce lieu !
Déception aussi pour Pierre Souchon, Yodélice (sans parler de Jérémie Kisling et d’autres) qui sont loin d’avoir pu remplir les salles proposées.
Spectateurs évacués du concert de Hey Hey My My qui s’est achevé plus tôt que prévu.
A cela, il faut ajouter la déplorable acoustique de Cube et l’ineptie d’y avoir programmé des artistes intimistes comme Moriarty, Jeanne Cherhal ou Aldebert. Mais sans doute, comme on dit pudiquement dans le métier lorsqu’on fait un flan, ces artistes de qualité n’ont pas rencontré leur public...
Une liposucion comptable
Bref, comme du côté artistique il n’y a rien à dire, les responsables répondent à cette crise par quelques mesurettes financières. Analyse des marges, réduction des coûts d’exploitation, optimisation des installations techniques... à la crise de croissance de ce Festival, la nouvelle formule des Nuits répond par une liposucion comptable !
Pourtant, la direction du festival semble avoir saisi le dilemme à résoudre et choisi de garder le caractère intimiste de l’événement. : « On n’est pas là pour faire un festival de chansons commerciales. […] On garde le concept artistique qui a fait l’originalité, la force et le rayonnement du festival », déclare ainsi PMB.
La réponse parait donc limpide. On pense alors que le Cube, plus adapté aux grosses tournées commerciales, sera logiquement abandonné. Eh bien non ! Le même PMB confirme, après une fine analyse des marges comptables, qu’on gardera un entrepôt formaté pour des tournées commerciales dont on dit pourtant ne pas vouloir ! Qu’importe si la salle a souvent été à moitié ou au trois quart vide ; qu’importe si ce lieu, sans âme et sans grâce, est à mille lieux de l’esprit des Nuits. Au nom d’obscurs intérêts, GL Events et son Cub3 s’imposent au Festival, quitte à en précipiter la fin.
Car au fond, l’équipe des Nuits de Champagne est pris au piège par les intérêts économiques GL Events. Disons franchement et clairement ce que tout le monde pressent : le n°1 mondial de l’événementiel ne peut pas admettre, encore moins supporter, d’être écarté, sur son coeur de métier, de l’organisation du principal festival de l’agglomération. Pour GL Events, les Nuits de Champagne se feront avec lui ou ne se feront pas.
Le nœud du problème est bien là. Et sans pouvoir le trancher, sans pouvoir s’affranchir de cette pression, les organisateurs des Nuits de Champagne ne pourront répondre aux questions essentielles :
S’agit-il de retrouver l’essence et l’esprit original des Nuits ? De privilégier la qualité artistique à la quantité des spectateurs ? Alors, il faut faire une croix sur cet indigeste hangar et privilégier l’espace Argence, le théâtre de Champagne et celui de la Madeleine par malheur abandonné des concerts depuis plusieurs années (en attendant la construction de l’auditorium d’Adnot qui malgré son prix exorbitant pourra ici trouver une raison d’être).
S’agit-il de franchir une marche « quantitative » ? De remplir plusieurs fois dans une seule semaine une salle de 6200 places ? D’absorber ainsi les coûts d’exploitation par un chiffre d’affaire plus conséquent ? Alors il faut renoncer au projet artistique actuel pour aller chasser sur les terres des grands festivals français.
De toute évidence, Les Nuits de Champagne ne pourront faire l’économie de redéfinir les objectifs qui sont les leurs. Mais, à lire entre les lignes de PMB, il semble bien que la toute puissance de GL Events pèse lourdement sur les choix et la liberté artistique de ce Festival.









