Non, je ne me réjouis pas de la mort de Ben Laden. Non, je ne fais pas partie de tous ces citoyens du monde libre qui furent en liesse parce que le "mal" était tombé. Et pourtant, je ne suis pas un partisan de Ben Laden, loin de là ; j’exècre la violence et plus que tout, toute forme de terrorisme. Et pourtant, j’ai pleuré comme beaucoup de l’horrible spectacle vécu en direct des tours infernales frappées par le plus terrible des plans diaboliques.
Mais je me pose des questions que je pense légitimes.
Un Etat de Droit, qui plus est la première république à se doter d’une constitution démocratique, prototype de ce qui deviendra la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, peut-il se permettre d’intervenir n’importe quand et n’importe où dans le monde et exécuter une personne, qu’elle quelle soit, même le pire personnage que la Terre ait vue naître ? « Justice est faite » ont-ils clamé. Quelle justice ? Quel tribunal a présidé, jugé et condamné ? Justice est faite ! Est-ce donc cela la Justice du « Gendarme du monde », de celui qui se veut le protecteur de la démocratie et des libertés ? « Vengeance est faite », d’autres ont déclaré… Une vengeance suivie en direct, par les maîtres du monde, depuis leur écran vidéo… « Call of duty » pour de vrai, des soldats commandés à distance depuis le bureau de leurs chefs…
Mais il est vrai que cet homme ne méritait aucune pitié. N’a-t-il pas commis ou fait commettre les pires crimes contre l’humanité, au nom de son fanatisme religieux… comme d’autres au prix de vils mensonges engagèrent des guerres, bombardèrent des villes, avec leurs « dommages collatéraux » inévitables… L’un d’eux ne se disait-il pas lui-aussi habité par la parole divine et exécuter sa volonté ? Combien de femmes, d’enfants, de vieillards, de civils qui n’avaient rien à se reprocher ont péri ? Combien de jeunes soldats, envoyés dans l’un des pires bourbiers depuis le Vietnam y ont laissé la vie tandis qu’ils pensaient défendre la liberté contre celui qu’on avait dressé comme l’ennemi numéro un de la liberté ? Quelle justice pour ces mensonges meurtriers ?
Etait-il juste que des populations civiles de deux villes japonaises soient effacées de ce monde en quelques secondes et bien d’autres les minutes qui suivirent, et d’autres encore pour combien de temps ? Etait-il juste qu’enfants, femmes, vieillards soient les cibles d’une guerre psychologique visant à obtenir une reddition sans condition le plus vite possible ?
Celui qui a raison, celui qui détient la vérité, celui qui détient le droit de vie et de mort, le droit de frapper où il veut et quand il veut, le droit de juger, sans tribunal, et de condamner parce que lui trouve ça « juste » serait donc le plus fort ? La raison appartient au plus fort. La loi du plus fort... celle qui permet une condamnation « juste » mais sans justice ? Pourtant, là-bas, même les condamnés à mort ont droit à un procès. Où commence et où finit le terrorisme ?









