En mars 2010, pour les élections régionales, j’avais titré deux articles consécutifs : « Abstention : grande gagnante des élections à la majorité absolue. » (15 mars) et « Abstention : grande gagnante des élections à la majorité absolue. » (22 mars). L’abstention semble être devenue le premier parti politique de notre département, comme en France. Et pourtant…
Comparons avec les cantonales de 2008 : au premier tour, l’abstention affichait une moyenne inférieure à 30 % (tournant le plus souvent, selon les cantons, autour des 20 %) dans les « cantons ruraux » et autour des 40 % dans les « cantons urbains ». Nous retrouvons de nouveaux des écarts monde rural/monde urbain, mais cette fois, de façon plus élevés : les ruraux se sont abstenus entre 40 et 52 % environs tandis que urbains affichaient entre 59 et 67 %. Les abstentionnistes les plus nombreux étant à Troyes 3, avec 67,46 %, et Troyes 5, avec 66,67 % !
L’abstention nourrit le Front national. Il y a un quasi rapport de cause à effet entre le taux d’abstention et le score du FN, plus faible lorsque l’abstention est un peu plus faible, avec des exceptions, plus élevé lorsque l’abstention est élevée. D’une manière générale, lorsque l’abstention passe les 50 %, le taux du FN dépasse les 20 %. Ainsi la « grande victoire » affichée du Front National est une défaite de la démocratie, et en premier lieu des autres partis qui n’ont pas su mobiliser. Cette victoire permet au FN d’être présent au second tour dans 7 cantons.
Ce scrutin semble être aussi une remise en cause de la politique menée par le Conseil Général. C’est en premier lieu ce dernier qui n’a pas su mobiliser autour de sa politique, et ce sont ses membres sortants qui se trouvent, pour la plupart, en ballottage, pour ne pas dire en difficulté ! Seul un seul conseiller général sortant, Nicolas Juillet, passe au premier tour. Comparé à mars 2008, c’est une hécatombe ! Les cantons d’Aix-en-Othe, Bar-sur-Seine, Chaource, Chavanges, Essoyes, Les Riceys, Méry, Lusigny, Piney, Troyes 4 et Vendeuvre avaient réélu de façon massive leur conseiller sortant (sauf erreur de ma part, 11 sur 16). Contribution des familles aux transports scolaires, grand auditorium, autant de mesures qui auraient pesées dans la motivation des Aubois ? Le président et les nouveaux élus en tiendront-ils compte ?
Comparé au score du député-maire sortant des Riceys, qui avait obtenu en mars 2008 au premier tour 70,43 % des suffrages, le député-maire de Brienne est dans une situation délicate. Victime de ses idées trop proches du notre impopulaire président ? Victime de l’actualité, la catastrophe nucléaire de Fukushima ne pouvant servir le discours pro-nucléaire du candidat ? Implantation locale encore trop fragile ou politique locale remise en cause ? Des positions d’opposition au président du Conseil Général qui faisait de lui l’homme à battre ? Un peu de tout ? Il ne suffit plus d’être député de circonscription et maire de la principale commune du canton pour assurer sa réélection.
Quoiqu’il en soit, la démocratie est la grande perdante de ce premier tour d’élection. La politique, telle qu’elle menée, ne semble plus intéresser qu’une minorité d’électeurs... De nouveaux modèles, de nouveaux projets, une nouvelle démocratie seraient à reconstruire.








