Nous avons bien des soucis à nous faire. De vains combats risquent d’être menés, quelles que soient les solutions apportées au nucléaire en France, mais de toutes façons, nous n’avons guères d’illusions à nous faire, la plupart des partis politiques ne remettent pas en cause l’option de l’énergie nucléaire. J’avais déjà évoqué ici, il y a un certain temps le problème du stokage des déchets. La question mérite d’être reposée à la lueur de la catastrophe japonnaise.
Déchets nucléaires : pour un vrai débat
Le sort du combustible
Lorsque l’on recharge du combustible dans un réacteur (le combustible neuf est composé d’uranium enrichi de 4 % d’uranium 235), le combustible usagé est laissé à refroidir dans la piscine avant qu’il ne parte vers d’autres destinées (c’est le refroidissement de cette piscine qui est en cause dans la catastrophe des réacteurs de Fukushima, tout au moins c’est ce qu’on nous dit : l’eau s’est évaporée et le combustible est à l’air libre…) :
soit il est considéré comme déchets et est alors stocké…
soit il est considéré comme recyclable et part vers des usines comme La Hague.
Dans ces usines, les éléments radioactifs (95 % d’uranium et environ 1 % de plutonium) sont séparés des autres éléments (4 % inutilisables vitrifiés dans des fûts inoxydables, entreposés actuellement à La Hague pour les déchets français). 96 % de l’ancien combustible serait recyclable ; ce qui fait que le recyclage diminue (en théorie) la quantité de déchets et surtout la quantité des déchets les plus dangereux (95 % de la radiotoxicité des déchets proviendrait du plutonium) et génère de nouveaux combustibles.
Les combustibles recyclés
L’uranium séparé du reste (95 % du combustible usé) est réenrichi d’uranium 235 ; actuellement à la Hague, 1/3 de cet uranium est réutilisé, le reste de l’uranium « appauvri » est stocké à Pierrelatte et constitue des réserves stratégiques qui pourront à l’avenir être réenrichis voire constituer la base des combustibles des centrales des générations futures.
Ce procédé ignore cependant l’un des composants les plus dangereux : le plutonium. Ce dernier est alors recyclé dans ce qui constitue un combustible alternatif : le MOX (Areva produirait près de 95 % du MOX mondial). C’est un mélange d’oxyde d’uranium et de plutonium très intéressant : il recycle le plutonium et évite son stokage ; 6 g. de Mox équivaut à 1 tonne de charbon. Cependant tous les réacteurs ne sont pas conformes pour l’utiliser.
Le réacteur n°3 de Fukushima serait alimenté avec du Mox d’Areva. Les conséquences de son explosion et de la fusion de son réacteur seront sans doute les plus graves : n’oublions pas qu’il est composé en partie de plutonium : 6 à 7 % du combustible. La charge de combustible du réacteur serait de 80 tonnes pour une consommation de 20 tonnes par an, il y aurait donc 5 tonnes de plutonium dans ce réacteur (une bombe nucléaire contient 5 à 8 kg de plutonium...). Voilà en quoi la situation est plus grave que Tchernobyl.
Et l’Aube dans tout ça ?
Si demain nous arrêtons les centrales nucléaires, ce qui tiendrait du miracle, nous ne pourrions pas laisser le combustible en l’état, que ce soit celui qui refroidit en piscine (et il faut du temps…) ou celui qui est en place dans les réacteurs. La catastrophe de Fukushima a montré quelles pouvaient être les conséquences d’une panne du système de refroidissement : faudrait-il laisser sur place ce combustible ? Quels moyens sécurisés permettraient de stocker au mieux tout ce combustible ?
Par ailleurs, le combustible usagé ne serait plus recyclé (nous en produisons 280 tonnes par an). Devrait-il être laissé sur place, là où il été produits, comme le préconise les écologistes ? Nous ne parlons plus ici de FAVL, de VAL …etc… mais bien des déchets les plus dangereux !
A la suite de la catastrophe de Fukushima, les responsables politiques français et experts en nucléaire parleraient de remettre en marche la recherche d’une solution sécurisée pour le stockage des déchets nucléaires les plus dangereux, notre bon département ne risque-t-il pas d’être l’une de ces solutions ?
Et si demain on arrêtait toutes nos centrales, que ferait-on du combustible ? On laisserait tout sur place, dans les 19 sites de production sur lesquels nous totalisons 58 réacteurs, autant de Fukushima en perspective ? Sans compter que 22 de nos réacteurs utilisent la substance considérée comme la plus dangereuse du monde : le MOX ?











