Voilà un bon moment que, sur auboisementcorrect ou ailleurs, nous soulevions l’absurdité de la collecte des déchets dans notre agglomération. 13 communes et autant de système pour ramasser nos poubelles ! Avec des situations grotesques obligeant le camion troyen à laisser la poubelle sur le trottoir d’en face, parce que ce trottoir, justement, appartient à la commune de Sainte-Savine !
Ici nous avons un régie [1]. Ailleurs, une société privée, ayant obtenu une délégation de service public, s’occupe de ramasser nos poubelles. Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas à Gauche qu’on trouvera les « Régies municipales », ni à Droite que les délégataires privés feront leur beurre.
Jusqu’à présent, dans nos 13 communes, chacun faisait donc ce qu’il voulait, le tout dans une presque absolue absence de concertation et de coordination. D’ici quelques mois, cette situation devrait être réglée et la collecte entièrement pris en charge par le Grand Troyes. Selon Chapi-Chapo : « C’est l’ancien préfet de l’Aube, Christian Rouyer, qui a sollicité l’agglomération troyenne sur le thème du transfert de la collecte des déchets ménagers à la structure intercommunale. » [2]
L’idée « semble faire son chemin » ajoute le quotidien local. En réalité, les choses devraient rapidement s’accélérer. Car il ne s’agirait d’une simple sollicitation, ni d’un projet « au conditionnel » mais bien d’une quasi-injonction préfectorale. C’est en tout cas ainsi que les choses sont dites dans les coulisses des municipalités... Les communes de l’agglomération n’auront donc pas le choix. D’ici quelques mois, elles devront s’entendre pour organiser une collecte à l’échelle du Grand Troyes.
Délégataire privé ou régie communautaire ?
Bien évidemment, on ne peut que souscrire à ce changement. La mutualisation des moyens et l’organisation plus rationnelle de la collecte ne peut qu’engendrer des économies et une plus grande efficacité. Mais derrière se pose la question du mode d’organisation de cette collecte. Choisira-t-on une régie « communautaire », en s’appuyant sur l’expertise et les moyens de la ville Centre ? Ou s’orientera-t-on vers une délégation à un concessionnaire privée comme le font la grande majorité des communes de l’agglomération ?
Cette question est loin d’être anodine, encore plus loin d’être simple comme laisse supposer Francis Dehaut, vice-président du Grand Troyes en charge de ce dossier. Un comité de pilotage réunissant élus, salariés, techniciens et représentants des organisations syndicales a bien été créé. Suffit-il à nous rassurer sur la transparence de la décision à venir ? C’est loin d’être certain, car compte tenu des enjeux financiers, on peut aisément envisager qu’en coulisse, les grands groupes que sont Véolia ou Suez s’agitent déjà ou s’agiteront pour conserver l’essentiel de ce marché. A ce titre, la piste évoquée par Francis Dehaut de faire cohabiter Régie et Délégation pourrait être considérée comme l’abdication du Grand Troyes face aux multinationales de l’environnement.
Quid de la rationalisation et de la mutualisation des moyens si demain, la collecte continue d’être dispersée entre une multitude de prestataires ? Les économies peuvent s’en doute exister. Elles risquent d’être marginales.
Quid de la transparence du fonctionnement si rue Machin c’est Véolia qui assure la collecte, alors qu’en face, c’est une régie municipale qui assure le ramassage de nos ordures ?
Comment diable les Troyens pourront s’y retrouver ?
Une régie communautaire : une idée séduisante mais pas une solution miracle
Faut-il alors généraliser la Régie à l’ensemble de l’agglomération Troyenne ? L’idée semble séduisante. D’autant plus que les impératifs de réduction de nos déchets coïncident mal avec les objectifs de croissance des grandes sociétés privées. En d’autres termes, lorsqu’on s’appelle Véolia, il n’est pas forcément dans la logique de l’entreprise de soutenir une politique des déchets qui vise à réduire l’objet même de son activité. En la matière, l’intérêt de la collectivité n’est donc pas nécessairement le même que l’intérêt privée.
Mais là encore, ce qui peut sembler une évidence, se heurte aux réalités. La performance en matière de réduction ou de recyclage des déchets n’est pas véritablement liée à la manière dont est géré le service de collecte. Dans l’agglomération stéphanoise, pour 70% de la population, la collecte est assurée en régie. Pourtant le taux de déchets recyclés n’est que de 16% (moyenne nationale : 25%). A contrario, l’agglomération de Montpellier qui fait cohabiter dans les mêmes proportions Régie / Privé, ce taux atteint 65% ! La régie n’est donc pas la panacée, ni l’outil miracle. Surtout lorsque la volonté politique est absente.
D’autant qu’une mise en régie sur toute l’agglomération conduirait à quelques sacrifices dommageables. Ici ou là, à Pont-Sainte-Marie, à La Rivière de Corps (deux communes ayant délégué leur collecte), on travaille depuis longtemps en partenariat avec les délégataires privés, sur des outils originaux : Collecte Hippo-mobile, redevance incitative... L’abandon brutal de ces délégations signifierait la fin, tout aussi brutale, de ces expérimentations : un vrai gâchis !
L’important, c’est le choix politique qui sera décidé.
Mais alors, que faire ? Délégation totale au privé ? Mise en régie globale ? Cohabitation entre prestataires privés et service public ? Ce choix est finalement secondaire. Ce qui compte, dans cette nouvelle compétence attribuée au Grand Troyes, ce sont les objectifs politiques qui seront déterminés. S’il s’agit de maintenir le statut-quo, de n’engager aucun changement pour inciter à cette réduction des déchets, alors cette mutualisation sera sans grand intérêt. S’il s’agit de partager les expériences entres les différentes communes, de profiter d’une masse-critique plus importante pour multiplier les expérimentations et les généraliser, pour faire jouer la concurrence entre les entreprises délégataires autour des performances de réduction des déchets, alors cette réforme aura du sens.
[1] Collecte directement effectuée par les services municipaux









