L'article

17
nove
2010

Europe-Ecologie : Un nouveau parti ? Un vrai rassemblement ? (2/2)

Seconde partie de ce jeu de questions-réponses avec l’un des militants d’Europe-Ecologie, Pascal Houplon, qui revient sur la place de l’écologie dans l’échiquier politique et les prochaines élections cantonales.

AC : Revenons à ce nouveau parti « Europe-Ecologie / Les Verts » : Est-il à gauche ou à droite ?

PH : Voilà bien la question qui m’agace car elle induit une réponse simpliste et binaire à un projet de société, celui de l’écologie politique, complexe et pluriel. D’autant plus que cette question amène, lorsqu’on veut y répondre, à des attitudes d’exclusion contre les uns ou les autres. Suffit-il de se dire de gauche pour être un bon écolo ? Refuser ce clivage daté vous discrédite-t-il dans le monde de l’écologie politique ? De facto, cela a longtemps été le cas. Beaucoup, par le passé, ont ainsi été mis au ban des Verts ou poussés à partir parce qu’ils refusaient d’entrer dans ce clivage « Gauche-Droite ». Et encore parfois, on agite volontiers ce chiffon « rouge » pour écarter telle ou telle personne. Qu’importe si sur l’essentiel, les valeurs sont les mêmes... Poser le problème de cette manière génère nécessairement des tensions et des fractures alors qu’il est indispensable (et c’est le pari d’Europe-Ecologie) de tisser des liens et de favoriser des synthèses.

Mais je ne veux pas éluder ce débat. Pour moi Europe-Ecologie a pour objet de dépasser ce clivage « Gauche-Droite » qui nous vient d’un siècle marqué par la lutte des classes et le productivisme. L’écologie politique, selon moi, ne peut pas se réduire à l’appartenance à la Gauche, au sens où un certain nombre d’éléments, portés par celle-ci, sont incompatibles avec l’écologie (nucléaire, productivisme, centralisme...). Mais en même temps, l’écologie politique intègre dans son logiciel des valeurs fondatrice de la gauche (le partage équitable des richesses, la solidarité...). Regardons également notre histoire politique récente, comme l’a fait à Lyon Dany Cohn-Bendit. Les ministres de l’environnement ont-ils obtenu davantage dans un gouvernement de Gauche que dans un gouvernement de Droite ?

AC : C’est le retour du « Ni-Ni » que vous nous proposez ?

PH : Pas du tout. De manière plus factuelle, il est peu discutable que sur les questions sociales la balance d’Europe-Ecologie penche vers la Gauche. Mais lorsqu’il s’agit de l’Europe, de la préservation de la biodiversité, de la lutte contre les changements climatiques... l’écologie politique rencontre les mêmes difficultés, les mêmes oppositions avec la gauche et la droite. Elle n’est alors, dans ces cas, ni de gauche, ni de droite, mais porte au contraire une véritable singularité.

Jean-Paul Besset l’a rappelé à sa manière à Lyon en expliquant que l’écologie politique n’était pas : « la branche supplétif d’un arbre aussi vénérable soit-il. [Ce mouvement était] un arbre à [lui] tout seul ». En d’autres termes, l’écologie politique doit s’émanciper de cette tutelle pesante, et sclérosante de cette vieille gauche. Europe-Ecologie doit, d’une certaine manière, exercer une sorte de droit d’inventaire sur l’héritage de la Gauche mais refuser de se limiter à ce seul horizon. Il s’agit d’aller au delà de ce clivage. D’abord parce que, comme je viens de l’expliquer, il n’est plus opérant sur bon nombre de sujet. Ensuite, parce que ce clivage ne répond plus aux attentes des citoyens qui perçoivent parfaitement que face à la complexité des enjeux de notre monde, on ne peut réduire les réponses à ce schéma simpliste « Gauche/Droite ». Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la moitié de nos électeurs ne se déclare ni de gauche, ni de droite, ni du centre. Enfin, parce que nous ne gagnerons pas seuls, et surtout pas bloc contre bloc. Au contraire, il nous faudra aller au delà de la Gauche si nous voulons incarner une autre manière de faire de la politique, sans renier nos valeurs.

AC : Et demain, les élections cantonales, que va faire Europe-Ecologie ?

PH : On verra... Je n’en suis ni le dirigeant, ni le porte-parole. Mais il est clair que ce sera un moment de vérité. Il faudra que nous soyons capable de montrer à la fois notre capacité à rassembler et à nous ouvrir au delà des frontières habituelles. C’est à mon sens la condition sine qua non pour faire vaciller la majorité actuelle et surtout peser plus franchement et fortement sur les orientations de notre département. La fin de la gratuité des transports scolaires et, en parallèle, la construction d’un centre de congrès pour 27 millions d’euros sont à ce titre des sujets symboliques des choix actuellement opérés. Mais être contre ces décisions ne suffit pas à faire un projet cohérent, encore moins à tracer des perspectives durables pour notre département. Il va nous falloir fixer des orientations sérieuses et réalistes sur l’avenir de notre département. Pour moi, elles devront intégrer impérativement la préservation de nos ressources, anticiper la fin de l’économie du pétrole et développer de nouvelles richesses, sociales, environnementales mais aussi économiques. Compte tenu des contraintes budgétaires, on ne pourra vraisemblablement pas brutalement ou radicalement changer toutes les politiques. D’autant plus que, si la réforme des collectivité aboutit, les jours de l’échelon départemental sont comptés. Il faudra donc tenir un langage de vérité à l’occasion de ces élections : Ne pas promettre le grand soir, ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain mais au contraire, tenter d’associer les Aubois à la complexité des dossiers qui nous attendent.

AC : Quelles sont vos ambitions ? Faire le meilleur score ? Passer le 1er tour ? Être élu ? Devenir majoritaire ?

PH : On ne se présente pas à une élection pour la perdre, ni pour faire de la figuration ! Europe-Ecologie a vocation à exercer des responsabilités. Mais il faut être lucide aussi. Le département est encore une terre de mission pour les écologistes. Et sauf à vouloir prétendre à l’hégémonie que nous reprochons aux autres, il faudra composer avec d’autres partenaires. En tout état de cause, il faudra amener le maximum de candidats, titulaires ou suppléants, à passer la barre du 1er tour. Après, pour reprendre le slogan d’un homme politique bien connu, tout devient possible !



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Les commentaires (7)

Europe-Ecologie : Un nouveau parti ? Un vrai rassemblement ? (2/2)
  • Commentaire 44553 cap21
    le 17 novembre 2010  à 10:52

    J’espère que les écolos suivront ce que dit mr houplon

    repondre Répondre



  • Commentaire 44567 claude
    le 18 novembre 2010  à 13:55

    Europe : Pas très certain d’y adhérer...

    Ecologie : oui tout a fait d’accord, 100% ...

    Les verts : Oui mais lesquels ???

    C’est là que "ça se corse"

    Ancien surnom de Cohn-bendit : Dany le rouge !!!!
    Mémoire tant que tu nous tiens !!!!

    http://www.ripostelaique.com/Daniel...

    Là ! non merci !!! et c’est bien dommage pour l’écologie...

    repondre Répondre



  • Commentaire 44569 Toto de Troyes
    le 18 novembre 2010  à 14:29

    Sur le plan local : il y a un gros, très gros travail à faire et ce n’est pas demain la veille que les choses vont changer :
    - Après l’exclusion des "Historiques", les Verts de l’Aube ont réélu un bureau conformee à ce qu’il était... Comme quoi la base militante des Verts reste sur son cap. Les réunions pour la fusion avec Europe-Ecologie : ils étaient où les Verts ? Les manifestations qui se sont succédées ont montré qu’il n’était pas encore temps de penser à un "rassemblement" et encore moins à une fusion !
    Les Verts historiques sont de par leur histoire de gauche ; on voudrait leur faire avaler que l’écologie peut être productiviste, exploitionniste, capitaliste, ce même système qui a conduit notre société vers justement ce que combattent les Verts... Peut-on rendre "écologique" le capitalisme ? Le capitalisme Verts n’est-il pas un nouveau moyen poursuivre sur les vieux fondements : la croissance à tout prix... ? La croissance est-elle compatible avec les enjeux même de la "révolution" souhaitée : répondre aux besoins des hommes d’aujourd’hui sans compromettre la capacité des générations futures à assurer les leurs, en réduisant nos besoins à ce qui peut être renouvelable ? Le dogme de la croissance peut-il être compatible avec cette idée d’équité dans l’espace, dans le présent et dans le temps ? Peut-on continuer à se donner bonne conscience en vendant et achetant des produits classifiés "bio" mais provenant de l’autre bout de la terre par avions, tandis que les productions de proximpité voient détruits leurs stocks et doivent arracher leurs arbres faute de vendre leur production ? Le libéralisme n’est-il pas responsable de telles absurdités ? Et peut-on faire confiance à ces nouveraux "libéraux Verts" qui nous arrivent de toutes parts ??? Un tel parti ratissant tout azimut est-il viable, tenable, crédible ? Peut-il tenir longtemps le grand écart ? De Bové à Borloo (! !!), moins Lepage...
    Lorsque l’on sait qu’au sein même de cette organisation informe qui tente de se structurer, derrière les sourires et accolades de façade, des idées fondamentalement divergentes peuvent les animer, sans compter les rancoeurs, animosités... Que croyez-vous que les militants d’Europe Ecologie pensent du tour de force socialiste aux régionales. Oh ! certainement, ils ne le diront pas publiquement, juste entre intimes... attendant secrètement de se liberer de cette inféodation ? Le tour de force des marnais en imposant à leur tête un transfugé tout frais a laissé des traces profondes, tout comme celle laissées par le coup de force d’excure les "historiques" aubois et ardennais (avec la bénédiction de "l’européenne", d’ailleurs...) par des méthodes hasardeuses. Alors les Ecologgistes Européens ont du rentrer dans le rang et ronger leur frein... Faire de la politique autrement, qu’ils disaient, mais est-ce possible de la faire autrement, la politique ??? Nous n’avons eu pour l’instant qu’une image désastreuse de cette "nouvelle politique" improvisée". Et sans image cohérente : pas de crédibilité !

  • Commentaire 44573 Gérard Bérilley
    le 18 novembre 2010  à 17:48

    Quand on pose les questions comme le fait Toto de Troyes, c’est-à-dire avec pertinence, on a tout de suite les réponses. Il est certain que le capitalisme et l’écologie s’excluent mutuellement PUISQUE C’EST LE CAPITALISME QUI A CREE ET CREE LE PROBLEME ECOLOGIQUE ! De même il est certain que l’écologie et le pouvoir - l’organisation étatique des sociétés - s’excluent également mutuellement. Mais c’est pourtant avec le capitalisme et l’Etat qu’il va falloir éviter la catastrophe mondiale. Pas facile du tout. Mais une chose est sûre, si les écologistes veulent être efficaces et conséquents avec eux-mêmes il leur faut dénoncer et le capitalisme et l’organisation hiérarchique du pouvoir, et trouver une autre voie. Ils seraient bien inspirés s’ils étudiaient sérieusement l’enseignement de toute la tradition socialiste libertaire depuis Proudhon.

  • Commentaire 44579 PH
    le 18 novembre 2010  à 20:51

    @ Toto et Gérard Berilley.

    La question de la comptabilité entre le capitalisme et l’écologie est pour moi un vrai épouvantail pour l’écologie politique et un sujet de division éternelle qui, comme le débat "gauche-droite" est souvent utiliser à mauvais escient. Mais c’est un sujet qui mérite débat.

    Notre difficulté c’est que nous n’avons pas du tout la même définition du capitalisme.
    - Parle-t-on de l’organisation économique caractérisée par la propriété privée des moyens de productions ? A ce moment là, mon boucher, mon libraire, mon boulanger, mon épicier, le garagiste, le petit artisan, la PME du coin... le concessionnaire auto... sont des entreprises capitalistes. Veut-on les supprimer ? Par quoi veut-on les remplacer ?
    - Gérard Berilley dit que le capitalisme a créé le problème écologique. Le communisme aussi ! Est-ce le mode d’organisation qui fait le problème écologique ou les buts qu’on assigne à ce mode d’organisation ? EDF lorsque l’entreprise était aux mains de l’Etat et constituait un vrai service public était-elle plus vertueuse écologiquement ? N’est-ce pas sous ce mode d’organisation que le nucléaire a pris son essor ? Que les convecteurs électriques (une hérésie énergétique) ont envahi nos maisons ?
    - Est-ce le mode d’organisation qui pose problème où l’abdication du pouvoir politique face à la régulation de l’économie ?
    - Les écolos défendent souvent le coopératisme. Un autre mode d’organisation séduisant qu’il faut effectivement développer. Mais est-il la panacée ? Serait-il intrinsèquement plus économe dans nos ressources ? Porte-t-il, génétiquement, la sobriété ? L’Andra sous forme coopérative ça serait-mieux ? Les coopératives agricoles, ça utiliserait moins de pesticides ? Renault sous forme coopérative, ne chercherait-elle plus à conquérir des parts de marchés, à produire plus, à des coûts moins élevés ? Bref, le coopératisme porte-t-il en lui la vertu ? Je n’en suis pas sur.

    Ce qui compte, selon moi, ce n’est pas le mode d’organisation de notre économie, mais ce qu’on en fait, les buts qu’on assigne, le choix le plus pertinents selon le secteur économique, selon les problématiques locales...

    Encore une fois, ni le capitalisme (dans sa définition originelle), ni le collectivisme, ni le coopératisme ne sont à rejeter. Mais tous portent en eux les moyens nécessaires pour atteindre le pire. Il n’y a pas de bon système économique ou de mauvais. Il y a simplement ce que la folie des hommes en fait. On la vu, il y a 30 ans à propos du communisme, on le voit aujourd’hui s’agissant des dérives du capitalisme.

    Mais il y a une clef à réintroduire : c’est celle de la régulation du politique (au niveau local, mais aussi national, européen et mondial). L’économie est devenu un pouvoir sans contre-pouvoir. C’est cela qu’il faut changer d’abord.

  • Commentaire 44580 Gérard Bérilley
    le 18 novembre 2010  à 22:03

    Réponse sommaire à Pascal Houplon. Vous posez énormément de très bonnes questions, et c’est très bien. Je ne pourrai ici répondre à toutes. Je veux simplement préciser certaines choses. Oui c’est le capitalisme - dans sa logique inhérente de recherche de profit - qui a détruit la Planète. Le communisme des pays de l’Est, et je l’ai déjà dit dans d’autres commentaires, n’a jamais été qu’un capitalisme d’Etat, avec la même logique inégalitaire et industrielle. En fait les bolchéviks ont réalisé l’expropriation primitive des paysans - inhétente au capitalisme - pour les rendre ouvriers comme la bourgeoisie l’avait fait en Angleterre au 16ème siècle (voir Marx , Capital, livre I). Jamais il n’y a eu égalité économique et sociale, ce qui est la définition originelle du socialisme, dans un pays "marxiste". La seule révolution communiste a eu lieu par les anarcho-syndicalistes de la CNT pendant la guerre d’Espagne, et elle a été combattue et par les fascistes et par les staliniens. Voir sur Internet, le livre y est publié en entier, Gaston Leval Espagne Libertaire 36-39, l’oeuvre constructive de la révolution espagnole.
    Vous dites : "Encore une fois, ni le capitalisme (dans sa définition originelle) ni le collectivisme, ni le coopératisme ne sont à rejeter. Il n’y a pas de bon système économique ou de mauvais, il y a simplement ce que la folie des hommes en font." Alors là vous pensez en idéaliste, vous avez une pensée pré- 19ème siècle, vous pensez sans tenir compte de toutes les découvertes sociologiques, et vous vous trompez. Selon vous, d’où vient-elle la folie des hommes ? Comment l’expliquez-vous ? Elle ne tombe pas du ciel, ni du Saint-Esprit, elle vient d’une structure sociale abhérente, délirante, destructrice des hommes et de la Nature - le capitalisme. Et nous sommes tous déterminés par les "lois" du capitalisme et par son idéologie partout présente. Le capitalisme est un système économique mauvais pour une multitude de raisons étudiées par Proudhon et Marx, et la raison fondamentale en est l’exploitation de l’homme par l’homme qui lui est inhérente. Sans cette exploitation, sans l’extorsion de la plue-value, il n’y a pas de capitalisme. Le cas du petit boucher, du petit paysan, etc., est tout autre. A partir de moment où vous salariez un homme vous faîtes du profit sur son travail, et il ne peut en être autrement. Le communisme des pays de l’Est lui aussi a exploité l’ouvrier, la meilleure preuve en est l’esclavage dans le goulag. Le coopératisme a été inventé pour lutter contre cette exploitation démentielle. Pour ma part je ne vois pas comment on peut être écologiste et être en même temps pour une société inégalitaire ! Si l’Etat sert les classes possédantes il en a été et en est toujours aussi le créateur. C’est à la fois l’inégalité sociale qui est catastrophique et l’inégalité envers le pouvoir. Les théoriciens de l’anarchisme social, les Proudhon, Bakounine, Kropotkine ont montré cela il y a plus d’un siècle. Je ne comprends pas comment une telle pensée peut ne pas intéresser tous ceux qui veulent une société en équilibre les hommes les uns envers les autres et avec la Nature.

  • Commentaire 44582 Gérard Bérilley
    le 18 novembre 2010  à 22:40

    Un rajout à ma réponse à Pascal Houplon. Je suis d’accord avec la fin de votre commentaire. La question de la démocratie est une question cruciale. Il faut partout mettre de la démocratie, et le plus possible. EDF, cet Etat dans l’Etat, et son nucléaire n’ont été possibles que par une carence, un refus, un déni de démocratie. Je suis persuadé que c’est la démocratie véritable qui mettra fin au capitalisme qui, soit dit en passant, ne peut exister que dans la croissance et la destruction de la Nature. Pour commencer, la première chose à faire ce serait de rendre impossible tout cumul de mandats.

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