Seconde partie de ce jeu de questions-réponses avec l’un des militants d’Europe-Ecologie, Pascal Houplon, qui revient sur la place de l’écologie dans l’échiquier politique et les prochaines élections cantonales.
AC : Revenons à ce nouveau parti « Europe-Ecologie / Les Verts » : Est-il à gauche ou à droite ?
PH : Voilà bien la question qui m’agace car elle induit une réponse simpliste et binaire à un projet de société, celui de l’écologie politique, complexe et pluriel. D’autant plus que cette question amène, lorsqu’on veut y répondre, à des attitudes d’exclusion contre les uns ou les autres. Suffit-il de se dire de gauche pour être un bon écolo ? Refuser ce clivage daté vous discrédite-t-il dans le monde de l’écologie politique ? De facto, cela a longtemps été le cas. Beaucoup, par le passé, ont ainsi été mis au ban des Verts ou poussés à partir parce qu’ils refusaient d’entrer dans ce clivage « Gauche-Droite ». Et encore parfois, on agite volontiers ce chiffon « rouge » pour écarter telle ou telle personne. Qu’importe si sur l’essentiel, les valeurs sont les mêmes... Poser le problème de cette manière génère nécessairement des tensions et des fractures alors qu’il est indispensable (et c’est le pari d’Europe-Ecologie) de tisser des liens et de favoriser des synthèses.
Mais je ne veux pas éluder ce débat. Pour moi Europe-Ecologie a pour objet de dépasser ce clivage « Gauche-Droite » qui nous vient d’un siècle marqué par la lutte des classes et le productivisme. L’écologie politique, selon moi, ne peut pas se réduire à l’appartenance à la Gauche, au sens où un certain nombre d’éléments, portés par celle-ci, sont incompatibles avec l’écologie (nucléaire, productivisme, centralisme...). Mais en même temps, l’écologie politique intègre dans son logiciel des valeurs fondatrice de la gauche (le partage équitable des richesses, la solidarité...). Regardons également notre histoire politique récente, comme l’a fait à Lyon Dany Cohn-Bendit. Les ministres de l’environnement ont-ils obtenu davantage dans un gouvernement de Gauche que dans un gouvernement de Droite ?
AC : C’est le retour du « Ni-Ni » que vous nous proposez ?
PH : Pas du tout. De manière plus factuelle, il est peu discutable que sur les questions sociales la balance d’Europe-Ecologie penche vers la Gauche. Mais lorsqu’il s’agit de l’Europe, de la préservation de la biodiversité, de la lutte contre les changements climatiques... l’écologie politique rencontre les mêmes difficultés, les mêmes oppositions avec la gauche et la droite. Elle n’est alors, dans ces cas, ni de gauche, ni de droite, mais porte au contraire une véritable singularité.
Jean-Paul Besset l’a rappelé à sa manière à Lyon en expliquant que l’écologie politique n’était pas : « la branche supplétif d’un arbre aussi vénérable soit-il. [Ce mouvement était] un arbre à [lui] tout seul ». En d’autres termes, l’écologie politique doit s’émanciper de cette tutelle pesante, et sclérosante de cette vieille gauche. Europe-Ecologie doit, d’une certaine manière, exercer une sorte de droit d’inventaire sur l’héritage de la Gauche mais refuser de se limiter à ce seul horizon. Il s’agit d’aller au delà de ce clivage. D’abord parce que, comme je viens de l’expliquer, il n’est plus opérant sur bon nombre de sujet. Ensuite, parce que ce clivage ne répond plus aux attentes des citoyens qui perçoivent parfaitement que face à la complexité des enjeux de notre monde, on ne peut réduire les réponses à ce schéma simpliste « Gauche/Droite ». Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la moitié de nos électeurs ne se déclare ni de gauche, ni de droite, ni du centre. Enfin, parce que nous ne gagnerons pas seuls, et surtout pas bloc contre bloc. Au contraire, il nous faudra aller au delà de la Gauche si nous voulons incarner une autre manière de faire de la politique, sans renier nos valeurs.
AC : Et demain, les élections cantonales, que va faire Europe-Ecologie ?
PH : On verra... Je n’en suis ni le dirigeant, ni le porte-parole. Mais il est clair que ce sera un moment de vérité. Il faudra que nous soyons capable de montrer à la fois notre capacité à rassembler et à nous ouvrir au delà des frontières habituelles. C’est à mon sens la condition sine qua non pour faire vaciller la majorité actuelle et surtout peser plus franchement et fortement sur les orientations de notre département. La fin de la gratuité des transports scolaires et, en parallèle, la construction d’un centre de congrès pour 27 millions d’euros sont à ce titre des sujets symboliques des choix actuellement opérés. Mais être contre ces décisions ne suffit pas à faire un projet cohérent, encore moins à tracer des perspectives durables pour notre département. Il va nous falloir fixer des orientations sérieuses et réalistes sur l’avenir de notre département. Pour moi, elles devront intégrer impérativement la préservation de nos ressources, anticiper la fin de l’économie du pétrole et développer de nouvelles richesses, sociales, environnementales mais aussi économiques. Compte tenu des contraintes budgétaires, on ne pourra vraisemblablement pas brutalement ou radicalement changer toutes les politiques. D’autant plus que, si la réforme des collectivité aboutit, les jours de l’échelon départemental sont comptés. Il faudra donc tenir un langage de vérité à l’occasion de ces élections : Ne pas promettre le grand soir, ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain mais au contraire, tenter d’associer les Aubois à la complexité des dossiers qui nous attendent.
AC : Quelles sont vos ambitions ? Faire le meilleur score ? Passer le 1er tour ? Être élu ? Devenir majoritaire ?
PH : On ne se présente pas à une élection pour la perdre, ni pour faire de la figuration ! Europe-Ecologie a vocation à exercer des responsabilités. Mais il faut être lucide aussi. Le département est encore une terre de mission pour les écologistes. Et sauf à vouloir prétendre à l’hégémonie que nous reprochons aux autres, il faudra composer avec d’autres partenaires. En tout état de cause, il faudra amener le maximum de candidats, titulaires ou suppléants, à passer la barre du 1er tour. Après, pour reprendre le slogan d’un homme politique bien connu, tout devient possible !










