Quel est donc l’état de la catastrophe ? Non seulement il n’y aura pas d’électrification de Paris à Troyes, car celle-ci n’offre aucun intérêt pour la SNCF et RRF, mais on apprend que l’axe nord sud ne verra jamais le jour car le choix a été fait d’électrifier la ligne Saint Dizier Culmont pour le fret descendant du nord au sud. L’extension TGV de Chalons à Vatry verra même le jour, en revanche elle s’arrêtera là. Bref Troyes se retrouve encore plus au milieu de son désert ferroviaire. Prochaine étape l’arrêt de la ligne Troyes Chaumont et nous serons reliés à Paris par un gentil RER comme Provins ou Gretz. Fermez le ban c’est une certitude
Ils viennent de découvrir ce que nous avons soulevé il y a plus de trois mois. Notre Philippe Adnot a grimpé aux rideaux en découvrant que l’électrification du Paris Troyes n’était pas prévue avant 2020 et même pas envisagée pour 2030 dans le grand plan lancé par le gouvernement sur les voies de communications. Faut-il en rire, faut-il en pleurer, j’avoue qu’à part en pleurer nos élus ont fait preuve d’une incapacité phénoménale sur ce dossier.
Comment en est-on arrivé là ?
La ligne 4 Paris Mulhouse est depuis longtemps déficitaire au niveau des voyageurs. Seules les parties Paris Troyes et Vesoul Mulhouse restent du point de vue voyageurs à peu près rentables. Tout le reste est fortement déficitaire. Le fret de son coté se réduit depuis une vingtaine d’années inexorablement. La raison est très simple. La ligne Paris Strasbourg est électrifiée depuis longtemps. Le coût de la tonne fer électrique par rapport à la tonne fer Diesel est beaucoup plus favorable. Résultat 80 % du fret à destination de Paris Sochaux Mulhouse voir Bâle passe par Strasbourg, même si le trajet est plus long. L’arrivée du TGV EST a fortement décongestionné la ligne électrifiée classique jusque Nancy, libérant ainsi de nombreux créneaux pour le fret, rendant cette option encore plus favorable. L’extension de la ligne TGV sur Strasbourg signera alors définitivement la mort du fret sur notre ligne 4. Seule le fret à destination où au départ de Troyes et de l’Aube (principalement Acier et Céréales) transitera par Pantin. La construction en cours de la LGV Rhin Rhône entre Dijon et Belfort retirera le peu de passager à destination de Mulhouse Belfort qui transitaient encore par Troyes et qui prendront un TGV Paris Dijon Mulhouse. Bref L’axe Troyes Culmont n’offre donc plus aucun intérêt. Ni voyageur, ni même fret. Bref c’est la mort définitive de la ligne. Ajoutons également que la mise à grand gabarit jusqu’au port de Nogent retirera encore du fret sur la ligne ferroviaire et l’on comprends que RFF n’a aucun intérêt à dépenser un kopeck sur cet axe.
Etait ce inéluctable ?
Non il y a 20 ans, oui depuis 20 ans. Si l’électrification promise il y a 40 ans avait eu lieu, la donne eut été différente car le fret via la ligne de Strasbourg ne représenterait qu’un alternative à la ligne 4 et que la ligne 4 serait elle-même une bonne alternative à une partie du fret entre Paris et le sud de la France pour décongestionner la ligne classique PLM. Depuis le TGV sud est arrivé, Le TGV est va bientôt être terminé dans sa totalité, bref les lignes classiques PLM et Paris Strasbourg seront suffisantes.
Avait –on d’autre choix que celui de s’arque bouter sur l’électrification de la ligne 4 ?
Oui, mais c’était il y a 25 ans ! Lorsque j’écrivais dans une petite feuille de choux ronéotypée et distribuée à 150 exemplaires appelée "Perspectives Auboises", que l’avenir passait par l’obtention d’une ligne ferroviaire nord sud (et pourtant Vatry n’existait pas), je fus raillé et considéré comme un doux rêveur par tous ces politiques qui eux savaient. En fait il ne savaient rien et étaient à 1000 lieux des développements économiques et surtout de l’évidence frappante à la seule lecture des cartes du réseau existant. Pourquoi n’ont-ils pas appliqué au fer la logique dans laquelle s’était engouffré Robert Galley s’agissant des autoroutes ? C’était pourtant la même. Un le contournement de Paris, deux les transferts nord sud. Ce qui valait pour la route valait pour le fer. Obtenir dans un premier temps Chalons Chaumont via Troyes (rappelons que le schéma directeur prévoyait la A26 via Saint Dizier et évitait Troyes) en gageant que l’axe Paris Troyes deviendrait naturel était la bonne démarche. C’est exactement comme cela que cela s’est passé. Seul ombre, à l’époque le projet de Stade de France de Saint Denis était concurrencé par un projet à Melun Sénart. Si celui-ci avait vu le jour la A5B serait reliée directement au périphérique parisien plutôt qu’à la francilienne, mais bon les autoroutes sont là.
Pourquoi la liaison nord sud aurait-elle pu sauver la ligne 4 ?
C’est le fret qui aurait pu sauver la ligne 4. Si une vraie alternative de contournement de Paris avait eu lieu entre Châlons et Troyes, celle-ci redonnait des perspectives de rentabilités à RFF sur la partie fortement déficitaire, Troyes Lure. C’est malheureusement aussi simple que cela !!. L’électrification de Troyes Culmont devenait rentable à terme, celle de Paris Troyes aurait suivi. La situation géographique de Troyes en faisait naturellement une gare d’arrêt et départ de ferroutage sur l’axe nord sud, conjuguée au nœud autoroutier si l’axe Troyes Bourges avait été réalisé, cela confortait la place de Troyes comme plate forme logistique de premier rang. Le parc sud serait déjà trop petit !! Il ne s’agit pas de si et de mais qui mettraient Paris dans une bouteille, mais des réalités qui se présentaient à nos élus et qu’ils n’ont pas voulu comprendre !!
Est-ce définitivement perdu ?
J’ai bien peur que oui. En tout cas il nous faut trouver un axe d’approche totalement différent. Ce n’est en tout cas pas celui d’essayer de relancer le vieux projet Pitois qui consistait à se raccorder au TGV sud (ligne passant à moins de 50 km de Troyes). Il est intéressant d’ailleurs de constater que Philippe Adnot reparle d’un projet qu’il a proprement torpillé quelques années auparavant. Il nous faut à présent ne penser qu’en terme de TGV. Qu’elle transversale pourrait passer par Troyes, celle venant de Vatry, c’est certain, mais pour aller où ? Certainement à Saint Florentin pour se raccorder au TGV sud ou via Châtillon pour se raccorder à la future LGV Rhin Rhône. Mais c’est là que nos politiques peuvent reprendre le flambeau à condition de ne pas porter le projet seuls. Le raccordement de la liaison nord sud au LGV Rhin Rhône peut être aussi porté par la région Bourgogne car il intéressera Dijon et Besançon. Le raccordement à Saint Florentin peut par extension intéresser la région Centre et les Pays de Loire dans la préfiguration de l’axe en actuelle réflexion nommé le barreau est ouest (Nantes Vierzon qui pourrait voir sa prolongation jusque Troyes interconnectant ainsi le réseau sud ouest au réseau sud est, voire à l’alternative au TGV sud est passant par Clermont Ferrand. Bref les alternatives sont nombreuses. Encore faut-il y réfléchir sérieusement en imaginant les transferts de personnes d’ici 20 ans, en tirant tous politiques de quel bord que ce soit, dans le même sens et cela avec d’autres régions. Et surtout en arrêtant l’arlésienne de l’électrification du Paris Troyes. Notre ville n’a aucun avenir à devenir une banlieue dortoir de Paris. Son avenir est dans une transversale.










