Chapi et Chapo ont été généreux. Pour le premier, la manifestation troyenne contre la « xénophobie d’état » aurait rassemblé 300 personnes. Pour le second, 200 troyens se seraient réunis devant l’Hôtel de Ville. A tout casser, ils n’étaient en réalité à peine plus de 150 à protester contre la politique populiste de Sarkozy.
Même en considérant l’hypothèse la plus optimiste, celle de Libération-Champagne, la mobilisation troyenne reste bien en-deçà de ce qu’on pouvait espérer. Dans l’Aube, pas moins de 17 organisations appelaient en effet à se joindre à ce mouvement. 17 organisations réunissant 150 à 300 manifestants : Le ratio donne la mesure de l’infinitésimale capacité de mobilisation de la gauche. Chacune d’entre-elles n’aura en effet réussi à rassembler au mieux 18 personnes, au pire à peine 9 aubois ! Moins que les effectifs revendiqués par les différents partis politiques de la gauche. Autant dire que ce collectif d’un jour n’a rien fait d’autre que rassembler le microcosme de la gauche locale. Sur le forum de l’Hôtel de Ville, tout le monde ou presque se connaissait. On était là entre-soi, entre militants convaincus et sympathisants aguerris. On a lu quelques beaux textes, chanté d’émouvantes chansons entre gens de bonne compagnie. Bref, avec beaucoup de conviction, on a pratiqué l’onanisme politique ! Ça fait du bien, c’est déjà ça...
Où étaient les citoyens ?
Entre une belle journée de fin d’été, un vide-grenier savinien ou le traditionnel marché troyen, les citoyens ont donc brillé par leur absence. Les quelques badauds égarés sur cette place ou ceux assis en terrasse, n’auront jeté qu’un bref coup d’oeil vers ces manifestants. Pas davantage. Rien d’étonnant, car le populisme a toujours la côte. Et les annonces sécuritaires de Sarkozy, il faut être lucide, sont largement approuvées par les Français, même lorsqu’ils sont de Gauche ! Plus surement encore, le traditionnel rassemblement « unitaire » sous une banderole usée n’excite plus grand monde. Le passage obligé consistant à écouter des textes lus avec plus ou moins de passion dans une sono poussive ne sont guère plus efficace pour réveiller les passants. Bref, il fallait avoir la gauchitude chevillée au corps et 15 à 20 ans de militantisme acharné pour se rendre, samedi dernier, à ce rassemblement.
300 personnes, pour un rassemblement digne des années 70, et dans un contexte où triomphe le populisme, ce n’est finalement peut-être pas si mal ! Reste que si la gauche veut s’adresser au plus grand nombre, si elle souhaite réunir, au delà du petit noyau militant, les citoyens le plus largement possible, elle devra trouver d’autres formes d’organisations, d’autres méthodes de communication. Sans cette révolution culturelle indispensable, aussi bien sur le fond que la forme, le petit monde de la gauche continuera son petit chemin. Et le populisme aura un boulevard devant lui.










