Que faire des déchets nucléaires ? Michel Guéritte n’en veut toujours pas au fond de son jardin. J’ai bien tenté de le convaincre, mais l’homme est têtu. Nicolas Dhuicq rêve de les voir plonger au fond de lac Amance ! Enfin, Patrice Torrès [1], en pensant à Michel Guéritte, lui mettrait bien là où j’pense ! Cela aurait l’avantage de régler deux problèmes à la fois. Mais l’image de l’Andra en souffrirait un peu. Et le fondement de mon ami Michel aussi...
Bref, personne ne sait sérieusement quoi en foutre !
Au delà du projet FA-VL, les ingénieurs de l’Andra sont depuis quelques temps confrontés à deux problèmes. Deux problèmes pour lesquels l’Agence Nationale vient d’obtenir une enveloppe de 100 millions d’euros au titre des « priorités stratégiques d’investissement » et du programme « Nucléaire de demain ». Avouons qu’évoquer les déchets nucléaires d’hier dans un programme intitulé « Nucléaire de Demain », ça ne prête pas vraiment à l’optimisme sur le futur qu’on nous prépare...
Un incinérateur pour les déchets nucléaires bientôt dans l’Aube ?
Il y a d’abord des déchets nucléaires (Terres contaminées, liquides divers, vêtements...) contenant « une part organique ou chimiquement active ».
Dans la langue de tous les jours, cela signifie, en quelque sorte, que ces déchets vivent encore. Un peu comme vous et moi, il vieillissent, s’oxydent, produisent des gaz (beaucoup moins sympathiques que les miens...) et finissent par se décomposer. Bref, ils libèrent tout un tas de composés et constituent un vrai poison pour le stockage « définitif ». Car vous l’aurez compris, de tels processus menacent sérieusement l’étanchéité supposée des stockages. Remarquons que, plus de 40 ans après l’ouverture du premier centre de retraitement de la Hague, nos p’tits copains de l’Andra ne savent toujours pas comment se débarrasser de ce type de déchets pourtant assez banal... Nos amis ont, toutefois, peut-être trouver la solution, ou plutôt deux solutions :
L’incinération/vitrification par torche à plasma et la minéralisation par pyrolyse.
Inutile d’entrer dans le détail de ces procédés. Grosso modo, il s’agit de faire cramer à très, très haute température ces déchets pour obtenir quelque chose qu’on espère plus stable et moins emmerdant à stocker... En tout cas, l’Andra envisage la construction d’une unité de traitement par pyrolyse et la création d’une unité pilote dès 2012 pour le développement du procédé plasma. Le lieu n’est pas encore choisi. Mais on imagine déjà un député aubois, pas très grand, mais très influent et très nucléophile, frétiller d’avance à l’idée de pouvoir concilier ses deux passions : l’incinération et le nucléaire. Tout ça au beau milieu du Parc Naturel, ça aurait d’la gueule, non ?
Un vélo à l’uranium 238 : est-ce efficace pour gagner le Tour de France ?
Le deuxième problème auquel sont confrontés les experts de l’Andra est celui des déchets métalliques.
« Selon les prévisions de l’inventaire national, environ 350 000 tonnes de déchets métalliques TFA (très faible activité) seront livrées à l’ANDRA d’ici à 2030 en tant que déchets ultimes. L’essentiel de ces déchets sont des aciers. D’autres métaux comme le cuivre, le plomb et l’aluminium sont concernés en plus faibles quantités. », nous explique-t-on dans la convention signée. Évidemment ces déchets prennent beaucoup de place. Et l’Andra, qui sent bien les emmerdements à vouloir ouvrir de nouvelles poubelles nucléaires, doit faire autrement pour économiser ses disponibilités de stockage. C’est là qu’arrive l’idée lumineuse. Cette French Touch’ du nucléaire qui donne à l’Andra ce petit supplément d’âme que le monde nous envie. Puisqu’on ne peut pas stocker ces déchets radioactifs, puisque les métaux sont de plus en plus rares, pourquoi ne pas les recycler et les réutiliser ? Pourquoi ne pas imaginer des cannettes au strontium 90 ou, mieux encore, un vélo à l’uranium 238 ? C’est ce que s’apprête à développer l’Andra dans les années à venir grâce à la manne financière de l’État. Dans un premier temps, rassurez-vous, il ne s’agira pas de construire de nouvelles Tours Eiffel, ni de produire des cannettes de sodas avec ces métaux radioactifs. Ces derniers, nous dit-on, seront utilisés au sein de l’industrie nucléaire. Mais il faudra bien transformer la matière première contaminée. Pour cela, l’Andra et l’État conviennent que cette transformation pourrait être envisagée, accrochez-vous : « dans des installations conventionnelles, hors industrie nucléaire. Cette opération devrait se réaliser avec un partenaire (PME transformatrice de l’acier) qui devra se conformer à des exigences contraignantes de traçabilité renforcée afin d’éviter qu’une partie de l’acier sorte inopinément du domaine nucléaire. »
On ne sait plus quoi faire de ces déchets nucléaires
En clair, une petite entreprise pourrait demain, au cœur de son établissement, avec ses salariés, recycler des déchets radioactifs ! Même si on évoque « des exigences contraignantes de traçabilité renforcée », les derniers scandales concernant l’exportation de déchets nucléaires vers la Russie ou la présence de matières radioactives sous le parking d’un terrain de foot peuvent nous faire douter de la parfaite sécurité de telles opérations. Plus grave, cette convention signée entre l’Etat et l’Andra, montrent à la fois les difficultés à trouver des solutions à ces poisons et la volonté, voilée, de diffuser, hors de filières sécurisées, des déchets hautement dangereux dont on ne sait pas quoi faire.
[1] Directeur du CSA













