Entre une matinée de pêche et une partie de Tennis, François Baroin a répondu à France-info. Le ministre du Budget confirme la prévision de croissance de 1,4% et l’engagement de ne pas augmenter les impôts... de manière directe ! Il s’agit explique-t-il de : « conforter le choix souhaité par le président de la République de ne pas augmenter les impôts de manière directe. » (sic)
Autrement dit, on pourra augmenter les impôts mais discrètement, sans rien dire, en laissant croire le contraire. Un peu comme tonton Marcel qui tente d’arrêter de fumer mais va s’en griller une ou deux, en cachette, dans les WC du sous-sol !
Comment cacher un lapin dans un chapeau ?
Pour réussir ce tour de passe-passe et cacher efficacement le lapin dans le chapeau, il suffit de transférer ici une charge aux collectivités territoriales (et les contraindre ainsi à augmenter les impôts), supprimer là une demi-part fiscale pour les étudiants, ou raboter ailleurs les crédits d’impôts en faveur de l’aide aux personnes...
Résultat : officiellement vous pouvez vous glorifier (est-ce bien une gloire ?) de ne pas augmenter les impôts tout en remplissant un peu plus copieusement les caisses de l’État.
Comment trouver 40 milliards ?
Reste l’objectif essentiel nous explique François Baroin : Réduire de 2 points la part des déficits publics par rapport au PIB dès 2011. Pour le ministre de la ceinture serrée du budget, il faut donc trouver 40 milliards d’euros. Pour cela, l’augmentation déguisée des impôts ne suffira pas. Il faudra taper dans la dépense publique. François « J’ai un hérisson dans les poches » Baroin explique donc que nous serions : « dans un pays qui dépense énormément […] On a un taux de dépense public qui de près de 54% par rapport à notre richesse nationale ». La solution coule donc de source : « Nous allons d’abord et avant tout produire l’effort sur la dépense »... CQFD !
Une bonne saignée et tout ira mieux !
Pour un homme intelligent comme François Baroin et de surcroit ministre du budget, cette démonstration est au mieux réductrice, au pire franchement stupide. Fanfan, comme beaucoup d’autres, part du postulat que le niveau de dépense publique serait un critère de performance pour un Etat. « On est dans un pays qui dépense énormément » explique-t-il. Sous-entendu, nous dépenserions trop, nous serions laxistes, et même inefficace face à des pays plus rigoureux, plus performants, plus dynamiques. Et en réduisant cette dépense publique, forcément, nous retrouverions les chemins du développement. Une telle vision de l’économie n’est pas sans rappeler celle de la médecine du Moyen-âge : une bonne saignée et tout ira mieux ! Sauf que la réalité n’est pas si simple. Sauf que l’idée d’une France qui dépenserait trop relève plus de la tarte à la crème politico-économique que d’une vraie réflexion. Et, en vérité, il n’existe aucune corrélation, aucun lien de causalité entre le niveau de développement économique et les performances d’un pays.
La dépense publique française est-elle élevée ?
Oui. Indiscutablement. Au sein de l’UE, qu’on intègre ou non les dépenses de santé, les dépenses publiques françaises sont parmi les plus hautes. La France se place à la 2e place (derrière la Suède) ou à la 5e place (hors protection sociale et santé).
Ces dépenses sont-elles trop élevées ?
Il ne peut pas y avoir de réponse toute faite à cette question. Tout dépend de la société que nous voulons. En tout état de cause, le niveau de ces dépenses publiques n’est pas un critère pour juger du développement d’un pays. La Suède, le Danemark, la Finlande, l’Autriche ont tous des niveaux élevés mais font pourtant parti des pays les plus développés (cf carte de l’IDH [1])
A l’inverse, l’Espagne, la Grèce, Chypre, Malte, la Pologne ont une dépense publique inférieur à la moyenne européenne et un IDH plus faible que les pays précédents.
Cette démonstration, sortie de mon cerveau gauche, tendrait donc à prouver que la dépense publique est bénéfique. Pas forcément. A contrario des chiffres précédents, mon cerveau droit observe que l’Italie et la Hongrie ont des dépenses publiques importantes mais un IDH relativement plus faible. L’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Irlande ou les Pays-Bas ont quand à eux, des dépenses publiques inférieures à la moyenne européenne mais un IDH au niveau de la France, de la Finlande ou de la Suède.
Pour ajouter encore plus de confusion, si on prend les dépenses publiques hors protection sociale et santé, l’idée d’une corrélation est encore plus hasardeuse. Dans le top 5, on retrouve des pays avec un IDH élevé (France et Suède) et d’autres avec un IDH faible (Hongrie, Chypre). Pour les pays soit-disant les plus « rigoureux », la situation est tout aussi confuse...
Dire, comme François Baroin, que la France dépense énormément relève d’un jugement idéologique sans fondement.
Bref, ces chiffres témoignent d’une seule chose : l’absence de lien entre le niveau de dépense publique et la performance économique et sociale d’un pays. Dire, comme François Baroin, que la France dépense énormément relève donc d’un jugement idéologique sans fondement. Un jugement indispensable pour pouvoir offrir aux revenus les plus élevés les baisses d’impôts promises. Redisons-le, le niveau de dépense publique n’est pas un critère pour juger de notre développement. Réduire cette dépense n’a pas de sens. L’augmenter non plus. L’important n’est donc pas le volume de cette dépense, mais la manière dont chaque État utilise ce volume et ces milliards. Et là, sans aucun doute, on trouvera de nettes différences entre la Suède, la Hongrie, l’Italie et même la France !














