D’abord, j’ai cru à un poisson d’avril. Il faut dire que le temps, pour un mois d’avril est plutôt maussade en ce milieu d’été ! Il faut dire aussi que la présence du sosie de Laurent Cabrol aux côté de Dominique Boisseau et Jean-Pierre Gye-Jacquot sur la photo de Chapi-chapo pouvait faire croire à une mauvaise blague. Mais il fallait se rendre à l’évidence, l’annonce faite par l’Est-Eclair n’avait rien d’un canular : les pavés de la place Jean-Jaurès seront re-re-re-fait.
Bon, on s’en doutait un peu. Depuis au moins deux ans, les pavés se déchaussent, s’affaissent, se brisent ou se barrent en couilles au grand bonheur des gamins qui y trouvent, les jours de pluies, d’improbables flaques d’eau.
la grosse Berta des travaux publics aura fait pshitt !
Depuis 2 ans seulement ? Non, en vérité, depuis 5 ans et la première requalification de cette place, la chaussée n’a jamais résisté plus de quelques mois au passage des bus et des voitures. Auboisementcorrect en fit ses gorges chaudes un long moment. Dépose, repose, re dépose et re-repose... l’affaire nous donna même le droit à un procès pour une chronique tordante publiée par Cassandre.
Il faut rappeler qu’en 2006, la ville, après de premiers déboires sur cette place, avait sorti l’artillerie lourde, la grosse Berta des travaux publics : la fameuse technique dite « à la parisienne ». Grâce à elle et à ces litres de goudron déversés, le pavé récalcitrant, nous promettait-on, ne bougerait plus !. Belle promesse ! Promesse pour les naïfs puisque renseignements pris à l’époque auprès de la Ville de Paris, on m’expliquait que cette réfection ne résisterait pas plus de 3 ans. Et effectivement, depuis 2008, pour rouler sur cette chaussée, mieux vaut, au sens propre tenir le haut du pavé !
Le même pipeau qu’en 2006.
Pour la énième fois, on s’apprête donc à refaire ces fichus pavés. Pas seulement Place Jean Jaurès mais aussi Rue Émile Zola. Et pour nous convaincre de l’excellence de la technique, on nous rejoue le même pipeau qu’en 2006.
Souvenez-vous : Aux grandes heures de la goudronnisation de la place Jean Jaurès, alors que remontaient les effluves du bitume et que suintait l’avant-garde d’une marée noire, on nous expliquait les mille et une vertus de la technique ancestrale à la parisienne. Certes, tout cela collait aux basques et puait un peu mais c’était là, nous disait-on, un mal pour un bien. D’ailleurs, la technique "à la parisienne" ayant fait ses preuves à... Paris, là où la circulation est bien plus dense. Forcément, elle donnerait des résultats plus satisfaisants encore à Troyes.
La technique « à la rennaise » remplacera celle à la parisienne.
Effectivement, les résultats sont là... A tel point que les organisateurs du Paris-Roubaix ont pensé faire appel aux techniciens troyens pour refaire les mythiques routes de cette classique ! Devant un succès si probant, nos Pieds-Nickelés du pavage ont donc tourné leurs regards vers la Bretagne. La technique « à la rennaise » remplacera celle à la parisienne. Et la grande poilade pourra continuer avec cette fois-ci un p’tit parfum d’hydromel. Souvenons nous encore : Il y a 4 ans, Jean-Pierre Gye Jacquot justifiait l’utilisation de la technique à la parisienne par ces mots : « une chaussée sur laquelle passent des bus et des véhicules doit être un minimum souple. Sinon c’est comme le carrelage dans une maison, si celle-ci travaille, les joints cassent ». Quelques étés plus tard et quelques pavés en moins, Chapi-Chapo nous explique la nouvelle technique : « les pavés traditionnels vont être retirés. Ils seront remplacés par des carrés en porphyre de seulement deux centimètres d’épaisseur et qui seront posés non plus sur du sable mais collés sur une grave bitume. D’où leur nom de pierres minces collées. ». Bref, on s’apprête à faire ce qu’il ne fallait surtout pas faire il y a 4 ans : coller du carrelage sur la chaussée !
Qu’on se rassure, tout comme la technique à la parisienne avait fait ses preuves à Paris, « cette technique, en vigueur depuis dix ans à Rennes, s’avère bien plus résistante au passage des bus et des camions de livraison. » explique Libération-Champagne. J’avoue ne pas être totalement convaincu et me demander pourquoi nous n’avons pas employé la technique rennaise avant la parisienne...
J’avoue même craindre, d’ici 3 ou 4 ans, de découvrir les bienfaits de la technique à la Cambrésienne...
Un patchwork en pavé ! So British...
Mais le meilleur arrive pour la fin. Ces nouveaux pavés au beurre salé ne seront utilisés que sur quelques dizaines de mètres !! Un p’tit bout refait ici, au bas de la Place Jean Jaurès, un autre là-bas, rue Milo (entre Saussier et Poincaré), l’artère principal du bouchon ressemblera dans quelques semaines à un patchwork en pavé ! La grande classe et un bel aboutissement pour une requalification qui se voulait être la vitrine de l’oeuvre de François Baroin.
Évidemment, tout cela s’apparente fort à du rafistolage ou du bricolage. Les pavés foutent le camp ? On en repose de nouveaux, plus solides. Ils se refont la malle ? On en remet des plus solides encore ! Bref, pour reprendre l’expression d’un ami : on fait plus de la même chose, sans prendre en compte la globalité du sujet. Tout cela nous coûte cher, sans apporter aucune solution pérenne.
Quid du plan de circulation ?
Quid de la place des différents utilisateurs de cette chaussée ?
Quid de l’application de la nouvelle réglementation (zone de rencontre) sur l’axe Jaurès ?
Quid des riverains, des commerçants ou des clients ?
La Ville n’a pour l’instant apporté à cet axe que des réponses esthétiques ou techniques, sans jamais réfléchir à ce qu’on pouvait attendre d’une requalification réussie.
Les photos ont été prises en août 2008 et témoignent, il y a déjà deux ans, de l’état de la place Jean-Jaurès













