Expulser les Roms. Chasser les tziganes des campements illégaux. Déchoir de la nationalité les mauvais Français un peu trop vite naturalisés... Nicolas Sarkozy a pour les uns dit ce qu’une majorité silencieuse pense tout bas. Pour les autres, le président est coupable d’un nouveau dérapage. Un de plus. Pour les derniers, auquel j’appartiens, le président de la République a franchit la ligne jaune : celle qui sépare un discours sécuritaire, autoritaire, bonapartiste d’une propagande discriminatoire voire xénophobe.
Je n’ai pas été de ceux qui ont pu juger, en 2007, que Nicolas Sarkozy pouvait représenter un danger pour la démocratie. Je n’ai pas pensé, un seul instant, que les déclarations musclées du ministre de l’intérieur de l’époque, pouvaient constituer une atteinte aux libertés fondamentales. Jusqu’à ce mois de juillet 2010, les faits m’ont donné raison. Certes, Nicolas Sarkozy a fortement personnalisé le pouvoir. Sans doute exerce-t-il sa présidence d’une manière autoritaire. Vraisemblablement cherche-t-il a maîtriser l’information à son profit. Mais il faut le reconnaître, un tel comportement bonapartiste n’est rien d’autre que celui d’un De Gaulle à ses grandes heures. Et personne ne peut raisonnablement considérer le Gaullisme comme l’avatar d’une dictature.
Nicolas Sarkozy n’avait finalement fait qu’incarner cette tradition franchouillarde, admirablement décrite par René Rémond dans son ouvrage les Droites en France : celle d’une droite autoritaire mais réformiste ; d’une droite attachée à l’ordre mais ouverte aux classes populaires ; une droite qui aime l’argent mais plus encore la méritocratie républicaine. Bref, une droite dans laquelle un Julien Sorel vivrait comme le plus heureux des hommes !
Même si ce régime politique n’est pas ma tasse de thé, loin de là, il ne me paraissait pas mériter l’opprobre dont il était victime. D’autant plus que le danger de considérer le Sarkozysme comme les prémices d’un nouveau fascisme, au delà de l’erreur historique flagrante que constituait une telle analyse, risquait de rendre inaudible, pire encore de banaliser, les vrais discours de haine qui hantent toujours notre société française.
La donne a changé ces derniers jours. Sarkozy n’a pas dérapé comme peuvent le déclarer quelques responsables de l’opposition. Ses déclarations n’ont rien de commun avec la nomination de son fils à la tête de l’EPAD, l’affaire Woerth, ou le choix d’un Rémy Pflimlin comme patron de France Télévision. Ce qu’il a fait est plus grave. Bien plus grave. Il s’est comporté comme le chef d’un clan ou d’une ethnie. Il a, pour faire oublier les turpitudes de son pouvoir, désigné un ennemi de l’intérieur. En d’autres temps ce furent les juifs. En d’autres lieux, prenant prétexte de n’importe quel fait-divers, ce furent ces juifs étrangers qui ont été choisis comme les boucs-émissaires et chasser de la terre qui les avait accueillie. En d’autres temps, ce furent ces juifs à qui l’on retira la nationalité. En d’autres temps, de tels actes n’ont conduit l’Europe qu’à la haine, la guerre et la destruction. Nous n’en sommes, heureusement, pas encore là. Mais Nicolas Sarkozy a bel et bien franchit cette ligne jaune. Celle qui oblige chacun à désormais devoir se positionner. Un François Baroin, qui à de nombreuses reprises a pu montrer son attachement aux valeurs de la République, peut-il cautionner de tels propos ? Est-il solidaire de cette vindict qui vient de s’abattre sur toute une communauté ? Au fin-fond de la Creuse, le ministre-maire doit sans doute ruminer l’erreur de son allégeance au Sarkozysme...











