Un acteur reconnu (Christian Brendel), des moyens conséquents, des idées originales qui raviront les enfants, des critiques comme toujours unanimes... difficile de dire qu’on n’a pas aimé l’édition 2010 de « Ville en Lumières ». D’autant plus que les organisateurs ont tenu compte des ratés de l’édition 2009. Plus difficile encore d’avouer s’être ennuyé pendant les 2 heures du spectacle. Si les gens cultivés, les journalistes, les élus, vous disent avoir aimé, c’est sans doute que votre niveau intellectuel est bien trop faible pour apprécier la teneur de cet événement.
Pourtant, avec un peu de honte et un p’tit complexe d’infériorité, j’avoue ne pas avoir saisi toute la dimension culturelle et artistique de cette soirée.
Je m’suis ennuyé...
Pour tout dire, je me suis ennuyé. Pas toujours, bien moins que l’année dernière, mais assez pour avoir, au bout d’une petite heure, la furieuse envie de m’échapper de cette foule. Certes, cette édition 2010 est plus accessible que le précédent millésime. Certes, le grotesque du mystère de la fée bleue a laissé place à une mise en scène bien plus plaisante et même à quelques passages franchement amusants. Mais irrésistiblement, l’ennui est revenu à mesure où les acteurs nous dispensaient, à chaque tableau, une pénible leçon d’une histoire littéraire revisitée pour les besoins de la cause « UNESCO ».
Je me suis ennuyé en mode binaire, un coup sur deux. Avec la désagréable impression, à chaque fois que l’aventure était sur le point de m’emporter avec elle, qu’un sombre fonctionnaire me réveillait pour me lire la page 4, alinéa 12 du dossier de candidature de notre ville au patrimoine immatériel. Rien à faire ! Cette foutue obstination à nous convaincre de l’universalisme, de l’omniprésence de ce bon vieux Chrétien dans les romans, le cinéma, la télé et même les jeux vidéo, cette pénible manie de nous faire la leçon sur la vie et l’oeuvre de ce sacré Chrétien semblaient, à chaque tableau, me mettre un coup dans les côtes et me dire : « Reviens sur Terre ! Écoute un peu, jeune imbécile ! La gaudriole, ce n’est pas pour ici ! Nous, on est là pour t’expliquer ce que tu ignores ». Et nous voilà partis pour un barbant exposé sur les apports de Chrétien de Troyes et de son oeuvre dans la pensée culturelle occidentale...
Le rêve, l’émotion, le frisson et les poils qui se dressent ne faisaient manifestement pas parti du cahier des charges de ce spectacle. Nous n’en étions pourtant pas très loin...
Mais j’ai bien digéré !
Et puis, il y a ce parcours, entre l’Espace Argence et la Basilique Saint-Urbain. Un parcours réduit, un vieux reste des déambulations, sans véritable lien avec l’histoire et dont la principale vocation semble être de permettre aux touristes de bien digérer l’andouillette AAAAA. Ce « Ville en Lumières » n’a en effet plus rien à voir avec le projet originel : celui de découvrir le patrimoine troyen sous un autre jour grâce à une scénographie lumineuse. Exemple le plus révélateur : cette halte autour de la fontaine Argence. Sauf à aimer la beauté urbaine des carrefours et des feux tricolores, on voit mal les touristes s’extasier sur l’architecture de ce lieu, et ce, malgré les deux ou trois guirlandes accrochées ici ou là... La cour de l’Espace Argence, le Parvis de la Médiathèque, celui de l’Eglise Saint-Rémi et de la Basilique Saint-Urbain n’offrent pas davantage cette mise en lumière qui était l’un des attraits de l’événement. A vrai dire, ce spectacle aurait pu se contenter d’un seul et unique lieu sans altérer ses qualités et en évitant l’important déploiement logistique.
La fin d’une formule, mais pas encore le début d’une autre
Disons le clairement, cette édition marque effectivement la fin d’une formule sans oser en tourner définitivement la page. Elle mélange encore trop les genres (déambulation, spectacle théâtrale, conférence culturelle) pour aboutir à un ensemble cohérent.
Si l’on souhaite permettre cette escapade touristique nocturne comme lors des premières éditions, alors les quelques guirlandes le long de la rue Gambey sont bien insuffisantes ; et le parcours proposé est loin de permettre la découverte des richesses urbaines de Troyes.
Si l’on veut offrir une oeuvre théâtrale originale autour de Chrétien de Troyes, alors il faudra proposer quelque chose qui parle à notre imaginaire et se dispense d’être le support d’une candidature au patrimoine immatériel.
Allons plus loin, car l’édition 2010 comporte quelques bons moments et laisse imaginer ce que pourrait être le cru 2011. Faisons d’abord le deuil, s’il le faut, du concept de « Ville en Lumières » pour lui préférer celui de « Ville en scènes » : un festival des arts du théâtre autour, pourquoi pas, de l’oeuvre de Chrétien de Troyes. A la manière de « Ville en Musique », laissons 2, 3 ou 4 compagnies théâtrales investir les plus beaux lieux de notre cité pour nous proposer des spectacles originaux inspirés par les lieux, par la quête du Graal, par la chevalerie, par Merlin... en s’épargnant toutes les leçons pseudo-littéraires fastidieuses qui empêchent notre imaginaire de se laisser transporter.
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