L'article

26
juil
2010

Sécheresse : A quoi servent les mesures de restriction ?

Une fois encore, une année de plus, des mesures de restriction ont été annoncées pour faire face à la sécheresse. Les particuliers ne pourront plus remplir leur piscine, laver leur voiture ou arroser leur jardin entre 11 heures et 18 heures. Les agriculteurs aussi doivent limiter l’usage de l’irrigation dans l’ouest et le nord du département.

A vrai dire, plus personne ne s’alarme de telles dispositions tant elles sont devenues habituelles depuis près de 10 ans. Beaucoup doutent également de l’efficacité réelle de ces recommandations. Et pour cause : ces interdictions interviennent souvent trop tard, un peu comme si on décidait de brutalement freiner alors que le mur n’est plus qu’à quelques mètres.

Dans l’Aube, une situation de sécheresse chronique depuis 10 ans

Rappelons en effet que vivons dans une situation de sécheresse chronique qui conduit, chaque année, la préfecture à renouveler les mêmes prescriptions. Depuis au moins 10 ans, le déficit de précipitation est constant, année après année. En témoignent ces données de la station de Troyes-Barberey, extraites du site de Météo-France :

Année Pluviométrie
2001 844 mm
2002 636 mm
2003 498 mm
2004 614 mm
2005 561 mm
2006 659 mm
2007 587 mm
2008 642 mm
2009 594 mm (374 mm fin juillet 2009)
2010 279 mm (données partielles de janvier à juillet 2010)

Le cumul annuel moyen étant de 653,4 mm, on peut constater que seules deux années (2006 et 2001) ont été excédentaires. Les 8 autres années ont été déficitaires et parfois mêmes très largement comme en 2003 (498 mm) ou en 2009 (594 mm). La sécheresse que nous connaissons n’a donc rien d’une surprise. Et l’on peut s’étonner que chaque année on fasse mine de se réveiller en juillet ou en août pour prendre quelques mesures aussi indispensables qu’inefficaces !

8 des 12 derniers mois montrent un important déficit pluviométrique

Sans même regarder 10 ans en arrière, l’observation des 12 derniers mois suffisait à prévoir cette sécheresse (et donc à l’anticiper). Toujours selon les données de Météo-France, depuis août 2009 le déficit pluviométrique est quasi-constant sur la station de Troyes-Barberey.

Mois Pluviométrie Cumul moyen
Août 2009 18mm 48.6 mm
Septembre 2009 31 mm 55 mm
Octobre 2009 23 mm 64 mm
Novembre 2009 65 mm 52 mm
Décembre 2009 83 mm 64 mm
Janvier 2010 38 mm 51 mm
Février 2010 47 mm 47 mm
Mars 2010 41 mm 51 mm
Avril 2010 15 mm 50 mm
Mai 2010 68 mm 60 mm
Juin 2010 39 mm 58 mm
Juillet 2010 31 mm 47 mm

Seules 4 mois ont été conformes ou supérieurs aux cumuls moyens (Novembre, décembre, février et mai). Les 8 autres mois ont été, pour la plupart, largement déficitaires ; particulièrement le mois d’avril 2010 où la station de Troyes-Barberey n’aura reçu de 15 mm de pluie contre les 50 attendus.

La leçon de l’Ardusson ou la chronique d’un assèchement annoncé.

Dès le début du printemps, on pouvait donc s’attendre et anticiper les effets d’une sécheresse quasi certaine, d’autant plus que chacun avait connaissance de cette sécheresse chronique qui sévit depuis près de 10 ans. De quoi regarder d’un autre œil la colère des amateurs de canoë il y a quelques mois à Saint-Julien et, plus récemment, l’assèchement de l’Ardusson. A ce propos, les riverains avaient dès février dernier alerté sur les risques d’un nouvel assèchement de cette petite rivière. Ils avaient réclamé des mesures immédiates, notamment des restrictions réelles dans l’irrigation et dans les quotas alloués. Bref, à juste titre, ils avaient souhaité anticiper la situation que tout le monde pressentait. Ils n’ont pas été écouté. Et aujourd’hui, comme on pouvait s’en douter, la conjugaison d’une longue sécheresse et de l’absence de mesures réelles a fini d’assécher l’Ardusson.

L’impuissance des autorités administratives

De toute évidence, les restrictions annoncées ces jours derniers ne pourront combler ce large déficit pluviométrique. D’abord, on l’a dit, parce qu’elles arrivent trop tard. Ensuite parce qu’elles sont quasiment inapplicables ! Les autorités peinent à faire appliquer la législation sur la sécurité des piscines privées. Comment pourraient-elles vérifier que Monsieur Machin n’arrose pas son jardin ou ne remplit pas sa piscine en pleine après-midi ? Comment pourraient-elles contraindre le monde agricole, omnipotent dans le département, à limiter drastiquement ces prélèvements en eau ? Il n’en reste pas moins que ces mesures sont indispensables. Indispensables car elles nous rappellent, au moins symboliquement, la préciosité de cette ressource dont le stock, certes renouvelable, reste pourtant limité. Elles nous préparent également à devenir plus responsable.

La tarification progressive : solution pour une consommation sobre et responsable

Face à une ressource sans doute demain de plus en plus rare, il nous faudra trouver les moyens d’une consommation plus sobre. Les mesures coercitives étant manifestement à proscrire, il faudra responsabiliser les consommateurs que nous sommes. Dans ces conditions, l’idée d’une tarification progressive de l’eau pourrait vite s’imposer. Elle consiste à reconnaître d’abord un droit à l’eau pour tous. Ces premiers m3, correspondant au besoin minimum de chacun, seraient quasi-gratuits. En contre-partie, les m3 supplémentaires seraient facturés par tranche avec un tarif augmentant progressivement. En résumé, avec ce système plus on consomme (au delà d’un certain seuil cette consommation relève davantage du confort ou du luxe), plus le m3 est cher. Ce système, applicable aussi bien pour les particuliers que pour les professionnels (industries ou agriculteurs) permettrait, sans remettre en cause les équilibres économiques, de rendre chacun plus conscient de cette nécessaire sobriété en matière de consommation d’eau.

post scriptum :

Logo : Les Viennes en septembre 2009

Mise à jour du 10 août : précision apportée sur les données chiffrées.



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Les commentaires (8)

Sécheresse : A quoi servent les mesures de restriction ?
  • Commentaire 41888 Patrick_C
    le 9 août 2010  à 23:45

    2009 594 mm
    2010 271 mm

    Plus c’est gros, plus cela passe ? Nan, parce que là c’est grossier : comparer une pluvio annuelle à une pluvio partielle, il fallait l’oser. Je ne nie pas la sécheresse, mais cette présentation c’est n’importe quoi.

  • Commentaire 41890 claudeh
    le 10 août 2010  à 07:18

    Effectivement, mais M.Houplon sait qu’il ne va plus pleuvoir jusqu’à l’année prochaine, il anticipe par principe de précaution.:-)

  • Commentaire 41892 PH
    le 10 août 2010  à 09:45

    Il n’aura échappé à personne que l’année 2010, n’est pas encore terminé et que donc cette donnée est effectivement partielle. Mais pour vous être parfaitement précis, la pluviométrie cumulée en fin juillet 2009 était de 374 mm (contre 279 mm fin juillet 2010). Ce qui fait de l’année 2010, la plus sèche depuis au moins 10 ans !

    PS : j’ai remis à jour les infos de ce tableau en tenant compte de votre critique.

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  • Commentaire 41897 l’écolo faché
    le 10 août 2010  à 10:35

    J’entends déjà : c’est la faute au "réchauffement climatique". Pourtant, s’il fait sec, ici, ce qui me semble normal, en été,
    en revanche, les moussons seraient violentes, puisqu’il y a beaucoup de morts.
    Ils ont oublié de nous dire que la plupart de ces morts, sont ceux qui vivent de plus en plus, en zone inondable. Les moussons n’ont rien d’extraordinaire, cette année. En russie, on crève de chaud. attendez une dizaine de jours, ils vont geler : l’air froid va descendre.
    La glace fond au pole nord ! Personne ne nous dit que la glace augmente au pole sud !
    Au lieu de donner une fois, de plus, dans le catastrophisme, allez voir du coté du soleil, de la nina, du nino, etc...
    En somme, rien d’extraordinaire !

  • Commentaire 41903 PH
    le 10 août 2010  à 11:59

    Le problème de la sécheresse n’est pas lié à un été sec (ce qui serait effectivement normal). Mais à toute une année et même 10 années consécutives de manque de pluie. Autrement dit, ce n’est pas le temps d’aujourd’hui qui fait la sécheresse, mais celui des 10 dernières années. Et là, on peut commencer à parler du climat et des conséquences possibles du dérèglement climatique.

    S’agissant de la canicule et Russie ou de la Mousson en Asie, je vous renvoie à cet article paru dans Libération : http://www.liberation.fr/terre/0101...

    Il explique bien qu’on ne peut pas encore dire qu’il s’agit d’un effet du réchauffement climatique. Le lien (ou son absence) avec le réchauffement climatique ne pourra être posé que sur le long terme. Ce qui ne signifie pas qu’il n’y ait pas de liens !

    On sait de manière plus certaine et pour confirmer s’il le fallait le réchauffement, que la première moitié de l’année a été l’une des plus chaudes depuis 130 ans ! http://www.20minutes.fr/article/583... et l’océan se réchauffe encore plus (c’est justement le réchauffement des océans qui peut entraîner des phénomènes extrêmes comme la mousson actuelle)

    Hausse globale des températures, augmentations des phénomènes extrêmes, sécheresse, incendie et sans doute cyclones plus forts d’ici quelques semaines, si ce n’est pas le réchauffement climatique, en tout cas, ça y ressemble furieusement !

    Quand au rôle du soleil, nous sommes dans une période d’activité très faible du soleil http://www.futura-sciences.com/fr/n...
    Nous devrions donc connaître une baisse des températures. Or c’est l’inverse. La faible activité du soleil ne compense pas les effets du réchauffement. Cette faible activité peut expliquer les hivers froids que nous connaissons en Europe mais en tout cas, n’influence pas le réchauffement. Rappelons pour finir que 2009 a été (de mémoire) la 2e année la plus chaude depuis 30 ans.

  • Commentaire 41912 faché
    le 10 août 2010  à 15:54

    "une des plus chaudes depuis 130 ans"...et, il y a 130 ans, pourquoi faisait-il déjà si chaud ?
    De plus : l’amerique du sud connait, actuellement, un temps très froid.
    Justement, le soleil : faible activité. Que serait-ce si cette activité était nulle ?
    La nina, le nino, les flux d’electrons, le vent cosmique, les courants terrestres et maritimes, les nuages,etc....je n’en finirai pas de lister les paramètres qui influent sur le climat.
    Mais non, tout le monde sait bien que l’homme est le principal responsable du réchauffement........
    Et quid des énormes variations de température depuis que l’homme est sur terre, et quid des variations encore plus importantes avant que l’homme ne soit sur terre.
    Je stoppe, nous n’allons pas recommencer ce débat dans lequel chacun campe sur ses positions.
    Bref, il y a ceux qui croient, sans argument valable, et ceux qui ne croient pas, sans argument valable, non plus.
    Conclusion : tous feraient mieux de se taire !

  • Commentaire 41937 PH
    le 11 août 2010  à 09:40

    - Il y a 130 ans, s’il a pu faire aussi chaud, c’est évidemment pour d’autres raisons, des raisons naturels. Mais ce n’est pas parce que le facteur humains (CO2) n’était pas en cause qu’aujourd"hui ce même facteur peut être dédouané. C’est comme si vous disiez : il y a 50 ans, l’électronique ne provoquait pas de panne sur les voitures et pourtant les voitures tombaient en panne. Donc aujourd’hui on ne peut pas incriminer l’électronique dans les pannes des voitures !!!!
    - Si l’activité du soleil était nulle, nous ne serions pas là !!!
    - La fraicheur en Amérique du Sud ne remet pas en cause la question du réchauffement. Tout comme, contrairement à ce que dit Allègre, l’hiver froid que nous avons connu ne remet pas en cause ce réchauffement. Le réchauffement est un phénomène global dont les impacts sont locaux et ces impacts se traduisent par des événements locaux plus extrêmes : vague de chaleur, pluies torrentielles mais aussi vague de froid !
    - S’agissant des arguments, nous ne sommes pas dans la croyance. LE GIEC a été créé en avant la chute du communisme et travaille donc depuis plus de 20 ans sur le changement climatique. Les doutes qui existaient en 1990 sur la responsabilité de l’Homme ont été effacé progressivement. Il faut donc regarder les choses sereinement et constater que les scientifiques sont aujourd’hui quasi-unanimes pour faire des activités humaines le facteur principal du réchauffement climatique.

    Le doute est légitime et même indispensable. Mais il ne doit pas freiner les décisions. Même si vous faites abstraction du réchauffement, l’assèchement des tourbières par les hommes a pu favoriser les incendies en russie. De même que la déforestation en Asie aggrave les inondations actuelles. Il y a donc suffisamment de raisons pour s’interroger sur notre mode de développement

  • Commentaire 41948 Colete
    le 11 août 2010  à 19:05

    Fraîcheur ou moiteur en Amérique du Sud ? Fraîcheur, pas partout !

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