Une fois encore, une année de plus, des mesures de restriction ont été annoncées pour faire face à la sécheresse. Les particuliers ne pourront plus remplir leur piscine, laver leur voiture ou arroser leur jardin entre 11 heures et 18 heures. Les agriculteurs aussi doivent limiter l’usage de l’irrigation dans l’ouest et le nord du département.
A vrai dire, plus personne ne s’alarme de telles dispositions tant elles sont devenues habituelles depuis près de 10 ans. Beaucoup doutent également de l’efficacité réelle de ces recommandations. Et pour cause : ces interdictions interviennent souvent trop tard, un peu comme si on décidait de brutalement freiner alors que le mur n’est plus qu’à quelques mètres.
Dans l’Aube, une situation de sécheresse chronique depuis 10 ans
Rappelons en effet que vivons dans une situation de sécheresse chronique qui conduit, chaque année, la préfecture à renouveler les mêmes prescriptions. Depuis au moins 10 ans, le déficit de précipitation est constant, année après année. En témoignent ces données de la station de Troyes-Barberey, extraites du site de Météo-France :
| Année | Pluviométrie |
|---|---|
| 2001 | 844 mm |
| 2002 | 636 mm |
| 2003 | 498 mm |
| 2004 | 614 mm |
| 2005 | 561 mm |
| 2006 | 659 mm |
| 2007 | 587 mm |
| 2008 | 642 mm |
| 2009 | 594 mm (374 mm fin juillet 2009) |
| 2010 | 279 mm (données partielles de janvier à juillet 2010) |
Le cumul annuel moyen étant de 653,4 mm, on peut constater que seules deux années (2006 et 2001) ont été excédentaires. Les 8 autres années ont été déficitaires et parfois mêmes très largement comme en 2003 (498 mm) ou en 2009 (594 mm). La sécheresse que nous connaissons n’a donc rien d’une surprise. Et l’on peut s’étonner que chaque année on fasse mine de se réveiller en juillet ou en août pour prendre quelques mesures aussi indispensables qu’inefficaces !
8 des 12 derniers mois montrent un important déficit pluviométrique
Sans même regarder 10 ans en arrière, l’observation des 12 derniers mois suffisait à prévoir cette sécheresse (et donc à l’anticiper). Toujours selon les données de Météo-France, depuis août 2009 le déficit pluviométrique est quasi-constant sur la station de Troyes-Barberey.
| Mois | Pluviométrie | Cumul moyen |
|---|---|---|
| Août 2009 | 18mm | 48.6 mm |
| Septembre 2009 | 31 mm | 55 mm |
| Octobre 2009 | 23 mm | 64 mm |
| Novembre 2009 | 65 mm | 52 mm |
| Décembre 2009 | 83 mm | 64 mm |
| Janvier 2010 | 38 mm | 51 mm |
| Février 2010 | 47 mm | 47 mm |
| Mars 2010 | 41 mm | 51 mm |
| Avril 2010 | 15 mm | 50 mm |
| Mai 2010 | 68 mm | 60 mm |
| Juin 2010 | 39 mm | 58 mm |
| Juillet 2010 | 31 mm | 47 mm |
Seules 4 mois ont été conformes ou supérieurs aux cumuls moyens (Novembre, décembre, février et mai). Les 8 autres mois ont été, pour la plupart, largement déficitaires ; particulièrement le mois d’avril 2010 où la station de Troyes-Barberey n’aura reçu de 15 mm de pluie contre les 50 attendus.
La leçon de l’Ardusson ou la chronique d’un assèchement annoncé.
Dès le début du printemps, on pouvait donc s’attendre et anticiper les effets d’une sécheresse quasi certaine, d’autant plus que chacun avait connaissance de cette sécheresse chronique qui sévit depuis près de 10 ans. De quoi regarder d’un autre œil la colère des amateurs de canoë il y a quelques mois à Saint-Julien et, plus récemment, l’assèchement de l’Ardusson. A ce propos, les riverains avaient dès février dernier alerté sur les risques d’un nouvel assèchement de cette petite rivière. Ils avaient réclamé des mesures immédiates, notamment des restrictions réelles dans l’irrigation et dans les quotas alloués. Bref, à juste titre, ils avaient souhaité anticiper la situation que tout le monde pressentait. Ils n’ont pas été écouté. Et aujourd’hui, comme on pouvait s’en douter, la conjugaison d’une longue sécheresse et de l’absence de mesures réelles a fini d’assécher l’Ardusson.
L’impuissance des autorités administratives
De toute évidence, les restrictions annoncées ces jours derniers ne pourront combler ce large déficit pluviométrique. D’abord, on l’a dit, parce qu’elles arrivent trop tard. Ensuite parce qu’elles sont quasiment inapplicables ! Les autorités peinent à faire appliquer la législation sur la sécurité des piscines privées. Comment pourraient-elles vérifier que Monsieur Machin n’arrose pas son jardin ou ne remplit pas sa piscine en pleine après-midi ? Comment pourraient-elles contraindre le monde agricole, omnipotent dans le département, à limiter drastiquement ces prélèvements en eau ? Il n’en reste pas moins que ces mesures sont indispensables. Indispensables car elles nous rappellent, au moins symboliquement, la préciosité de cette ressource dont le stock, certes renouvelable, reste pourtant limité. Elles nous préparent également à devenir plus responsable.
La tarification progressive : solution pour une consommation sobre et responsable
Face à une ressource sans doute demain de plus en plus rare, il nous faudra trouver les moyens d’une consommation plus sobre. Les mesures coercitives étant manifestement à proscrire, il faudra responsabiliser les consommateurs que nous sommes. Dans ces conditions, l’idée d’une tarification progressive de l’eau pourrait vite s’imposer. Elle consiste à reconnaître d’abord un droit à l’eau pour tous. Ces premiers m3, correspondant au besoin minimum de chacun, seraient quasi-gratuits. En contre-partie, les m3 supplémentaires seraient facturés par tranche avec un tarif augmentant progressivement. En résumé, avec ce système plus on consomme (au delà d’un certain seuil cette consommation relève davantage du confort ou du luxe), plus le m3 est cher. Ce système, applicable aussi bien pour les particuliers que pour les professionnels (industries ou agriculteurs) permettrait, sans remettre en cause les équilibres économiques, de rendre chacun plus conscient de cette nécessaire sobriété en matière de consommation d’eau.
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Mise à jour du 10 août : précision apportée sur les données chiffrées.













