L'article

6
juil
2010

Ville en lumières : Peut-on faire pire qu’en 2009 ?

Le spectacle « Ville en Lumières » avait, en 2009, tutoyé le ridicule. On se souvient qu’en guise d’hommage à Chrétien de Troyes et pour soutenir l’improbable candidature au patrimoine immatériel de l’UNESCO, la compagnie des Lutins Réfractaires nous avait proposé une histoire très obscure dans laquelle œuvraient des chevaliers armés de sabre-lasers !!!

Notre site s’était le premier fait l’écho du grotesque de ce spectacle, relayé peu de temps après par les médias traditionnels. Conséquence : les lutins réfractaires sont repartis dans leur forêt et la cuvée 2010 de Ville en lumières fait aujourd’hui appel à une nouvelle équipe (La compagnie Les Larrons) avec à sa tête Pascal Bancou et Xavier Lemaire.

Pour redonner de la magie à ce spectacle, cette nouvelle équipe promet plus d’émotion, plus d’histoire, plus d’humour, plus de théâtre, une meilleure sonorisation et moins de pyrotechnie. Bref, les responsables de ce spectacle semble, au moins sur la forme, avoir entendu les critiques de la précédente édition.

Cela suffira-t-il à réconcilier le public avec ce spectacle ? Ce dernier sera-t-il, comme nous promet Dame Lise « flamboyant » ? A défaut de pouvoir faire pire que le grotesque de l’édition 2009, quelques éléments conduisent à nous faire douter de la réussite du cru 2010.

Un pudding théâtral indigeste ?

Il y a d’abord ce choix mi-chèvre, mi-choux, entre la déambulation (qui a fait le succès des premières éditions) et la performance théâtrale pure et dure. Cette année encore, les responsables ont en effet voulu mélanger les genres. Or, la déambulation exige une certaine modestie dans son organisation, modestie nécessaire pour apprécier les lieux et donner au contenu historique et culturel toute sa pleine mesure. D’autant plus que le charme de notre ville réside dans l’étroitesse de ses rues et l’intimité de ses cours intérieures. Le spectacle théâtral (tel qu’il semble envisager cette année) nécessite, lui, un certain confort visuel et acoustique souvent incompatible avec la déambulation proposée. Ici, l’édition 2010 ira pourtant de places en parvis et de parvis en places oubliant tout ce qui fait le charme de la notre Cité pour trimbaler des centaines de personnes en essayant de leur faire suivre un scénario à la fois riche, dense et accessible au plus grand nombre ! Je crains qu’avec ce pudding théatro-estival nous n’ayons ni le bonheur de re-découvrir les jardins secrets de notre ville, ni le plaisir de se laisser emporter dans l’imaginaire promis par la Compagnie Les Larrons.

Plus de la même chose, conduit souvent au même résultat médiocre

Un second élément nous amène également à craindre l’échec de cette édition 2010. Il est plus fondamental. Il concerne l’orientation prise depuis plusieurs années par ce spectacle. Nous l’expliquions l’an dernier, c’est lorsque la ville s’est mise en tête de lier ce spectacle avec l’hypothétique classement au patrimoine immatériel, que la machine a commencé à dérailler. Et pour cause, la déambulation était à l’origine un moyen original de découvrir notre ville et son histoire. En voulant, contre toute raison, faire de « Ville en Lumières » le support des fantasmes de François Baroin, l’événement a perdu son âme. C’est d’autant plus vrai que les aventures de Rachi, Chrétien de Troyes ou Clairvaux n’intéressent à priori que très moyennement les touristes égarés ici. Or, l’édition 2010, "Troyes, la Ville qui créé le roman" fait de nouveau appel à Chrétien de Troyes, Lancelot, Arthur et Cie. Les mêmes causes produisant souvent les mêmes effets, on peut craindre que ce nouveau spectacle connaisse les mêmes déboires. Et ce n’est pas le surplus d’humour, d’histoire et d’émotion qui y changera grand chose. A ce titre, les propos du metteur en scène, évoquant Chrétien de Troyes sur une tour mobile et une bataille géante de boules de papier (sic) ne sont pas là pour nous rassurer.

Un spectacle qui s’est égaré dans les méandres du patrimoine immatériel

Au final, la municipalité n’a manifestement pas tiré toutes les conclusions de la déception passée. Le scénario, la mise en scène, les problèmes de sonorisation ne sont pas les causes de l’échec de l’édition 2009. Ces éléments ne sont que les révélateurs d’un dysfonctionnement plus global. Ville en Lumière a perdu son fil directeur (pour ne pas dire sa raison d’être). L’objectif de ce spectacle s’est ainsi égaré dans les méandres du patrimoine immatériel. En oubliant de redéfinir, le plus clairement possible, les principes de ce spectacle, ce dernier risque de connaître de nouvelles déconvenues. Réponse à partir du 23 juillet prochain.



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Les commentaires (4)

Ville en lumières : Peut-on faire pire qu’en 2009 ?
  • Commentaire 41162 essais
    le 7 juillet 2010  à 11:22

    .
    - "A défaut de pouvoir faire pire que le grotesque de l’édition 2010, quelques éléments"..

    a la fin de ton troisieme paragraphe.. pascal..là peut etre que ton esprit critique (un peu trop ?) systematique t’egare un peu... deja "préjugé" ??? la cuvéee 2010 ? 2011 ?

    CE PETIT LAPSUS SCRIPTAE.. un signe ?

    c’est vrai ce n’etait pas terrible 2009, surtout peut etre decevant par rapport a 2008 de meilleure facture...

    tu dis nous avons été les premiers a dénoncer le fiasco... peut etre l’avons nous amplifié par un certain zele critique..

    un peu trop, peut-etre, genre tout ce qui vient de cette mairie "ennemie" est nul (par definition...

    et helas a te lire parfois on pourrait penser pareil de tout ce qui n’est pas un "nous" qui du coup exclu de toute qualité possible tout ce qui viendrait
    - de Baroin, de sa bande,
    - et presque encore pire si..
    - du PC, ou d’un genre communiste en général
    - des ecolos verts classiques (non affidés au modem, ou à ,un "chef" (meme un peu douteux ?),
    - du PS... et bref..peut-etre es-tu trop sevre/dénigrant meme avec toi-meme ?

    enfin pour ces pestacles... la mise a l’ecat es lutins est peut etre un gachis ( des gens "biens"..)

    la/les consignes (la commande) n’etaient peut etre pas elles aussi de qualitésuffisante ??

    pas facile peut etre aussi de creer en peu de temps des scenris et actions vraiment intelligentes, a portée sociale, culturelle etc touchant un large public ??

    la reduction enorme de leur budget d’une année sur l’autre a t elle peut etre aussi joué un role tres decouragenant..

    un vrai travail d’info ferait enqueter sur tout cela en leur donnant aussi la parole...

    et en ce qui concerne les nouveaux "larrons", esperons que la consistance et la qualité viendront... les echos de ceux qui ont vu un peu les repetes sont plutot positifs... a suivre... ?
    peut-être pourrait il y avoir un peu plus de travail cooperatif preparatoire ? un brainstorming villageois
    y associer les bonnes volonté, tenter aussi de definir largement le cahier des charge et les contraintes...comme tu les decris..et bien d’autres ??

    eh, oui pour la qualité de nos étés... à suivre...

  • Commentaire 41165 St.Sainclair
    le 7 juillet 2010  à 12:17

    J’ai corrigé le lapsus signalé. Merci "essai"

    Pour le reste, auboisement est bien moins critique qu’il ne l’a été par le passé. Et personnellement, j’ai écrit quelques trucs pour souligner le bon travail réalisé à Troyes : réduction des pesticides, éco-marathon, jardins médiévaux, agenda21... mais également à Sainte-Savine ou Pont-Sainte-Marie. En même temps, il faut reconnaitre qu’auboisement n’est pas là pour parler des trains qui arrivent à l’heure ou pour être complaisant à l’égard des uns ou des autres. Je confesse par contre être parfois "vachard" avec mes amis cocos ou avec les socialistes mais je n’ai pas le souvenir d’avoir dénigré les verts.

    Pour revenir à ce spectacle, tu poses d’une autre manière la bonne question : celle de la consigne ou de la commande qui est à mon avis effectivement bien plus importante que celle de la Compagnie choisie, de la sonorisation ou des effets visuels. Cette commande a évolué pour, comme je l’écris, se perdre dans les méandres du patrimoine immatériel (il n’en était pas question lors des premières éditions). Et à mon avis, puisque la commande semble toujours la même, je crains que le résultat identique, quelque soit le talent de la Compagnie des Larrons.

    L’avenir dira si je me suis trompé ou pas, si mon préjugé est juste ou non. L’avantage d’internet, c’est qu’on pourra me ressortir ce texte et me dire :"tu vois, tu dis n’importe quoi !". On verra, je n’ai pas de certitudes, seulement des craintes que les mêmes causes produisent les mêmes effets.

  • Commentaire 41187 Toto de Troyes
    le 8 juillet 2010  à 00:23

    J’ai peur que tu aies malheureusement raison... C’est bien entendu la commande (le "cahier des charges") et le budget alloué qui déterminent en grande partie la qualité du spectacle. Et il ne suffit pas de changer de compagnie, d’auteurs, quoique les auteurs aient aussi une responsabilité... Développer l’imagination autour d’un immatériel dont on ne peut rien montrer !!! Il faut beaucoup d’imagination pour ne pas tomber dans la fantasmagorie ridicule de la dernière saison ! Le tour de force est quelque peu démesuré : créer artificiellement une "mémoire vivante" qui n’a jamais existée que dans les cartons d’un bureau d’experts parisiens et à laquelle ont voulu croire quelques politiques en mal de reconnaissance internationale. L’artifice est sans fondement et sans racine, sans la tradition populaire à laquelle on voudrait faire croire. Le spectateur n’est pas suffisamment crédule pour ycroire !

    Au fait quel budget a été alloué cette année au spectacle ?

  • repondre Répondre



  • Commentaire 41238 essai
    le 11 juillet 2010  à 10:07

    alors désolé, pascal, pour les "incriminations" un peu trop débordantes... (du 7 juillet, un peu plus haut)... et esperons que tes craintes pour la nouvelle saison soient prises en compte ????

    et oui, qui a des details sur le budget ?

    et comment la démarche de ces creations peut-elle "s’elargir" ?

    ce fut aussi un des points plusieurs fois évoqué lors du dernier "café" de "troyes pour tous"... un compte rendu en est il peut-etre apparu quelque part ?

    repondre Répondre



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