Le spectacle « Ville en Lumières » avait, en 2009, tutoyé le ridicule. On se souvient qu’en guise d’hommage à Chrétien de Troyes et pour soutenir l’improbable candidature au patrimoine immatériel de l’UNESCO, la compagnie des Lutins Réfractaires nous avait proposé une histoire très obscure dans laquelle œuvraient des chevaliers armés de sabre-lasers !!!
Notre site s’était le premier fait l’écho du grotesque de ce spectacle, relayé peu de temps après par les médias traditionnels. Conséquence : les lutins réfractaires sont repartis dans leur forêt et la cuvée 2010 de Ville en lumières fait aujourd’hui appel à une nouvelle équipe (La compagnie Les Larrons) avec à sa tête Pascal Bancou et Xavier Lemaire.
Pour redonner de la magie à ce spectacle, cette nouvelle équipe promet plus d’émotion, plus d’histoire, plus d’humour, plus de théâtre, une meilleure sonorisation et moins de pyrotechnie. Bref, les responsables de ce spectacle semble, au moins sur la forme, avoir entendu les critiques de la précédente édition.
Cela suffira-t-il à réconcilier le public avec ce spectacle ? Ce dernier sera-t-il, comme nous promet Dame Lise « flamboyant » ? A défaut de pouvoir faire pire que le grotesque de l’édition 2009, quelques éléments conduisent à nous faire douter de la réussite du cru 2010.
Un pudding théâtral indigeste ?
Il y a d’abord ce choix mi-chèvre, mi-choux, entre la déambulation (qui a fait le succès des premières éditions) et la performance théâtrale pure et dure. Cette année encore, les responsables ont en effet voulu mélanger les genres. Or, la déambulation exige une certaine modestie dans son organisation, modestie nécessaire pour apprécier les lieux et donner au contenu historique et culturel toute sa pleine mesure. D’autant plus que le charme de notre ville réside dans l’étroitesse de ses rues et l’intimité de ses cours intérieures. Le spectacle théâtral (tel qu’il semble envisager cette année) nécessite, lui, un certain confort visuel et acoustique souvent incompatible avec la déambulation proposée. Ici, l’édition 2010 ira pourtant de places en parvis et de parvis en places oubliant tout ce qui fait le charme de la notre Cité pour trimbaler des centaines de personnes en essayant de leur faire suivre un scénario à la fois riche, dense et accessible au plus grand nombre ! Je crains qu’avec ce pudding théatro-estival nous n’ayons ni le bonheur de re-découvrir les jardins secrets de notre ville, ni le plaisir de se laisser emporter dans l’imaginaire promis par la Compagnie Les Larrons.
Plus de la même chose, conduit souvent au même résultat médiocre
Un second élément nous amène également à craindre l’échec de cette édition 2010. Il est plus fondamental. Il concerne l’orientation prise depuis plusieurs années par ce spectacle. Nous l’expliquions l’an dernier, c’est lorsque la ville s’est mise en tête de lier ce spectacle avec l’hypothétique classement au patrimoine immatériel, que la machine a commencé à dérailler. Et pour cause, la déambulation était à l’origine un moyen original de découvrir notre ville et son histoire. En voulant, contre toute raison, faire de « Ville en Lumières » le support des fantasmes de François Baroin, l’événement a perdu son âme. C’est d’autant plus vrai que les aventures de Rachi, Chrétien de Troyes ou Clairvaux n’intéressent à priori que très moyennement les touristes égarés ici. Or, l’édition 2010, "Troyes, la Ville qui créé le roman" fait de nouveau appel à Chrétien de Troyes, Lancelot, Arthur et Cie. Les mêmes causes produisant souvent les mêmes effets, on peut craindre que ce nouveau spectacle connaisse les mêmes déboires. Et ce n’est pas le surplus d’humour, d’histoire et d’émotion qui y changera grand chose. A ce titre, les propos du metteur en scène, évoquant Chrétien de Troyes sur une tour mobile et une bataille géante de boules de papier (sic) ne sont pas là pour nous rassurer.
Un spectacle qui s’est égaré dans les méandres du patrimoine immatériel
Au final, la municipalité n’a manifestement pas tiré toutes les conclusions de la déception passée. Le scénario, la mise en scène, les problèmes de sonorisation ne sont pas les causes de l’échec de l’édition 2009. Ces éléments ne sont que les révélateurs d’un dysfonctionnement plus global. Ville en Lumière a perdu son fil directeur (pour ne pas dire sa raison d’être). L’objectif de ce spectacle s’est ainsi égaré dans les méandres du patrimoine immatériel. En oubliant de redéfinir, le plus clairement possible, les principes de ce spectacle, ce dernier risque de connaître de nouvelles déconvenues. Réponse à partir du 23 juillet prochain.










