L'article

4
juil
2010

Prise de Parole au nom de l’intersyndicale de l’Aube

MANIFESTATION DU 24 JUIN 2010

Développement de l’emploi ! Augmentation des salaires ! Maintien et améliorations des droits à la retraite ! Voilà les mots d’ordre qui nous rassemblent aujourd’hui, mesdames, messieurs, chers camarades. Emploi, salaires, retraites : voilà bien le triptyque gagnant et indissoluble dont nous exigeons la mise en œuvre dans un esprit de justice sociale et d’émancipation des peuples.

Mais aujourd’hui plus que jamais, l’urgence est à la lutte unitaire, farouche et déterminée contre le projet de loi injuste que le gouvernement a rendu public pour sa contre-réforme des retraites.

Quelle que soit leur appréciation sur les solutions à apporter pour l’avenir des retraites, les organisations syndicales CFDT, CFTC, CGT, FSU, Solidaires et UNSA affirment ensemble et avec force leur refus de cette contre-réforme car elle est inacceptable, injuste, essentiellement à la charge des salariés, comptable et de court terme, sans réponse aux vraies questions.

En effet :

• Le report brutal à 62 et 67 ans des âges légaux va fortement pénaliser les salariés et notamment ceux ayant commencé à travailler jeunes ainsi que celles et ceux ayant des carrières incomplètes et chaotiques en particulier les femmes qui sont aujourd’hui 28% à travailler jusqu’à 65 ans pour bénéficier d’une retraite à taux plein. La remise en cause de l’âge légal à 60 ans est inacceptable et injuste. Elle renforce la précarité dans une période où le chômage de masse persiste et met hors emploi, avant 59 ans, 6 salariés sur 10. Repousser l’âge du droit de départ en retraite, c’est, pour la majorité des salariés, prolonger leur période de chômage. Alors que, nous le savons toutes et tous, pour garantir le système de retraite par répartition à un niveau décent, ce n’est pas le nombre d’actifs potentiels qui importe, mais bien le nombre de cotisants ! Repousser l’âge légal de 60 à 62 ans, c’est transformer de « jeunes retraités » en « vieux chômeurs » qui ne pourront évidemment pas participer au financement des retraites. C’est fragiliser l’équilibre des caisses de retraite et justifier ainsi à l’avance une nouvelle attaque contre les chômeurs et leurs droits dans quelques années. La priorité aujourd’hui, Monsieur Woerth, ce n’est pas les retraités de 2050 ! La priorité c’est les chômeurs de 2010 !

Le report à 67 ans de l’âge annulant la décote est une double peine qui retire 5% de la pension pour chaque année manquante pour arriver aux 41 ans de cotisation. Cette loi va obliger les plus précaires, les salaires les plus faibles, à rester jusqu’à 67 ans pour ne pas subir la lourde décote, voire pour bénéficier du minimum de pension.

• La reconnaissance de la pénibilité est incontournable et ne peut se concevoir à partir d’un examen médical. Les victimes d’une insidieuse maladie professionnelle comme l’amiante peuvent être en bonne santé à 60 ans… et mourir à 63 ans, avec seulement 1 an de retraite. Et puisqu’on évoque la pénibilité du travail, il faudra bien aussi prendre en compte les risques psycho-sociaux en perpétuelle augmentation dans une société qui ne connait plus que la course au profit et à la rentabilité pour ses actionnaires et pour les plus riches : qui aurait pensé il y a encore 20 ans qu’un emploi à France-Télecom deviendrait en 2009 et 2010 un emploi à risque grave, exposé à la pression, au stress et à la souffrance quotidienne au travail pouvant conduire au suicide ?...

• La question des nouvelles ressources reste pleine et entière. Les quelques recettes supplémentaires prises aux hauts revenus ne représentent même pas la moitié du bouclier fiscal. La situation financière actuelle de notre système de retraite est pour l’essentiel due à la crise... Pourtant 85% des efforts sont demandés aux salariés ! Les entreprises, les hauts revenus, les revenus du capital sont 5 fois moins mis à contribution que les salariés. C’est ainsi que les fonctionnaires et les régimes spéciaux se voient imposer une augmentation drastique de leur cotisation conduisant inévitablement à une baisse de leur pouvoir d’achat.

• La situation de l’emploi se dégrade, notamment pour les jeunes et pour les seniors, nécessitant une autre politique de l’emploi. Certes la baisse des pensions et les incitations à ne pas mettre les seniors à la porte ont eu une très légère influence : d’après l’INSEE, ces 2 dernières années, le chômage des seniors n’a augmenté « que » de 1,2%... mais le fait de rester au travail prive un jeune d’un emploi : le chômage des jeunes, déjà plus élevé, à augmenté de 2,2%.

• On nous parle de l’allongement de l’espérance de vie … mais l’allongement de l’espérance de vie après 75 ans pour les hommes et 83 ans pour les femmes n’a pas de conséquence directe sur l’état de santé à 60 ans, puisque l’espérance de vie en bonne santé générale est de 59 ans pour un ouvrier et de 69 ans pour un cadre.

• Non, les retraités ne sont pas une charge mais une richesse pour le pays. La philosophie implicite du projet gouvernemental est que chacun doit travailler jusqu’à ce qu’il ne soit plus en état de le faire. La possibilité qu’une personne en bonne santé puisse vivre sans être soumis au travail salarié et au rapport de subordination qu’il implique serait alors niée. Qui peut pourtant contester le rôle social que jouent aujourd’hui ceux que l’on appelle souvent les « jeunes retraités » parce qu’ils sont encore très actifs ? Leur activité libre produit de la richesse pour tous : développement des associations, contribution à la vie civique, éducation de leurs petits-enfants, enrichissement des relations familiales, développement de services socialement utiles…

• Bien entendu, le projet de loi Fillon-Sarkozy ne répond ni aux questions d’emploi (en particulier des jeunes et des seniors) ni à la résorption des inégalités hommes-femmes, ni à la reconnaissance de la pénibilité... Mais ce ne sont pas là, nous le savons bien, les objectifs du gouvernement et du medef. Non, ce projet de loi ne fait que renvoyer aux futures générations l’incertitude de la pérennité des régimes de retraites solidaires par répartition.

Il faut le marteler : loin de répondre à l’enjeu de société qu’est celui de l’avenir des retraites, ce projet de loi est brutal et porteur de recul social pour la quasi-totalité des salariés du privé, du public et des régimes spéciaux.

Unissons nos forces, mesdames, messieurs, chers camarades ! Montrons notre détermination à faire reculer ce gouvernement et le medef sur le projet sans doute le plus inique qu’ils aient encore jamais fomenté. Pour cela, unissons-nous et mettons en échec la politique habituelle du « diviser pour mieux régner » appliquée avec zèle depuis longtemps et que nous connaissons maintenant si bien : chômeurs contre actifs, fonctionnaires contre salariés du privé, malades contre bien portants, immigrés contre français de souche... et cette fois, jeunes contre anciens !

Réaffirmons ensemble, haut et clair, que la retraite est un droit ! Qu’il est légitime de ne pas passer toute sa vie à la gagner ! Réhabilitons ensemble le droit au temps libre, le droit à la lenteur, à la rêverie et même le droit à ne rien faire... à l’opposé de cette course à la concurrence, à la compétition qu’on veut nous imposer constamment !

Proclamons ensemble la primauté de l’humain ! Rappelons que le travail salarié n’a pour objet que de produire les biens nécessaires à la vie et à la société, et non la production infinie de biens (y compris des biens inutiles ou de mauvaise qualité) dans l’unique but de gonfler les profits. Réaffirmons qu’il est légitime de partir à la retraite tant qu’on en est en bonne santé ! Qu’il doit exister un troisième temps de la vie libéré des contraintes du travail ! Que « retraite » ne doit pas être synonyme de « dépendance ». Refusons fermement l’adéquation entre vieillesse, âge de la retraite et pauvreté que cherchent à réimposer le patronat et le gouvernement qui le soutient.

Nous le voyons bien, c’est un véritable choix de société qui s’opère aujourd’hui. Seul le rapport de force, grâce à vous, grâce à la mobilisation de nous tous, permettra d’imposer notre vision d’une société plus juste, plus égalitaire et plus fraternelle ! Amplifions la mobilisation ! Tenons-nous prêts à redescendre dans la rue autant qu’il le sera nécessaire dans les semaines et les mois qui viennent, chaque fois plus nombreux et chaque fois plus déterminés !

A ce micro je resterai poli, Monsieur Sarkozy, mais nous vous le disons tout net :

Non, vous ne nous ferez pas travailler plus pour gagner moins !

Restons unis ! Ne lâchons rien, mes camarades, chers amis ! Et nous gagnerons !

Jean SADOUX Solidaires et membre du PG de l’Aube



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Les commentaires (2)

Prise de Parole au nom de l’intersyndicale de l’Aube
  • Commentaire 41087 Berger
    le 5 juillet 2010  à 10:09

    Texte bienvenu, la plupart des participants - trop nombreux- n’ayant pu l’entendre. Il serait de même utile de rendre compte du débat organisé par le PCF le 2 juillet dernier, débat entre Nicolas Dhuicq et Yves Dimicoli. Le nombre de participants n’égalait certes pas la qualité des intervenants, mais ce qui s’y est dit méritait tout de même d’être entendu. A ma connaissance aucun média local ne s’y est intéressé.

  • Commentaire 41091 webmaster
    le 5 juillet 2010  à 13:48

    Vous pouvez nous en faire un compte-rendu, nous nous ferons un plaisir de le publier.

  • repondre Répondre



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