Michel Rudent était déjà vice-président de la CAT en charge du commerce et du tourisme. Il vient d’être nommé à la tête du Medef de l’Aube et pourrait donc être au coeur, demain, d’un conflit d’intérêt entre ces deux fonctions.
Un ministre peut-il devenir président du Medef et rester ministre ?
On n’imagine pas Christian Estrosi ou Patrick Devedjian prendre demain la tête du MEDEF en lieu et place de Laurence Parisot. Et si cela devait se produire, nul doute que cette confusion des genres ferait la une de la presse nationale. Nul doute également que l’heureux élu quitterait rapidement son poste au gouvernement en raison de l’évident conflit d’intérêt que cette situation créerait. Car en France, comme dans la plupart des pays démocratiques, la défense d’une catégorie sociale ou socio-professionnelle fait mauvais ménage avec la promotion de l’intérêt général qu’incarne l’élu.
A Troyes, le conflit d’intérêt ne dérange personne
A Troyes, les choses sont différentes. Michel Rudent, conseiller municipal délégué aux NTIC et président de la commission Commerce/Tourisme à la CAT vient de prendre la tête du Medef de l’Aube à la place de Michel Vignal. Et pourtant, aussi incroyable que cela puisse paraître, il continuera d’occuper ses fonctions politiques. « Je ne mélangerai pas les genres. C’est une gymnastique intellectuelle qui ne me pose aucun souci », déclare-t-il à l’Est-Eclair. Plutôt que d’une gymnastique, c’est un impossible exercice de contorsionniste que devra réaliser Michel Rudent. Comment pourra-t-il exercer ses responsabilités de manière impartiale ? Comment ce Vice-Président en charge du Commerce et du Tourisme (un secteur sur lequel le Medef est un acteur incontournable), membre du Bureau de la CAT pourra-t-il traiter les dossiers économiques avec la neutralité nécessaire à son statut d’élu ?
C’est, même avec la meilleure volonté du monde, tout simplement impossible. Le conflit d’intérêt saute littéralement aux yeux lorsqu’on imagine Michel Rudent, président du Medef, solliciter un rendez-vous avec Michel Rudent, vice-président de la CAT, pour évoquer les perspectives économiques dans le secteur touristique. Et dans un tel cas de figure, on imagine mal comment Michel Rudent pourrait dire non aux revendications de Michel Rudent ! Et sur n’importe quel dossier économique, il est impossible de penser que Michel Rudent, le responsable politique, pourrait défendre des positions contraire aux intérêts de Michel Rudent, le responsable du Medef. Or, l’intérêt général d’une collectivité telle que la CAT se heurte parfois aux revendications des organisations syndicales ou patronales.
Nécessairement, la présence du patron des patrons de l’Aube au sein même du bureau de la CAT fera donc planer un soupçon sur chacune des décisions. Au delà, cette nouvelle en dit long sur l’indépendance politique du Medef et les collusions entre les responsables locaux de l’UMP et les responsables économiques.










