L'article

14
juin
2010

Conversation du 16 juillet 2008 sur les arts plastiques avec A. L., femme architecte DPLG, par Dominique Cauvé.

Dominique Cauvé :

Bonsoir A. ! Mais vous êtes, sans aucun doute, très occupée, je présume ? Telle que je vous connais, vous êtes toujours à travailler, même en vacances !

A. L :

Mais non ! Je peux m’arrêter un petit moment !

Dominique Cauvé :

Votre formation d’architecte a-t-elle fait naître en vous une prédilection pour la ligne ?

A. L :

La ligne ? L’élément géométrique ?

Dominique Cauvé :

Oui, c’est cela même !

A. L :

Non, je ne veux rien sinon mieux comprendre votre question !

Dominique Cauvé :

Pour être plus explicite, je suis totalement allergique à tout ce qui obéit à une symétrie évidente pour ne pas dire criarde, genre architecture classique ! Par exemple, le Louvre, agrandi sous Napoléon III, me donnerait presque de l’urticaire ! Par contre, je supporte très bien le Louvre quand il est réduit purement et simplement à un plan " bi-dimensionnel », avec des effets, qui sont non sans rappeler ceux des graisses typographiques.

A. L :

Voilà qui est clair de votre part ! Il y a des très beaux bâtiments classiques et contemporains, comme des bâtiments classiques et contemporains très laids !

Dominique Cauvé :

Quoi qu’il en soit, et peut-être à mon détriment, au sens où je serais la victime d’un quelconque enfermement, j’ai le sentiment que ma prédilection, c’est le déséquilibre !

A. L. :

Est ce que vous connaissez le bâtiment classique qui est en face du Pont des Arts et qui abrite l’Académie Française ? C’est un très beau bâtiment classique, à la symétrie tout en finesse, aux proportions admirables.

Dominique Cauvé :

Vous voulez dire l’Institut ? Cela me fait songer à ce que toutes les expressions plastiques , depuis la préhistoire, obéissent à une symétrie omni-présente qui a pour extrême avantage de faciliter le verbiage des Critiques d’Art, défenseurs de portes ouvertes !

A. L :

Non, je ne suis pas d’accord ! A commencer par les peintures et les gravures de la grotte de Lascaux !

Dominique Cauvé :

Vous trouvez que Cro-Magnon, avec ses dessins d’animaux, n’était pas habité par le souci de symétrie ?

A. L :

La symétrie, et la non symétrie, doivent pouvoir être justifiés par rapport à l’environnement, le symbolisme, la fonction, etc. Et pourquoi donc les hommes, les animaux, les plantes, sont-ils plus ou moins symétriques ?

Dominique Cauvé :

Je me garderai bien de vous fournir une réponse ! Néanmoins, je saisis tout à fait ce que vous voulez me faire entendre, et je l’admettrai presque, tant vous mettez de conviction à exprimer votre appréhension des arts plastiques ! Mais je dois vous confesser que ce qui m’intéresse, c’est d’user mon énergie à corroder la « symétrie prétendument universelle » : ça me divertit terriblement, c’est très ludique pour moi et je pense, entre autres, à toutes ces extraordinaires constructions de la Nature que les "caprices géologiques" ont rendu difformes, d’ailleurs sources de problèmes quasi insolubles pour les "historiens" de la Terre !

A. L :

Là, je ne vous suis absolument pas !

Dominique Cauvé :

Comme moi, beaucoup de personnes sont atteintes, osons la diagnostiquer ! par cette « pathologie perceptive », qui subjugue leur libre-arbitre, leurs ressources émotives, mais cela est un autre aspect que je m’abstiendrai de développer, faute de compétence !

A. L :

Si j’ai bien saisi, vous éprouvez un « malin plaisir » à tout « dissymétriser » ?

Dominique Cauvé :

C’est cela même ! Et si la symétrie n’était qu’une pure construction , inhérente aux intellections humaines ?

A. L : Non ! Elle existe dans la « nature » ! Mais je ne voudrais surtout pas me faire l’apôtre de la symétrie, entendons-nous bien !

Dominique Cauvé :

Et dans vos productions personnelles "abstraites", vous utilisez les lignes ou montrez-vous plutôt une prédilection pour les couleurs ?

A. L :

Je ne réalise pas de productions personnelles "abstraites", comme vous dites ! Par contre, je suis très sensible aux couleurs !

Dominique Cauvé :

Hier, j’avais cru comprendre que vous réalisiez des peintures "abstraites" ! J’ai donc dû faire preuve d’inattention, et je vous prie de bien vouloir m’en excuser ! Assez souvent, j’ai eu l’occasion de contempler des "oeuvres" à deux dimensions d’architectes : il n’est pas rare qu’il y transparaisse une exploitation, disons ! vertigineuse de la perspective ! N’est-ce pas là une certaine obsession, inhérente à la profession ?

A. L :

Non ! Je crois que vous exagérez là ! Je reviens aux peintures "abstraites" : elles m’apparaissaient suffisamment ""concrètes" pour y voir des éléments du "monde sensible" et, personnellement, j’adore ce qui est devant moi : les paysages, les objets variés à l’infini, etc.

Dominique Cauvé :

Ah ! D’accord ! Vous appréciez donc les éléments du "monde" tels qu’ils semblent se présenter à vous ! Mais cela aboutit, la plupart du temps, à des "productions" qui rappellent tout à fait celles du passé et apparaissent, par cela même, anachroniques !

A. L :

Peut-être, mais cela m’est totalement égal ! Je prends un plaisir fou à contempler un flacon rempli d’eau, à le peindre...

Dominique Cauvé :

Je vous comprends : vous êtes un "peintre authentique" ! Mais dans une oeuvre "abstraite", suffisamment "concrète" pour vous , faut-il qu’il y ait certains éléments structuraux qui soient tout à fait des référents au "monde" dit "sensible" ?

A. L :

Peintre « authentique » ?

Dominique Cauvé :

Oui ! Vous sentez, percevez directement le "monde sensible" dans toutes ses subtiles nuances, sans jamais vous référer à des "représentations conceptuelles", nécessairement sous-tendues par des "impératifs sémantiques", bien éloignés de ce "monde sensible" !

A. L :

Oui, vous exprimez ces choses-là fort bien ! J’aime beaucoup contempler !

Dominique Cauvé :

Vous avez une acuité visuelle qui vous le permet, et qui a été bien sûr affûtée par l’enseignement que vous avez reçu ! Vous avez un tempérament "contemplatif", comme beaucoup de peintres d’autrefois, tels que les très prisés et inévitables impressionnistes !

A. L :

Mais peut-être qu’un jour, je ferai un autre type de peinture ! Pour le moment, je considère que je ne domine pas suffisamment cet outil pour faire du "sans filet".

Dominique Cauvé :

Vous nourrissez une prédilection pour certains matériaux ?

A. L :

En peinture : la gouache, l’huile, le pastel sec...., mais ça dépend aussi de l’endroit où je peins !

Dominique Cauvé :

Est-ce que vos amis formulent quelquefois le désir que vous leur donniez ou vendiez une ou plusieurs de vos "productions" ?

A. L :

C’est arrivé, mais pas très souvent ! Et puis, je e montre rarement ce que je fais !

Dominique Cauvé :

Seriez-vous prête à vous séparer de toutes vos productions, du moins si cela s’avérait, par un concours de circonstances, tout à fait possible ?

A. L :

Je ne me suis jamais posée la question ! Je considère ce que je fais, plutôt comme un délassement et non comme des "oeuvres d’art" !

Dominique Cauvé :

Etes-vous attachée à vos productions ou prête à les céder ?

A. L :

Oui, j’y suis attachée, car cela me rappelle des moments ou des choses que j’ai aimés.

Dominique Cauvé :

Si je vous importune avec mes questions, c’est que j’ai pour dessein de me rendre compte si vous appartenez aux "artistes visuels" qui sont trop attachés à leurs productions pour les céder ou aux "artistes visuels" qui ne songent qu’à ventiler leurs productions, à n’importe quel prix.

A. L :

Mais je ne me considère pas comme une "artiste" !

Dominique Cauvé :

Moi non plus ! Je me qualifie très volontiers de "producteur plastique" ! Cela signifie que mes productions plastiques n’ont pas plus de valeur que celles produites par des producteurs d’autres espèces d’objets : des machines à laver le linge, par exemple, qui cela dit, recèle une esthétique, bien supérieure à certaines "élucubrations", revendiquées comme "art pur et dur" !

A. L :

Et vous produisez beaucoup ?

Dominique Cauvé :

Pas assez à mon goût ! Mais bon ! Avant mon trépas, j’aimerais bien atteindre au moins 5000 productions et les avoir dispersées presque toutes, pour éviter qu’elles finissent à l’hôtel des ventes du coin, sans intéresser personne ! Contrairement à vous, je ne suis absolument pas attaché à ce que je produis : ce qui me fait plaisir , c’est qu’une production x ou y ou z retienne l’attention d’un amateur, pendant quelques secondes, et qu’il prenne le parti de l’acheter entre 1 et 5 EUR, voire plus mais c’est plutôt rare par les temps qui courent ! Ce qui est donc fondamental pour moi, c’est l’acte de produire, en vue de trouver des "affinités" avec mes expressions plastiques, parce que je suis persuadé qu’un "producteur plastique" ne possède de « réelle » existence que dans le regard des autres !

Dominique Cauvé

http://www.artquid.com/dominique-cauve

http://www.facebook.com/people/Domi...



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