L’insécurité grandit. Les rues de Troyes deviennent, jour après jour, des zones de non-droit où même le paisible automobiliste risque son existence. Voici l’histoire vraie qui est arrivée, il y a quelques mois, à une honnête citoyenne. Une histoire qui, compte tenu de la gravité des faits, a donné lieu à un vote officiel du conseil municipal !
En septembre dernier, dans la torpeur d’un été déclinant, madame X [1] parcourt les rues troyennes à bord de son véhicule. Madame X, dirigeante d’entreprise, a toutes les vertus d’une dame de la bonne société. Et comme il sied à son rang, madame X voyage confortablement installée dans une grosse berline française.
« Madame X pense au Général et ne se doute pas du drame qui s’annonce derrière elle... »
Madame X est sereine. Sa banque (oups, j’l’ai dit !) se porte bien et son mari vient de vendre quelques actions et obligations et d’empocher un gros pactole à la Bourse. Madame X a le teint encore halé par de somptueuses vacances à Marakech. Madame X est heureuse [2].
A bord de son automobile, madame x descend la rue du Général de Gaulle. Comme à chaque fois qu’elle empreinte cette rue, elle repense au Grand Charles et se dit que vraiment, le petit Nicolas est... petit, tout petit ! Citoyenne respectueuse des règles et des lois, Madame X s’arrête alors au panneau Stop. Elle ne se doute de rien. Et surtout pas du drame qui s’annonce derrière elle.
« C’est le Petit-Clamart ! »
Tout à coup, un conteneur à poubelles, placé sur le trottoir, se met à bouger. Il prend vie ! Dans le même temps, inexplicablement, le trottoir se soulève de plusieurs mètres, créant ainsi une pente vertigineuse ! Animé de "je-ne-sais" quelle haine de la marque aux chevrons, le conteneur dévale à folle allure les 2 mètres qui le séparent du véhicule de Madame x. Et c’est le choc ! Terrifiant, effroyable ! Madame X, qui songeait encore au Général, est secouée, ballotée dans tous les sens. Elle crie : « C’est le petit Clamart ! C’est l’OAS ! ». Non, c’est une poubelle qui vient de heurter l’arrière-droit de la C5.
Il faudra plusieurs secondes pour que Madame X reprennent totalement ses esprits. De retour chez-elle, elle et son mari se disent que les choses ne doivent pas en rester là. Comme l’a fait le Général, il faut dire NON, Résister ! Madame X décide illico-presto d’écrire à la mairie de Troyes. François Baroin n’est-il pas le digne successeur du Gaullisme à papa ? Il saura comprendre son désarroi.
Madame X explique alors le plus simplement du monde toute son histoire : le stop, le général, la poubelle qui, sans prévenir, dévale une rue sans pente et bling-bling bing ! L’arrière droit de la C5 amoché...
Pour faire plus « vrai », madame X laisse tomber une larme sur la lettre et réclame au passage plus de 400 euros... Il est vrai que les temps sont durs pour les banquiers...
La lettre passe de bureau en bureau, de fonctionnaire en fonctionnaire. Elle arrive sur la table d’une commission où siègent de brillants élus et termine son parcours dans l’enceinte du conseil municipal. Le rapport est soumis, jeudi soir, au vote : « qui s’abstient ? Qui s’oppose ? Le rapport est adopté à l’unanimité ». Madame X vient d’empocher plus de 400 euros en faisant gober cette histoire abracadabrantesque à 49 gogos qui roupillaient pénards !
Moralité : Si vous voulez refaire la peinture de votre Picasso, lancez un conteneur à poubelles dessus et écrivez au maire. Mais n’oubliez pas : Plus c’est gros, plus ça passe !
Le 29 mai : Ajout du rapport où, entre deux éclats de rire, on peut lire :"un fort coup de vent a fait glisser le bac rempli de déchets du trottoir sur la chaussée..." (sic).
Pas de bol, ce jour là, un anticylone protégeait la France. A Troyes, c’était ciel bleu et soleil :http://www.wat.tv/video/tf1-previsi...











