La convention régionale d’Europe-Ecologie, qui se tenait samedi 8 mai à Troyes, a donné lieu à un énième psychodrame. Quelques Verts, récemment exclus parce qu’ils avaient fait campagne contre leur propre parti, ont voulu s’inviter à cette convention, provoquant un joli chahut digne des grandes heures des Verts !
Les victimes tombent parfois amoureuses de leurs bourreaux. C’est ce qu’on appelle communément le syndrome de Stockholm.
Chez les Verts de l’Aube, une épidémie de cette étrange réaction semble gagner l’ensemble des anciens responsables de ce parti. On se souvient du conflit qui a opposé quelques militants aubois à la direction régionale des Verts et celle d’Europe-Ecologie lors des dernières élections régionales. Les responsables aubois ont rapidement pris la position de victime, dénonçant le putsch des uns, l’entrisme des autres, l’arrivée de transfuge du PS ou le retour d’anciens traitres passés par la case MoDem. Mise en minorité au sein de leur propre parti, quelques responsables aubois ont alors refusé le fait majoritaire de leur propre structure et appelé d’abord à voter blanc puis, pour certains, pour la liste de Jean-Paul Bachy au 1er tour. Ils ont été suspendus, puis exclus.
On aurait pu s’arrêter là. D’autres, comme moi, ont vécu la même mésaventure, choisissant un autre chemin que celui que leur imposait leur propre parti. Ils ont alors quitté un navire qui ne semblait pas prendre la bonne direction. Ce sont des choses qui arrivent.
Ici, la poignée de militants aubois a préfèré s’entêter et s’accrocher frénétiquement à un pouvoir insignifiant. S’estimant les victimes de « je ne sais » quel complot ourdi par un opportuniste du PS, un revanchard du MoDem et un parvenu de leur propre camp, ces quelques militants refusent de lâcher le morceau. Depuis 8 mois, ils dénoncent, vitupèrent, vocifèrent contre Europe-Ecologie. Depuis 8 mois, ils ne cessent de répéter que ce rassemblement les a mis sur la touche.
Aux yeux de beaucoup (surtout d’eux-mêmes), et pour paraphraser Duras, Europe-Ecologie est coupable, forcément coupable... Les preuves sont là. Et quand il n’y en a pas assez, ils en inventent ! Et pourtant, tel l’otage face à son ravisseur, une poignée de militants exclus sont venus, samedi 8 mai, à la convention d’EE à Troyes. Emportés par le syndrome de Stockholm, ils ont voulu se jeter dans les bras des responsables écolos et crier leur amour pour EE :
« laissez nous rentrer ! ont-ils lancé à leurs bourreaux d’hier
Ne nous laissez pas dehors, écolo un jour, écolos toujours ! Scandèrent-ils en canon.
Nous aussi, on aime EE, déclaraient, les yeux rougis par l’émotion, ceux qui hier encore écrivaient pis que pendre sur ce rassemblement... »
Évidemment, les bourreaux ont été un peu surpris... Surtout lorsque Dominique Deharbe s’est jeté aux pieds d’Eric Loiselet pour lui implorer le pardon ! Ils ont d’abord refusé ce geste d’amour si spontané et inattendu. Ils ont cru que les victimes voudraient leur faire payer le déshonneur et l’infamie qu’elles ont subis. Ils ont pensé que ces anciens verts allaient saboter les réunions prévues l’après-midi. Il faut dire que le bourreau a conscience d’être un bourreau et se méfie du retour de bâton de ses victimes.
Toute cette mascarade, pathétique et peu digne des intéressés, s’est déroulé sous mon regard amusé et celui des caméras de France3 qui n’en demandaient pas tant pour combler l’actualité morne du 8 mai ! Regard amusé, mais aussi un peu affligé. Ayant vécu une expérience à peu près similaire lors des municipales, il ne me serait pas venu à l’esprit, quelques semaines après les élections, de revenir le sourire aux lèvres chez des amis politiques face à qui je venais de m’opposer. Je n’étais pas le bienvenue et on m’aurait mis un bon coup de pied au cul plus ou moins mérité ! Aveuglés par la passion de ces derniers mois, les anciens verts ont oublié cette expérience et donné d’eux-mêmes une image assez peu glorieuse. Au lieu de s’effacer quelques mois, le temps que les blessures se cicatrisent, ils ont préféré jouer un spectacle grotesque qui de toute évidence ne fera qu’approfondir les plaies de ces élections.










