La tempête Xynthia nous a récemment rappelé combien les risques d’inondation pouvaient se révéler catastrophiques. 1 500 habitations vont être prochainement détruites là où l’Homme a cru bon jouer avec la nature.
On le sait peu, notre ville de Troyes et notre agglomération sont également concernées par le risque d’inondation. A tel point qu’un PPRI est en place depuis 2001, et fixe les zones constructibles sous conditions (bleus) et les zones inconstructibles (rouges). Tout au long de la Seine, du côté de Barberey, Lavau, La Chapelle, Pont-Sainte-Marie, Saint-Julien... ces zones, bleues ou rouges sont, on peut le voir sur le document préfectoral, nombreuses. La ville même de Troyes est concernée par ce zonage.
De nombreux logements en zone "à risque élevé"
Un examen approfondi permet également de constater que dans notre agglomération (à la Chapelle-Saint-Luc, à Troyes mais aussi à Saint-Julien), des dizaines de bâtiments d’habitation se situent dans des zones rouges, là où la menace est telle que toute construction y est désormais interdite ! Il faut bien évidemment considérer que ces constructions sont ici antérieures à la date de réalisation de ce PPRI en 2001. Mais tout de même... à l’heure où l’on s’interroge sur les responsabilités des uns et des autres dans la catastrophes qui a touché le littoral vendéen et charentais, la présence de logements dans de telles zones doit nous amener à réfléchir, ici, sur notre propre lucidité face aux risques.
Certes, ces zones sont aujourd’hui inconstructibles. Tant mieux. Mais les riverains ont-ils connaissance de cette situation ? On peut sans doute estimer que les propriétaires sont informés, mais qu’en est-il des locataires ? Ont-ils été alerté en signant leur bail de l’existence de cette zone rouge ? Savent-ils ce que celle-ci signifie ? C’est loin d’être certain...
Quelque soit la réalité ou l’urgence du risque, celui-ci existe. Sans réclamer la destruction immédiate de ces logements (ce qui serait ici une ânerie sans nom), on peut s’interroger sur ce que devraient accomplir les collectivités locales pour réduire cette menace et à terme rendre ces espaces à la nature. A titre d’exemple, A Blois, la communauté d’agglomération rachète progressivement, les habitations situées en zone inondable. Certes, cette opération, qui prendra 14 ans, provoque quelques crispations. Mais les autorités jouent ici la carte du temps, de la patience et de la prévention, loin, très loin de cette politique de l’émotion qui a suivi la tempête Xynthia.
Le site FraFor bientôt le pied dans l’eau ?
Mais il y a plus inquiétant : le cas du site FraFor, à proximité immédiate du boulevard Danton. Sur cet espace qui, pendant de longues années, a été consacré à l’activité industrielle, est aujourd’hui prévu un programme immobilier important. Plusieurs dizaines de logements, une résidence hôtelière doivent être bientôt construits. En tout cas, quand reviendra la reprise du marché immobilier... Mais petit hic : cette zone, si on en croit ce PPRI, est tout simplement inconstructible !
Malgré cela ce programme immobilier a pu obtenir toutes les autorisations nécessaires. Comment une telle situation est-elle possible ? La réglementation semble claire : « Si la zone est classée rouge. Zone de risque élevé, la délivrance d’un permis de construire, même par dérogation, est interdit, ce qui exclut donc toute construction, a fortiori un bâtiment public. » [1] En tout état de cause, même si de vieux bâtiments existent aujourd’hui sur le site FraFor, aucun permis de construire ne devrait donc théoriquement avoir été délivré ici.
Qu’a-t-il pu se passer ? Le PPRI a-t-il été modifié par une heureuse coïncidence ? Si oui, pour quelles raisons ? Le cours de la Seine a-t-il été subitement détourné ? Qu’en pense Mr Chevalier, adjoint à l’urbanisme qui, il y a quelques mois, soutenait encore ce projet ? Manifestement, le dossier FraFor, en panne pour des raisons économiques, risque demain de couler au sens propre, comme au sens figuré...
[1] A lire : http://carrefourlocal.senat.fr/vie_...



















