L'article

20
avri
2010

Inondations : Dans l’agglomération troyenne des dizaines d’habitations en zone rouge.

La tempête Xynthia nous a récemment rappelé combien les risques d’inondation pouvaient se révéler catastrophiques. 1 500 habitations vont être prochainement détruites là où l’Homme a cru bon jouer avec la nature.

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Le PPRI de l’agglomération troyenne

On le sait peu, notre ville de Troyes et notre agglomération sont également concernées par le risque d’inondation. A tel point qu’un PPRI est en place depuis 2001, et fixe les zones constructibles sous conditions (bleus) et les zones inconstructibles (rouges). Tout au long de la Seine, du côté de Barberey, Lavau, La Chapelle, Pont-Sainte-Marie, Saint-Julien... ces zones, bleues ou rouges sont, on peut le voir sur le document préfectoral, nombreuses. La ville même de Troyes est concernée par ce zonage.

De nombreux logements en zone "à risque élevé"

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Impasse de la papéterie à Saint-Julien

Un examen approfondi permet également de constater que dans notre agglomération (à la Chapelle-Saint-Luc, à Troyes mais aussi à Saint-Julien), des dizaines de bâtiments d’habitation se situent dans des zones rouges, là où la menace est telle que toute construction y est désormais interdite ! Il faut bien évidemment considérer que ces constructions sont ici antérieures à la date de réalisation de ce PPRI en 2001. Mais tout de même... à l’heure où l’on s’interroge sur les responsabilités des uns et des autres dans la catastrophes qui a touché le littoral vendéen et charentais, la présence de logements dans de telles zones doit nous amener à réfléchir, ici, sur notre propre lucidité face aux risques.

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Rue du professeur Monod à la Chapelle-St-Luc

Certes, ces zones sont aujourd’hui inconstructibles. Tant mieux. Mais les riverains ont-ils connaissance de cette situation ? On peut sans doute estimer que les propriétaires sont informés, mais qu’en est-il des locataires ? Ont-ils été alerté en signant leur bail de l’existence de cette zone rouge ? Savent-ils ce que celle-ci signifie ? C’est loin d’être certain...

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Impasse Pierre Grassin à Troyes

Quelque soit la réalité ou l’urgence du risque, celui-ci existe. Sans réclamer la destruction immédiate de ces logements (ce qui serait ici une ânerie sans nom), on peut s’interroger sur ce que devraient accomplir les collectivités locales pour réduire cette menace et à terme rendre ces espaces à la nature. A titre d’exemple, A Blois, la communauté d’agglomération rachète progressivement, les habitations situées en zone inondable. Certes, cette opération, qui prendra 14 ans, provoque quelques crispations. Mais les autorités jouent ici la carte du temps, de la patience et de la prévention, loin, très loin de cette politique de l’émotion qui a suivi la tempête Xynthia.

Le site FraFor bientôt le pied dans l’eau ?

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Le site FraFor

Mais il y a plus inquiétant : le cas du site FraFor, à proximité immédiate du boulevard Danton. Sur cet espace qui, pendant de longues années, a été consacré à l’activité industrielle, est aujourd’hui prévu un programme immobilier important. Plusieurs dizaines de logements, une résidence hôtelière doivent être bientôt construits. En tout cas, quand reviendra la reprise du marché immobilier... Mais petit hic : cette zone, si on en croit ce PPRI, est tout simplement inconstructible !

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Inondation de 1910, près de Frafor !

Malgré cela ce programme immobilier a pu obtenir toutes les autorisations nécessaires. Comment une telle situation est-elle possible ? La réglementation semble claire : « Si la zone est classée rouge. Zone de risque élevé, la délivrance d’un permis de construire, même par dérogation, est interdit, ce qui exclut donc toute construction, a fortiori un bâtiment public.  » [1] En tout état de cause, même si de vieux bâtiments existent aujourd’hui sur le site FraFor, aucun permis de construire ne devrait donc théoriquement avoir été délivré ici.

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Détail du PPRI

Qu’a-t-il pu se passer ? Le PPRI a-t-il été modifié par une heureuse coïncidence ? Si oui, pour quelles raisons ? Le cours de la Seine a-t-il été subitement détourné ? Qu’en pense Mr Chevalier, adjoint à l’urbanisme qui, il y a quelques mois, soutenait encore ce projet ? Manifestement, le dossier FraFor, en panne pour des raisons économiques, risque demain de couler au sens propre, comme au sens figuré...



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Les commentaires (6)

Inondations : Dans l’agglomération troyenne des dizaines d’habitations en zone rouge.
  • Commentaire 39673 Toto de Troyes
    le 20 avril 2010  à 09:39

    Et que se passerait-il si la digue du lac de la Forêt d’Orient venait à jour à s’ouvrir... Inondation de la ville de Troyes ! Première touchée : Saint-Julien. Le lac régule le cours de la Seine et en premier lieu Troyes bénéficie de cette régulation et par conséquent a vu disparaître les crues importantes et parfois violente comme celle exceptionnelle de 1910. Mais sommes-nous à l’abri d’un concours exceptionnel de circonstances, comme nous l’avons vu en Charentes et en Vendée ? Le laisser-aller, des digues moins bien entretenues, des politiques de plus en plus laxistes et permissives dans le domaine de l’aménagement et des permis de construire... un concours de circonstances aux conséquences catastrophiques. Ces désastres qui frappent régulièrement devraient nous faire réfléchir et nous faire penser qu’un jour, ce pourrait être chez nous ! Mais on ferme les yeux en priant que ça nous arrive pas... Il est certain que le premier principe de précaution serait de dégager ces zones inondables...

  • Commentaire 39676 PH
    le 20 avril 2010  à 16:21

    Parfaitement d’accord avec toi.
    On s’est doté d’un joli PPRI, une belle carte, un zonage ultra précis mais : on ne le respecte pas et il n’est pas suivi de décisions politiques pour prévenir le risque.

    Manifestement un permis de construire a été accordé sur une zone rouge ou alors la zone rouge (inconstrutible) est devenue bleue ! Ce qui laisse perplexe...

    2e élément, ce zonage, au delà des interdictions qui devraient être respectées, devraient être suivi de politiques pour libérer, comme tu l’écris, ces zones rouges. Pas simplement pour protéger les habitants qui s’y trouvent mais aussi permettre de retrouver des terres capable de jouer leur rôle d’éponge en cas de crue.

  • Commentaire 39680 Toto de Troyes
    le 20 avril 2010  à 22:30

    D’une part les catastrophes naturelles dans le monde deviennent de plus en plus nombreuses (ou est-ce le fait qu’on les enregistre de plus en plus systématiquemnt ?) et d’autre part, sur les années 1990-2007, 34 % de ces catastrophes naturelles dans le monde sont des inondations (voir : http://www.notre-planete.info/geographie/risques_naturels/catastrophes_naturelles.php). Aussi, malgré la "prévention" liée aux lacs qui "préserve" théoriquement Troyes des inondations telles qu’on a connu en 2010, rien ne permet de dire que nous en sommes totalement préservés.

    Selon la législation, dans une carte élaborée dans le cadre d’un PPR, lorsque la zone est rouge, c’est l’Etat qui impose son interdiction.
    Que dit la loi :
    II. - Ces plans (PPR) ont pour objet, en tant que de besoin :
    - 1° De délimiter les zones exposées aux risques, dites "zones de danger", en tenant compte de la nature et de l’intensité du risque encouru, d’y interdire tout type de construction, d’ouvrage, d’aménagement ou d’exploitation agricole, forestière, artisanale, commerciale ou industrielle ou, dans le cas où des constructions, ouvrages, aménagements ou exploitations agricoles, forestières, artisanales, commerciales ou industrielles pourraient y être autorisés, prescrire les conditions dans lesquelles ils doivent être réalisés, utilisés ou exploités ;

    Ce que dit le code de l’environnement, entre autres :
    - http://www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do?idArticle=LEGIARTI000006834565&idSectionTA=LEGISCTA000006159295&cidTexte=LEGITEXT000006074220&dateTexte=20100420
    - http://www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do?idSectionTA=LEGISCTA000006159296&cidTexte=LEGITEXT000006074220&dateTexte=20100420

  • Commentaire 39679 laurentvdc
    le 20 avril 2010  à 19:40

    le pire a craindre en cas de rupture de la digue ou d’un autre problème sur les lacs est l’inondation de la centrale de nogent, c’est autrement plus grave qu’une paire de maison fichues en termes de risques !

  • Commentaire 39684 Solomon
    le 21 avril 2010  à 12:34

    Ben on risque rien puisque le nucléaire est "propre et sans risques"...sic !

  • Commentaire 41207 epic
    le 10 juillet 2010  à 15:34

    C’est beau de se référer à la crue de 1910, comment ignorer le rôle des barrages réservoirs ! Très étonnamment aucune étude d’impact (positif) ne semble avoir été réalisée - au contraire du risque de rupture de digue !

    Par ailleurs quelles seront les conséquences des travaux du SAVSAT en amont (la Moline, déversoir de Saint Julien) ?
    Suppression des vannes et passages à canoë.

    Le PPRI établi sur les bases des plus hautes eaux connues soient la crue de 1910 et qui ignore l’existence et le rôle d’écrêtement des barrages réservoirs, après le laxisme des élus au profit des spéculateurs fonciers c’est l’ouverture du parapluie...
    Conclusion : tous pourris, tous menteurs, tous prenant leurs con-citoyens pour des moutons !
    Jamais Coupables ni responsables.

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