L’abstentionnisme ? Je pensais aussi mettre en ligne un article ! Voici quelques réflexions.
Grand maux de notre démocratie ? Certains, généralement de droite, pensent que non ; les taux d’abstentions seraient équivalent à la superpuissance démocratique. Me voilà rassuré ! D’autres disent cependant que nous serions des mauvais élèves de l’Europe… Et alors ?
A ceux qui disent que le vote extrémiste est un vote de protestation, je répondrai qu’ils ont tord. C’est ce qu’on a voulu nous faire croire. Certes, oui, il y e a bien, mais pour la majorité votant au front, c’est un vote d’adhésion à une idéologie, tout comme celle de l’extrême gauche. Pourquoi en serait-il autrement ? Pour diminuer l’importance du fait ? Pour refuser d’admettre que des Français sont sincèrement convaincus par le discours de ses dirigeants ? Si réellement il avait été un vote de protestation, pourquoi les voix des abstentionnistes ne se sont pas portées en leur direction massivement ?
L’abstentionnisme EST un vote de protestation, tout comme le vote blanc ou nul. Les politiciens doivent l’admettre et ne doivent pas chercher à y voir autre chose qu’une remise en cause de leur système. Quand j’entends dire que c’est une sanction à l’égard de la politique gouvernementale qui s’était écartée des grandes lignes définies en 2007 et qu’il fallait revenir aux « fondamentaux » je n’en crois pas mes oreilles. Seraient-ils sourds à la complainte de plus de la moitié des citoyens ? Certes oui, certains le pensent, mais serait-ce donc la voix de la majorité de tous ces abstentionnistes ou de tous ceux qui ont voté blanc ou nul ? C’est bien pratique de n’entendre que ce qu’on a envie d’entendre que pour mieux poursuivre dans la politique qui a conduit au désastre électoral.
Alors, pourquoi un tel abstentionnisme ?
Des élections généralement peu mobilisatrices, comme les européennes… ? C’est un fait. Mais est-ce une explication suffisante ? Et n’est-ce pas la faute des politiciens de ne pas avoir su expliquer les enjeux importants de ce scrutin ?
La faute du chef de l’Etat ; un vote sanction ? Alors les voix auraient pu se reporter sur une des autres listes…
La faute à TOUS les politiciens, à tous les partis et mouvements, à tous ceux qui briguaient un siège… Ils n’ont pas su répondre aux attentes des citoyens déçus. Les raisons sont multiples. Il suffit de les écouter, pas besoin d’analystes ni de sociologues pour comprendre l’abstentionnisme, comme le vote frontiste, d’ailleurs… Voici quelques échantillons révélateurs.
Que ce soit la droite ou la gauche, pour nous, ça ne changera rien… Les promesses qui se sont multipliées au gré des campagnes ne sont pas tenues. On promettait de sauver les emplois industriels, n’hésitant pas à aller le proclamer sur les sites en crise, et même jusque dans les Ardennes… On promettait de faire travailler plus… à condition qu’il y ait du travail à proposer à tous ? On a tellement promis ! On promettait l’ordre et la baisse de la délinquance, la fin de l’immigration clandestine… s’appuyant sur un battage médiatique permanent. Cette majorité silencieuse se serait-elle donc sentie trahie ? L’utilisation de la peur comme moyen de propagande se serait-elle retournée contre son utilisateur ?
N’est-ce pas ce qui est arrivé aussi aux écologistes ? La peur ! Le battage médiatique qui a déferlé sur « l’avenir même de notre planète en danger », renforcés de films grand spectacle et accompagné par la montée des enchères dans le domaine de l’écologie et de l’environnement chez tous nos politiciens, noyant le discours raisonnable et raisonné, n’eut-il pas un effet contre-productif avec l’échec de Copenhague ? Et les succès aux européennes ne seraient-ils pas le chant du cygne ? On ne manie pas la peur sans déclencher des réactions incontrôlables et insoupçonnées. Comment accepter même une taxe injuste, la taxe dite « carbone », non pas l’idée même de cette taxe, mais les modalités de celle qui était proposée ? Donner une dynamique ? En faire accepter l’idée sans même qu’il y ait eu un semblant d’explication ? En faire accepter le caractère injuste à ces citoyens tandis que d’un autre côté les entreprises se voyaient la taxe professionnelle retirée ?
Cumuls des mandats, petits arrangements entre amis après avoir été des rivaux, les ouvertures à droite, à gauche, au centre, les transfuges, les ralliements de dernière minute,… autant de raisons encore pour s’abstenir et clamer de ce fait que l’on refuse le système… Comment être crédible lorsque qu’après avoir été élu dans un camp ou après avoir fait profession de foi, on change ensuite de camp ? Quelle lisibilité pour ces citoyens ? Quelle motivation lorsqu’on a alors le sentiment que les élections sont avant tout une course aux sièges et aux avantages qu’ils procurent ? Et qu’une fois intallés, rien ne changera pour le citoyen de base.
Alors qu’on était capable de prêter des milliards aux banques et aux entreprises pour restaurer la confiance, les Français sombraient dans le surendettement, le chômage, la misère. A qui faire confiance ?
De toutes façons, qu’est-ce qu’ils peuvent faire ? Que peuvent-ils contre les éléments de la nature déchaînés ? Contre le réchauffement de la planète ? Contre la crise ? Contre la mondialisation ? Ne sont-ils pas de fait impuissants à contrôler des forces incontrôlables ? Alors pourquoi voter ? Pour quel espoir ? Qui apporterait cet espoir qui saurait raviver la petite lueur qui ne s’est pas complètement éteinte ? Quel est cet Homme providentiel et charismatique capable d’écouter cette majorité silencieuse et protestataire ? Existe-t-il encore une telle femme ou un telle homme ?