L’écologie, avance, dans l’Aube, avec la force de quelques volontés. Depuis quelques mois, un site de méthanisation utilisant le lisier de porc et les déchets organiques de l’agriculture est en fonctionnement. Il constitue l’une des deux seules unités de production en service dans la région.
Notre département comporte quelques porcheries du côté des grandes plaines crayeuses. Et même si tout est bon dans le cochon, le lisier que produisent ces p’tites bêtes n’est pas des plus ragoutants.
Jusqu’à présent, les agriculteurs utilisaient ce lisier pour l’épandre dans leurs champs et fertiliser une terre ingrate. Pas vraiment satisfait de cette solution, un exploitant a eu l’idée de mettre en place une unité de méthanistation « à la ferme » pour valoriser ainsi son lisier mais aussi les déchets organiques produits par les exploitations voisines.
La méthanisation kezako ?
Le procédé de méthanisation est simple comme groin-groin bonjour. Les déchets organiques en général, et les déjections de nos élevages en particulier, produisent du méthane [1]. Plutôt que de laisser ce gaz s’échapper dans l’atmosphère et contribuer à l’effet de serre [2], des p’tits futés ont eu l’idée de récupérer ce gaz, de le brûler dans un vulgaire moteur et de produire ainsi de l’électricité.
Armé de beaucoup de courage et autant de patience, notre éleveur porcin et ses associés ont bataillé, rempli des dossiers à n’en plus finir, reçu des techniciens, des fonctionnaires, des marchands de vents, pour finalement réussir à donner vie à son projet.
Aujourd’hui, son unité de méthanisation « à la ferme » est en fonctionnement. A terme, le temps de la montée en charge, cette unité produira une électricité ré-injectée sur le réseau. Et comme tout, vraiment tout est bon dans le cochon, la chaleur produite par la combustion du méthane sert déjà à tenir au chaud les petits porcelets [3] !
Et ailleurs ?
A l’exemple de cet exploitant, de nombreuses unités pourraient voir le jour dans notre région et valoriser les déchets organiques des exploitations agricoles mais aussi des cantines collectives et des particuliers. A l’heure actuelle, deux unités seulement (l’une dans les Ardennes http , l’autre dans l’Aube) sont en fonctionnement en Champagne-Ardenne. Dans le reste de la France, quelques dizaines d’unités de ce type produisent une énergie « propre » et renouvelable [4] contre plusieurs milliers en Allemagne. Autant dire que le potentiel de développement est considérable, avec à la clé des emplois, de nouveaux revenus pour nos agriculteurs, une plus grande indépendance énergétique pour nos territoires et un geste pour notre planète.
Faire de l’écologie avec deux boulets aux pieds, c’est pas facile !
Mais j’vous vois venir... pourquoi la France est-elle si en retard ? Pourquoi notre pays, principale puissance agricole européenne, ne parvient-il pas à valoriser les déchets organiques de ses exploitations ?
D’abord en raison de la complexité de notre système administratif. Du courage, on l’a dit, il en a fallu à cet exploitant aubois... Des heures, des journées entières à convaincre des administrations réticentes, des banquiers frileux... Des mois à attendre des financements qui ne viennent toujours pas... Faire de l’écologie, c’est ici le parcours du combattant avec deux lourds boulets attachés aux pieds ! Ici, comme dans d’autres domaines, les collectivités locales ont un évident rôle d’impulsion et de facilitateur à jouer, et ce sera l’un des nombreux enjeux des prochaines élections [5]
Ensuite, c’est le déséquilibre de notre mix énergétique qui explique notre retard. En France, la toute puissance du nucléaire freine le développement des énergies renouvelables. En effet, au nom d’une électricité nucléaire jugée non productrice de gaz à effet de serre, les responsables politiques ont considéré secondaire le développement des énergies renouvelables. Qu’importe si les ressources en uranium sont limitées ! Qu’importe si ce nucléaire produit des déchets dangereux dont on ne sait que faire ! Qu’importe si le méthane de notre agriculture, non valorisé, contribue fortement aux émissions de GES [6]. La France préfère foncer tête baissée dans l’impasse énergétique du nucléaire au lieu d’investir dans les énergies propres. Le résultat est sans appel : les projets fleurissent ailleurs [7], les savoirs-faire industriels se développent hors de nos frontières [8], et les emplois avec !
[1] Avec humour, l’exploitant de ce site explique qu’en plus d’élever des cochons, il élève aujourd’hui les petites bactéries chargées de transformer le lisier en méthane
[2] une molécule de méthane contribue 25 fois plus à l’effet de serre qu’une molécule de gaz carbonique
[3] L’exploitant estime pouvoir atteindre un rendement de 75%
[4] En 2007, selon le site actu-environnement , la France comptait 4 unités de production contre 4 000 en Allemagne !
[5] A noter que pour ce type de projet, le Conseil Général ne propose aucune subvention
[6] l’agriculture contribue selon le RAC à 20% des émissions françaises de GES. Une récente étude montre également les effets de l’agriculture européenne sur l’effet de serre
[7] l’Italie, l’Autriche et même la Suisse devancent la France
[8] l’installation du site aubois vient d’une entreprise allemande












