Le 17 janvier dernier, l’Est-Eclair annonçait la création du Comité Aubois « Pour le respect de l’Etat de Droit ».
Derrière un nom « passe-partout », cette nouvelle association nous rappelle combien les peurs et les vieilles tentations nationalistes sont encore fortes. Ce comité a en effet pour but la promotion de : « toutes actions susceptibles de favoriser l’état de droit, dans le cadre de la défense des valeurs qui font la France ». Et ces valeurs sont à droite, bien à droite. L’association dénonce ainsi « le racisme anti-blanc, la multiplication des zones de non-droits, et la passivité des forces de l’ordre qui reçoivent des consignes pour ne pas intervenir, même en cas d’outrage au drapeau français ».
On aura vite compris que ce comité mis sur pieds par deux ou trois bidochons bien de chez-nous, nous rejoue la partition préférée des nationalistes et de l’extrême droite. Peur de l’étranger, amour de la patrie, de la famille bien blanche et de l’ordre viril... tous les ingrédients du chauvinisme à papa sont là. Comme disait Brecht « Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde »... Et pourtant, l’Est-Eclair s’est simplement contenté d’une brève factuelle, sans aucun commentaire, sans aucune critique sur les sous-entendus plus que douteux de ce comité. Pire, comme s’il fallait rendre plus fréquentable cette association, le journal local a cité l’ancien maire de Troyes, Robert Galley, qui aurait accepté la présidence d’honneur de l’association. Preuve, s’il en fallait, que l’expérience ne nous rend pas tous plus sage, ni plus tolérant... En tout cas pas Robert Galley ! Il faut dire que ce comité possède, sur le fond, quelques similitudes avec le MIL [1] dont notre ami Robert est l’un des membres d’honneur.
Pour finir, mieux que tout les discours moralisateurs, je vous livre ces derniers lignes du chef d’oeuvre d’Albert Camus, La Peste :
« Ecoutant, en effet, les cris d’allégresse qui montaient de la ville, Rieux se souvenait que cette allégresse était toujours menacée. Car il savait ce que cette foule en joie ignorait, et qu’on peut lire dans les livres, que le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais, qu’il peut rester pendant des dizaines d’années endormi dans les meubles et le linge, qu’il attend patiemment dans les chambres, les caves, les malles, les mouchoirs et les paperasses, et que, peut-être, le jour viendrait où, pour le malheur et l’enseignement des hommes, la peste réveillerait ses rats et les enverrait mourir dans une cité heureuse. », Albert Camus, La Peste
[1] Mouvement Initiative et Liberté









